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Dix ans d'enseignement à l'école d'architecture de Tunis
Apprendre l'architecture
Dix ans d'enseignement à l'école d'architecture de Tunis
 
Au début des années 2000, l'école Nationale d'Architecture de Tunis était encore très marquée par les enseignants issus du monde professionnel qui animaient principalement les ateliers des deux derniers niveaux d'études et avaient à leur charge la direction des mémoires de fin d'études.

Un débat permanent nous animait quant aux objectifs de formation pour un métier toujours en cours de construction dans notre pays... Vaste problématique dans un environnement somme toute très conventionnel où l'architecture vacillait entre les besoins légitimes de construire et le rôle conditionnel de l'architecte dans ce processus. Nos étudiants devraient-ils prioritairement apprendre à construire ou à faire de l'architecture ? Le débat était ouvert et resurgissait très souvent durant la dernière année, celle du bilan, ainsi qu'au cours des soutenances des mémoires de fin d'études. Les arguments des uns et des autres avaient l'immense avantage d'exposer clairement des différentes méthodes de l'enseignement de l'architecture ou du projet d'architecture selon les situations et aussi en fonction de la réalité de nos étudiants face au prérequis à cette formation si particulière.

Avec un peu de recul, je tente d'analyser, de comprendre et de partager un certain nombre de réflexions par rapport à notre école, son enseignement, ses étudiants, son système administratif et aussi sa révolution manquée...

Enseigner un métier ou inculquer une attitude ?

L'architecture peut s'enseigner comme toute discipline artistique pouvant l'être dans une approche alliant le dogmatique et le sensible. Cependant, les métiers de l'architecture sont aujourd'hui bien plus divers que la majorité des enseignants n'osent le croire ou l'enseigner... La connotation de l'architecte bâtisseur directement rattaché au secteur de la construction, persiste à juste titre mais n'est-ce pas un raccourcis terriblement réducteur que d'assigner la formation d'un architecte exclusivement au secteur de la maîtrise d'œuvre ? Cette formation conduit pourtant vers une panoplie de métiers dont les compétences prérequises, parfois complémentaires sont la gestion, la communication, la programmation, l'aménagement du territoire... Ces dernières gagneraient à être mieux dispensées dans notre école nationale.

La situation d'aujourd'hui persiste à vouloir donner aux futurs architectes une formation technique essentiellement orientée vers la construction sur la base d'une certaine maîtrise de la "composition" (souvent strictement formelle) qu'on enseigne dans les premières années de formation, servant de support pour un approfondissement de connaissances techniques... L'attitude d'être architecte est négligée faute d'aptitudes à transmettre une passion, au-delà de la simple vision très personnelle que chacun d'entre nous peut avoir de son métier... Pourtant, dans toute stratégie de formation, particulièrement les métiers d'art, l'apprentissage passe forcément par un processus d'identification.

Un architecte formé avec passion a plus de chances d'être polyvalent et de se doter au cours de ses années d'école d'une capacité d'adaptation plus grande dans un contexte où les métiers de l'architecture connaîtront encore certainement plusieurs mutations...

Entre le rationnel et la métaphore

La philosophie qui devrait occuper une place prépondérante dans un esprit scientifique et rationnel pour prétendre à l'architecture est quasiment absente de la formation en Tunisie. Les disciplines connexes comme la sociologie, l'urbanisme et son histoire font partie des matières dites "théoriques" qui souffrent d'un dénigrement absolu aussi bien de la part des enseignants des autres matières que par les élèves eux-mêmes qui n'y voient qu'une forme de culture générale faisant partie du "système de l'enseignement"...

Et pourtant, la saisie et la manipulation de la métaphore, essentielle dans la genèse de toute forme d'art et d'architecture, ne peut pas s'acquérir uniquement dans les ateliers d'architecture qui fonctionnent jusqu'à présent en autarcie totale par rapport aux autres disciplines enseignées dans les murs de l'école. L'étudiant en architecture n'est-il pas celui qui crée des parallèles dans le monde des choses ? N'est-il pas celui dont la vision, le regard, sur le monde est emprunt de spiritualité et de poésie ?

Le rôle social et la responsabilité de l'architecte

Le rôle social de l'architecte gagnerait à être mis en évidence par l'institution d'enseignement qui ne devrait plus considérer l'acte de bâtir comme une finalité absolue de ce métier dont les ramifications et les diversifications doivent s'amorcer à l'école. Les architectes tunisiens participeront à la promotion de l'architecture en
Tunisie aussi bien dans la maîtrise d'œuvre que du côté de la maîtrise d'ouvrage, du journalisme, de la critique, de l'enseignement, des entreprises, des promoteurs, des décideurs, des aménageurs, des spécialistes en patrimoine, en archéologie... Notre école doit œuvrer à devenir plurielle et cesser de s'asphyxier sous prétexte qu'apprendre l'architecture sert uniquement à commettre de l'architecture...

Le parier calque et l'écran d'ordinateur

La formation a évolué et la pratique quotidienne du métier de maître d'œuvre a elle aussi intégré toute la panoplie de programmes d'assistance au dessin issus de la microinformatique. Aujourd'hui les architectes ont recours à des solutions stéréotypées qui proposent des typologies de traits et de graphismes plus ou moins standard pour l'assistance à la production de dessins d'architecture et d'ingénierie... Polémiquer sur le danger de ces méthodes "d'assistance à la conception" n'est pas mon but ; cependant, il est de plus en plus évident de constater que nos architectes ne savent plus dessiner sans être assistés par ces machines qui relèguent souvent l'architecture à des lignes uniformes et statiques dont l'échelle leur échappe complètement... La cognition peut intégrer la technologie dans son processus évolutif, d'ailleurs, l'encre, le papier et l'impression, en sont des illustres exemples. Mais l'apprentissage de l'architecture sans recourir au dessin académique conventionnel en tolérant que nos étudiants recourent à l'ordinateur dès les premiers traits de leur conception, est une erreur pédagogique inadmissible que nous ne cesseront de condamner encore très longtemps... L'architecture peut être une histoire, un collage, une maquette, une association ou une soustraction de matière, une constatation ou une prise de position par rapport à une situation donnée.

