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Tunisie : enjeux des certifications environnementales
 
Les préoccupations environnementales sont aujourd’hui au cœur de la logique architecturale dans le monde. Elles influencent l’économie du bâtiment ainsi que la conscience du citoyen-consommateur. Les pays du monde développé se sont dotés d’un certain nombre de normes et de certifications censées garantir une préservation de l’environnement dans le bâtiment. Avant de juger de leur bien fondé, il est bon de repositionner cette démarche dans le contexte tunisien.

La Tunisie est un pays en voie de développement qui revendique à juste titre son droit fondamental au développement. Mais rejoindre le peloton des pays développés est souvent une entreprise aux conséquences environnementales désastreuses. La recherche d’un accroissement rapide des richesses sans conscience environnementale se solde par un emballement du modèle, comme nous pouvons par exemple le constater en Chine.

La pollution générée par l’industrie et le bâtiment à Pékin est à la source d’un problème sanitaire et écologique sans précédent. En Tunisie aussi, le secteur de bâtiment est en passe de devenir le premier secteur pollueur dans un avenir très proche. Les faits sont là et nous avons suffisamment de recul pour affirmer que, tel que nous le concevons, le bâtiment est source de pollution dans toutes les phases de sa vie. De la construction à la démolition en passant par l’exploitation, notre cadre bâti est un gouffre énergétique. Les problèmes de santé publique liés aux matériaux employés sont également très préoccupants. Ainsi il apparait clairement qu’il est de notre devoir de réduire l’empreinte écologique du bâtiment sur notre environnement. L’enjeu est double ; tout d’abord cela nous permettrait de réduire notre dépendance énergétique par rapport aux pays fournisseurs et surtout cela limiterait la facture sanitaire tout en améliorant le bien être de tout un chacun. Ensuite, cette démarche doit bien entendu, être accompagnée d’une prise de conscience de tous et le rôle de l’éducation est ici primordial. Il est impensable de passer outre un programme éducatif destiné aux nouvelles générations et une mise à niveau des professionnels en cours d’exercice, et ceci, dans tous les domaines.

Il est peu probable que des actions séparées dans chaque domaine puissent aboutir à un résultat satisfaisant. La notion de développement durable est effectivement basée sur une réflexion globale incluant tous les secteurs. Nous ne pouvons tout simplement plus nous contenter de solutions ponctuelles qui masquent l’ampleur de la tâche. Je pense par exemple au photovoltaïque, présenté comme la solution miracle alors que nous achetons ce matériel à grands renforts devises et que nous les subventionnons lourdement par la suite. Il n’existe pas de solution unique et nous n’échapperons pas à une remise en question profonde de notre action.

A ce stade, il est intéressant d’étudier les moyens que certains pays, dont la réflexion paraît plus aboutie, ont mis en place face à cette problématique, afin d’en tirer tous les enseignements possibles. La France a répondu à son besoin de normes par la certification HQE (Haute Qualité Environnementale).
Comme beaucoup de normes françaises dans le bâtiment, cette certification est une succession d’obligations de moyens.
Il s’agit d’un système cohérent pour un pays comme la France, dotée de moyens de contrôle puissants, mais il ne garantit pas pour autant de résultat en termes d’efficacité énergétique. La polémique enfle autour de cette association devenue marque et déclinée à l’international via la certification CERTIVEA. De grands architectes comme Rudy Riciotti ne mâchent pas leurs mots lorsqu’ils s’expriment à ce propos. L’HQE est en effet pour ce dernier un « programme consumériste » qui détourne les objectifs de la cause vers la surconsommation d’équipement sous couvert « d’environnement prétexte » (cf. : HQE: Les renards du temple, R., Riciotti, 2009, Ed. Al Dante).

Nous avons d’ores et déjà calqué le modèle HQE sans toutefois nous donner les moyens de contrôle, nécessaires à son bon fonctionnement. Autrement dit, nous appuyons notre dépendance matérielle et intellectuelle vis-à-vis des pays qui nous devancent sans avoir la moindre chance de répondre réellement au problème. Il ne faut pas oublier que l’HQE est une certification née dans un pays développé, riche et froid. De plus, la certification est payante et les moyens à mettre en place sont coûteux, ce qui ne manquera pas de faire gonfler une addition déjà bien salée pour la construction en Tunisie.

Autres références ; LEED et BREEAM sont des certifications anglosaxonnes au système de notation précis sur les différentes phases du projet et sur de multiples critères. Elles permettent de comparer l’efficacité énergétique et les diverses performances entre les différents bâtiments, ce que ne permet pas de faire HQE. La différence avec HQE est claire : l’obligation porte sur les résultats et non sur les moyens.
Cette obligation de résultat est caractéristique de la démarche anglosaxonne dans le domaine de la construction (exemple : on ne vous imposera pas de placer des portes coupe-feu tous les x mètres, mais il est de la responsabilité du concepteur de penser un bâtiment que tout le monde peut quitter rapidement en cas d’incendie). BREEAM et LEED sont actuellement les acteurs les plus crédibles à l’échelle internationale. Cependant, elles comportent les mêmes inconvénients financiers que l’HQE pour notre pays, même si elles apportent une valeur ajoutée au bâtiment en ce sens où elles renforcent l’image « verte » de la construction.

