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ArchéologieLe masque de Gorgone restitué à l’Algérie

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Après deux années, depuis son authentification en 2012, le masque de Gorgone a été officiellement remis, hier, aux autorités algériennes, lors d’une cérémonie organisée au Musée de Carthage en présence des deux ministres de la Culture tunisien et algérien, Mourad Sakli et Khalida Toumi. Les deux ministres ont signé un procès-verbal de restitution de ce bien culturel, conformément à la décision du ministre de la Culture en date du 10 avril 2014. Une décision qui fait suite à la réunion de la Grande commission mixte tuniso-algérienne tenue les 7 et 8 février dernier.

Volé en 1996 du Musée-site antique d’Hippone (Annaba) à l’est algérien où il ornait la façade d’une fontaine publique, le masque en marbre blanc pesant environ 320 kg qui va faire son retour dans le giron national algérien, a quitté la Tunisie pour débarquer en premier lieu au Musée national des Antiquités d’Alger, avant de regagner ultérieurement sa place dans le site de Annaba, a déclaré Betrouni Mourad, directeur de la protection légale des biens culturels et de la revalorisation du patrimoine au ministère algérien de la Culture.
Déposée dans une énorme caisse en bois où «les conditions de conservation optimales et honorables» lui ont été réservées, l’œuvre, a-t-il ajouté, va être transportée par valise diplomatique à bord d’un avion de grande capacité.
«On a repéré par coïncidence le masque de Gorgone lors de la projection d’un reportage documentaire en 2011», se souvient-t-il.
Trouvée après la révolution tunisienne à Hammamet, à l’intérieur de la maison de Sakhr el Materi, la pièce a été authentifiée au mois de mai 2012 par un groupe d’experts que le ministère de la Culture algérien a dépêché pour cette mission, a-t-il précisé.
Pour Adnane Louhichi, directeur général de l’Institut national du Patrimoine (INP), la lenteur dans cette opération de restitution émane des procédures purement administratives et légales, car depuis son authentification, le masque de Gorgone a été mis sous contrôle judiciaire. En outre, a-t-il mentionné, il ne s’agit pas d’un vol ordinaire mais d’une affaire de trafic illégal, un trafic qui ne date pas d’hier.

Le trafic des biens culturels

En présence de l’ambassadeur algérien en Tunisie, d’un grand nombre de journalistes tunisiens, algériens et étrangers et au beau milieu d’experts et spécialistes du patrimoine, le ministre de la Culture Mourad Sakli a indiqué que la remise aujourd’hui de ce bien culturel, après son authentification scientifique et légale, intervient après le parachèvement de toutes les procédures légales. Il a, par ailleurs, signalé que cette opération, fruit d’une coopération commune sérieuse, témoigne concrètement de l’engagement pris par la Tunisie de restituer à l’Algérie son œuvre. Cela-a-t-il expliqué, constitue un signal fort d’une véritable volonté de promouvoir la coopération bilatérale, notamment en matière de lutte partagée contre la trafic illicite du patrimoine.
Avec émotion, la ministre de la Culture algérienne Khalida Toumi a tenu à signaler que la remise de ce bien culturel à l’Algérie est porteuse d’un message politique mais aussi moral. Car, a-t-elle rappelé, le vol du masque de Gorgone a eu lieu lors de la «décennie noire» au moment où son pays menait un combat féroce contre le terrorisme qui «ne se limite pas au massacre des vies humaines mais aussi de leur identité et de leur culture». Ainsi, a-t-elle ajouté, le trafic illégal des biens culturels comme le terrorisme, demeure une affaire commune. Elle a, dans ce contexte, lancé un appel pressant en vue d’œuvrer ensemble dans la guerre contre le terrorisme et le trafic illicite des biens culturels des deux pays. Dans ce sens, elle a formé le vœu de voir la commission mixte d’experts et de spécialistes, chargée de la préservation du patrimoine et de la lutte contre le trafic illégal de biens culturels prendre forme dans les plus brefs délais. La création de cette commission étant l’un des axes du programme de coopération culturelle bilatérale 2014-2015.

Patrimoine spolié, patrimoine récupéré

Cette pièce volée consiste, selon le descriptif d’Elyès Ghardaddou (université de Jendouba), en un masque colossal d’une méduse-fontaine murale en marbre blanc.
D’une hauteur de 92 centimètres et d’une largeur de 71 cm avec une épaisseur de 46 cm au niveau de la bouche, ce masque date de la deuxième moitié du IIe siècle après J.-C., selon les indices de la chevelure.
Selon la notice scientifique, la forme arrondie du visage, le nez épaté, la bouche ouverte et les yeux entrouverts dévoilent l’identité de cette tête féminine. Il s’agit d’une tête de méduse de taille colossale. La forme générale de la sculpture fait penser à un masque. L’ouverture de la bouche indique que cette sculpture était utilisée comme une fontaine murale encadrant une source d’eau. Signifiant tout ce qui est effrayant et horrible, le masque avait été découvert en 1930 à Annaba, par l’archéologue français Chouppaut. Le masque de Gorgone représente la légende grecque des trois sœurs «Sthéno, Euryale et Méduse». Selon la légende, le masque de Gorgone transforme en pierre celui qui se risque à le regarder, surtout parmi les hommes.
Le masque de Gorgone faisait partie de 93 pièces exposées au musée de Carthage dans le cadre de l’exposition archéologique temporaire «Patrimoine spolié, patrimoine récupéré» (janvier-mars 2013). Une exposition qui avait donné à découvrir 93 pièces archéologiques volées dont 87 pièces (céramiques, verres et bijoux, sculptures et stèles, décor et meubles) sont de provenance inconnue. La plupart des objets ont été retrouvés essentiellement dans le palais de Sidi Dhrif et la résidence Materi, décorés d’objets archéologiques et de mobilier ancien de toutes sortes.

Source : TAP







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