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24h pour l’art contemporainDe colline en colline : terminus Chenini

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Tout le monde descend. A un jet de pierre de Tataouine, se dresse le village de Chenini. C’est dans ses sublimes paysages que l’Association 24h00 Art Contemporain créée et dirigée par l’artiste Faten Rouissi, supervisée par Christiane Bohrer du Goethe Institut, a conçu la troisième et l’ultime étape de Colline en Colline. L’ambiance, l’accueil, surtout le site, jumelés à la qualité des artistes, distinguent cet événement et le placent haut dans la catégorie des arts plastiques et visuels.

Pour apprécier les secrets du village, il ne faut pas être pressé, seul ou accompagné d’un guide, découvrir les nombreux sentiers, l’aire de repos, les parcours escarpés ou le parfum d’une huile locale est une expérience inoubliable. Refuges du massif aux frontières du désert, une citadelle fusionnée dans le paysage, des greniers, des mosquées, une zaouia, parsemés à flanc de montagne, des formes, une langue, une vue panoramique captée du sommet, minaret et coupoles penchées, la mosquée blanche des Sept Dormants (Sebaâ Rgoud ou Ahl El kahf), trois siècles de sommeil, légende qui attire encore les visiteurs d’un jour à la recherche des origines de la pierre ocre et de l’écho de la longue histoire.


Un mirage qui ne laisse pas de place à la description, la langue qui prévaut est le silence, le vocabulaire c’est la lumière.


L’un des buts de l’événement est de promouvoir la culture de proximité avec la société civile et le public. A Chenini, le déplacement, le transport des marchandises s’effectuent essentiellement par un animal domestique: l’âne. Amira Hammami a conjugué l’attrait de la bête aux rêves des habitants. Elle habille quelques ânes de tissus, colorés et dessinés par les enfants du village et de journaux pour évoquer ou annoncer l’actualité du jour. De la musique accompagne la performance, les enfants se sont donnés à cœur joie, les villageois étonnés, les ânes même en costume de sortie sont indifférents. Habitations troglodytes ? En bas du village, Sana Tamzini s’attaque à la montagne à l’aide d’une pioche (traduction d’un adage tunisien).

Devant des spectateurs, dans une grotte, elle fait projeter des images d’un piocheur creusant son habitat dans la colline. Elle s’échine à abattre la montagne.


Retour sur les hauteurs. A l’aide d’un capteur, l’artiste Souad Mani plonge les habitants et les visiteurs dans une atmosphère étrangère qui les détache du quotidien, voyage en couleurs et en lumière artificielle. Omar Meziani (Algérie) voit, dans les portes de Chenini, une œuvre d’art brut, pictogrammes spéciaux et clés imposantes, il dépose un tissu dans un abri, invite les habitants à dessiner chacun sa clé… refermer sa porte pour se réapproprier le patrimoine. Sandra Abouav (France), danseuse contemporaine, fait découvrir les lieux, la roche par ses mouvements et les saisit en vidéo. Musique et chants berbères exécutés par Mounir Troudi en compagnie des habitants, dans le même esprit, Ayoub Jaouadi et Salah Hammouda jouent une pièce de théâtre de situation, ils posent un problème social ou politique aux enfants qui participent pour trouver des solutions. Une catastrophe à laquelle nous nous sommes habitués, les sacs en plastique semés partout, qui font désormais partie du paysage, volant quand il vente.


Elke Seppmann (Allemagne) les ramasse, les découpe et en fait des tapis, idée astucieuse pour récupérer et faire réfléchir sur le phénomène polluant. Séduite par les routes du village, Faten Rouissi y voit la richesse de l’environnement qui résiste à la vitesse du temps, sur des supports rectangulaires, elle projette des vidéos de couleurs jaune, rose et vert clair. A l’arrière-plan : la montagne, stable, robuste, imposante.


Rencontre sur la placette. S.M, originaire de la région, traits et vocabulaire de source, il vivait de sa peinture sur la colline de Chenini, fréquents passages de bus et des paquets de touristes qui lui achetaient ses tableaux, une directrice d’une grande agence américaine lui a promis une campagne de promotion et beaucoup d’amateurs. Changement de cap après la révolution pour laquelle il a pris fait et cause, pour lui, ce fut une promesse pour reconquérir sa dignité et améliorer son affaire. Il a tout perdu : ses clients, son commerce et ses espoirs, dans sa voix il y a comme une sorte de rage et d’effroi contenus. Aujourd’hui, il vit d’expédients et d’un peu d’optimisme que lui donnent les rencontres artistiques et la vie associative.
Oussema Troudi tient un carnet de voyages, dessins des reliefs de la colline, de la chaussée, des pierres et des signalisations routières.


Un guide en forme de livre ouvert. Sur les murs, on s’attarde sur des images de personnages d’une hauteur de plus de 2 m. El Hassan Echair (Maroc) projette les dessins à partir de photos des villageois. Les habitants participent au jeu en terminant l’œuvre.
Fixés sur l’image de l’oasis, Helmut& Johanna Kandl (Autriche) s’inspirent des histoires des villageois et marquent les lieux de points et formes de couleur. La vie en vert dans un paysage ocre. La veille. Soleil couchant, nuit tombante, en file indienne, sur les hauteurs, les villageois et les visiteurs en procession, des bâtons lumineux de couleur verte en main, une route balisée mène aux champs d’oliviers, des pierres enduites de chaux font le traçage, lumière phosphorescente. La terre se transforme en toile, la modernité bouleverse le caractère des éléments. Une intervention de Land art de Selim Ben Cheikh, intitulée Cheminement. Elle est doublement légitimée : la commémoration de la descente et abandon des villageois du haut de la colline vers le bas dans les années 60 et la découverte du pénible mode de déplacement sur les sentes tortueuses du paysage. C’est beau comme de l’antique.

 


 

Auteur : Hamma Hanachi

 











 





 






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