Ces démarches émanent toutes d’une réelle volonté de faire évoluer les choses. Même si elles peuvent être maladroites, elles comportent en elles les possibilités de leur propre refonte. Ce ne sont donc pas des buts ultimes, mais des paliers à dépasser et à améliorer sans cesse.
Pour toutes ces certifications une hausse du coût de la construction est inévitable. L’impact sur la forme du bâti est également à prendre en compte, les contraintes étant telles que la marge de conception est réduite. L’architecture tunisienne avec toute sa richesse, serait alors mise sous « tutelle » des standards mondiaux. Nous ne sommes qu’aux prémices de notre reconstruction identitaire, notre culture architecturale doit rester un repère fort tout en se développant. Se soumettre à ses standards sans apporter notre propre réflexion, comporte un risque certain de déculturation. L’achat de ces normes nous déresponsabilise faces aux réels enjeux que nous nous devons de relever : préserver et améliorer la qualité de notre environnement.

En résumé, il apparaît que l’application des standards internationaux peut constituer une solution à court terme. Mais les principaux arguments contre une assimilation totale et définitive de ces modèles sont :

  • la dépendance que nous entretenons vis-à-vis de l’Occident aussi bien d’un point de vue matériel qu’intellectuel,
  • la déresponsabilisation des principaux acteurs du bâtiment et de l’environnement en Tunisie,
  • le glissement vers une culture architecturale mondialisée,
  • la hausse induite du prix du bâtiment dans son ensemble.

Tout ceci sans compter le manque de moyens de contrôle dont nous disposons en aval comme en amont pour la garantie de résultats.

Quelles sont alors les alternatives à notre portée ?
Notre culture en matière de construction et d’architecture nous offre une grande quantité de pistes de réponses : construire en matériaux locaux, selon des techniques locales, des édifices compacts et judicieusement exposés, traiter les ouvertures et fenêtres en fonction du climat comme cela se faisait auparavant, recréer des espaces extérieur/intérieur à l’image des patios, etc., sont autant de techniques pleines de bons sens qui n’attendent que le dépoussiérage nécessaire à leur réhabilitation. L’optimisation des performances énergétiques et environnementales du bâtiment dans toutes les étapes de son cycle de vie, de la conception à la démolition, ou encore la mise en place d’un bilan carbone sur le cycle de vie complet constituent d’autres pistes à mettre en place.

Le «copier-coller» d’une certification n’est certainement pas, à mon sens, la solution qui conviendrait le mieux à notre pays. Nous devrions imposer l’obligation de résultat, seule capable de catalyser la créativité dans la recherche de solutions concrètes, afin que cesse définitivement ce jeu malsain des subventions cache-misère. L’état financerait alors les projets les plus efficaces grâce à la mise en place d’un système de notation cohérent et contextualisé, le tout régi par une certification tunisienne et régulé par des outils de contrôle aussi bien dans les phases d’études que dans les phases d’exécution et après réception définitive.

Il est nécessaire que les architectes travaillent de concert avec les ingénieurs, les urbanistes, les sociologues, etc., pour mettre fin au saucissonnage des projets, qui ne peut produire que des solutions bancales, et pour enfin penser le bâtiment ainsi que le tissu urbain comme un tout ; un ensemble cohérent. L’émergence d’une forte conscience environnementale, entre autres, grâce à la sensibilisation des plus jeunes dès leurs premières classes, instituerait la société comme prescripteur de solutions écologiques et de garantie face aux lourds défis que nous aurons à relever dans ce domaine. Quant aux actifs, la formation continue et la mise à niveau permanentes constituent pour eux une nécessité absolue, dans ce domaine comme dans tous ceux où les évolutions technologiques sont rapides. Les entreprises de bâtiment devront se mettre également à la page et répondre aux standards internationaux (BREEAM impose IS O 14001 !).

Cette profonde remise en question va nous obliger à repenser notre rapport au monde. Nous avons la chance de pouvoir changer les choses et le luxe de la souveraineté de notre réflexion. Il ne faut pas voir l’environnement comme une contrainte économique. La problématique environnementale doit devenir un catalyseur économique, culturel, de confort et de santé. Nous avons les moyens de répondre à tout cela, une fois n’est pas coutume, en nous reposant essentiellement sur nos propres moyens. Aurons-nous la volonté de le faire ?

Auteur : Walid Jaoua (Architecte, ArchiMed-Studio)

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