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Entretien avec Roméo Carabelli, Ingénieur de recherche à l’Université de Tours – CITERES ; Coordinateur du Projet « Mutual Heritage ».

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A l’occasion du cycle de formation sur le patrimoine architectural des 19ème et 20ème siècles dans les pays méditerranéens, tenu début février à l’ASM, Roméo Carabelli, Ingénieur de recherche à l’Université de Tours – CITERES ; Coordinateur du Projet « Mutual Heritage » a bien voulu nous accorder cette interview.

Archibat : Pourquoi l’Union Européenne a t-elle développé dans le cadre du programme Euromed un tel regain d’intérêt pour l’architecture coloniale des pays du Maghreb ?

 

Roméo Carabelli : Il ne s’agit pas d’un regain d’intérêt car le programme Euromed en est déjà à sa quatrième version. L’appel à projet Euromed Heritage IV a été ouvert fin 2007, pour un premier rendu le 15 février 2008 et un rendu final en juin 2008. C’est un programme d’échanges de connaissances et d’expériences sur le patrimoine culturel du bassin méditerranéen qui s’inscrit dans la politique de voisinage de l’Union Européenne. Les versions précédentes du programme  avaient déjà amorcé et approfondi ce thème de l’héritage culturel commun. Lancé en 2009, le projet « Mutual Heritage » axé sur l’héritage partagé récent des pays méditerranéens dérive de travaux de recherche  antérieurs.
Le projet Mutual Heritage a émergé de la prise de conscience progressive de deux besoins : d’une part la nécessité de développer et d’échanger les connaissances théoriques et scientifiques sur le caractère prédominant de cet héritage, à savoir  qu’il s’agit d’un patrimoine récent de l’époque pré-coloniale et coloniale ; d’autre part, l’importance de permettre aux populations locales de s’approprier cet héritage. En effet les populations locales habitent ces espaces mais les reconnaissent difficilement comme leurs, alors même que la modernité du patrimoine relève d’une problématique coloniale. Afin de pouvoir répondre à ces besoins, le projet est piloté par une équipe de chercheurs et d’acteurs locaux en réseau qui ont pour sujet commun cet héritage culturel récent du bassin méditerranéen. A ce titre, l’ASM est un cas assez extraordinaire dans la sauvegarde de cet héritage, notamment à travers le projet de réhabilitation de l’avenue Bourgiba et de reconversion de ses bâtiments, qui ne trouve pas son équivalent ailleurs au Maghreb.

 

Archibat : Quelle est la finalité du Projet Mutual Heritage ? Quels sont les projets futurs ?

 

Roméo Carabelli : La finalité de ce projet est d’avancer dans la production et la diffusion des connaissances sur le patrimoine partagé, notamment par l’organisation de rencontres et de formations au sein du réseau d’intervenants. Les projets futurs reposent donc sur l’organisation de ces rencontres et de ces échanges en s’appuyant sur les exemples de terrains. Les chercheurs et les acteurs locaux interviennent dans ce programme pour produire, échanger et valoriser les connaissances et les expériences respectives de chacun dans le but d’augmenter les compétences et d’avancer dans la sauvegarde de cet héritage patrimonial commun. Le dynamisme de ces échanges est double, car il est fondamental d’une part de montrer les activités et les chantiers mis en œuvre par les organisations locales, de connecter les acteurs clefs ; d’autre part de permettre à ces structures de réfléchir et théoriser leur expérience afin d’extraire une trame logique de leur action et structurer le discours pour qu’il soit exploitable par les autres organisations dans d’autres pays du bassin méditerranéen. Il s’agit de désenclaver les connaissances et les expériences et d’assurer la transmission de ce projet de valorisation du patrimoine matériel et immatériel afin que les populations locales se l’approprient.

 

Archibat : Comment comptez-vous sensibiliser les autorités locales à ce patrimoine et à sa sauvegarde ?

 

Roméo Carabelli : La problématique de la sensibilisation des autorités est portée par les partenaires locaux, et leurs propres relations avec les autorités de leur pays. Par exemple, l’ASM et l’ENA (Ecole Nationale d’Architecture, Rabat) sont directement connectées avec les autorités respectives de Tunisie et du Maroc et transmettent le message, pour que les populations et les décideurs ne considèrent pas cette architecture traditionnelle comme un obstacle qui vient du passé plutôt qu’un atout pour un développement futur.
La tâche de l’équipe de Mutual Heritage est de produire des compétences et les transmettre aux autorités, sans pour autant formaliser le discours sur la réhabilitation et la reconversion. Ce sont les intervenants locaux qui ont les clefs pour développer une approche qualifiée sur l’importance de l’architecture récente comme élément de l’identité culturelle et source potentielle de développement local.


 Propos recueillis par Marie Carmagnolle, Archibat.
 ASM, Tunis, le 07 février 2010






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