Le phénomène grandissant de la "sous-traitance"

Avec l'avènement de l'informatique à outrance et la mystification du "rendu" considéré à tort comme étant la finalité absolue de tout exercice d'architecture, l'anonymat s'est progressivement installé dans les ateliers à partir des années 2007-2008. L'enseignant devint incapable de reconnaître ses élèves par leurs dessins dans la mesure où la production se faisant ex nihilo en dehors de l'enceinte de l'école et la séance d'atelier était une correction collective de travaux d'étudiants...
Nous étions quelques uns à résister et exiger un travail "fait en atelier" mais nous fûmes très rapidement rattrapés par la profusion d'ordinateurs portables dont les couvercles écrans étaient tellement immenses que nous ne parvenions presque plus à voir nos sujets...

Durant les quelques années qui précédèrent la Révolution tunisienne, le phénomène de la sous-traitance de travaux d'architecture était devenu tellement flagrant que de nombreux étudiants ne savaient plus manier ni le crayon ni la souris... Les travaux d'ateliers se sous-traitaient désormais dans les ruelles sinueuses de Sidi Bou Said qui jouxtent l'école d'architecture ; de la conception jusqu'au rendu final, certains étudiants utilisent l'infâme expression "clé en main" pour signifier que le sous-traitant s'engage au forfait à garantir à son commanditaire un résultant en l'assistant de la première correction jusqu'au jury...

Il est difficile d'estimer l'ampleur de ce phénomène au sein de notre école, bien que la majorité des étudiants le dénoncent comme une véritable plaie dont la surenchère de l'imagerie et de l'affichage destinés à "aveugler" le jury reste décrié par beaucoup qui y voient à juste titre l'absence de conception architecturale.
Trop souvent, la profusion d'images artificielles et sophistiquées permet à de nombreux candidats de franchir la barrière et quitter anonymement l'école avec un diplôme et une mention en poche...

L'autarcie des enseignants et l'absence totale de concertation

L'administration et le monde estudiantin ont bien consommé leur indifférence mutuelle tant bien que certains élèves se font généralement le relais entre les deux parties en s'auto proclamant conseillers pédagogiques, orientant les jeunes recrues vers les ateliers correspondants à leurs aptitudes et leurs aspirations à devenir plus ou moins vite, et facilement, "architectes"... Les enseignants ne se connaissent que très peu et restent, du fait d'une administration statique et de "conseils scientifiques" très peu communicatifs, cloitrés entre les niveaux et les spécialités.

La Révolution aurait été l'occasion rêvée pour reconstruire une école plus ouverte sur elle-même et plus communicante avec l'extérieur ; hélas, les quelques mobilisations ont très vite été doublées par des tentatives de réformes pédagogiques quasiment unilatérales... L'année universitaire 2012-2013, qui fut ma dernière en tant qu'enseignant vacataire, avait commencé par la mise à l'écart d'un certain nombre de professionnels, marquant une tendance complètement inverse à la logique d'ouverture de l'école. Les "permanents" semblaient se disputer les ultimes "grades" d'une école autodidacte ! Chacun comparait ses médailles à celles de son voisin et les réformes élaborées en temps réel fusaient de tous bords...

Quel avenir pour l'enseignement de l'architecture en Tunisie ?

L'école nationale d'architecte que nous connaissons actuellement à Sidi Bou Saïd n'a pas beaucoup de chances de perdurer face au nombre disproportionné d'élèves et face à l'inadaptation de son système de sélection des nouveaux entrants. L'enseignement est à réformer dans sa globalité à commencer par ceux-là mêmes qui prétendent depuis des années qu'ils détiennent les solutions et qui agissent à l'ombre des textes sans oser dire que leurs fondements sont dépassés.

Notre école doit revendiquer une certaine indépendance par rapport à l'université du fait de la spécificité de sa matière de base. Elle doit éclater, se décentraliser et faire admettre au ministère de tutelle, que l'orientation des bacheliers doit se faire non seulement par le "score" mais aussi par la motivation et l'aptitude à intégrer une discipline aussi particulière que l'architecture. Des premiers cycles en architecture pourraient être dispensés dans les régions et les étudiants viendraient achever leur cursus à Tunis...

Actuellement, les écoles privées se développent malgré leurs rapports très conflictuels avec l'école nationale et l'ambigüité de leur reconnaissance par l'Ordre des Architectes.
Plutôt que de faire barrage, comme nous avons tenté de le faire en vain il y'a une dizaine d'années face au nombre d'inscrits en première année, l'école nationale d'architecture est encore une fois en train de rater sa chance d'encadrer les structures privées pour les aider à réussir leurs premiers pas vers un enseignement de qualité qui pourrait se diversifier d'une institution à une autre...

Si nous parvenions à faire éclater ce système, nous pourrions assister, non seulement à la renaissance de notre première école, mais surtout à l'émergence d'une nouvelle génération d'architectes plus opérationnels, plus polyvalents, plus facilement employables et mieux à même de soulever les défis architecturaux et urbains des prochaines décennies...

Auteur : Adel Hidar (Achitecte & urbaniste IUP – Ex-enseignant de l'atelier Architecture du Lieu - ENAU - 5èmeannée (2003-2013) )

Article paru dans Archibat n° 29

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