fbpx
LOADING

Type to search

Aymen Zriba, président de l’Ordre des architectes«Prochainement, des “concours d’idées” pour les bâtiments hors normes !»

Share



Nous avons un texte qui sort prochainement pour introduire le concours d’idées, même si le ministère de l’Equipement et nous, ne sommes pas d’accord sur le sens à donner au terme ‘concours d’idées’… », nous confie M. Aymen Zriba, président de l’Ordre des architectes.


PERLES rares, ouvrages d’art, bâtiments exceptionnels… les épithètes ne manquent pas pour décrire un phénomène qui commence à prendre racine dans les habitudes immobilières des Tunisiens. Mais à part quelques exceptions, nous en sommes encore aux balbutiements ! De plus, même sur ce qui a été déjà réalisé, nous ne pouvons avoir une idée que par  pur hasard ou le bouche-à-oreille.

Car, comme nous le confie Aymen Zriba, président de l’Ordre des architectes, «malheureusement, il n’existe pas de collecte de données en Tunisie, l’architecte peut réaliser le concours d’idées pour quelqu’un sans que cela soit publié quelque part».

Les entraves du «moins-disant»
«Dans le privé, ces «folies» existent, j’en ai parfois réalisé moi-même. Mais dans le public, la législation a l’effet de ne pas nous laisser aller ouvertement dans la créativité, car nous travaillons encore dans le «moins-disant» et si on propose un ouvrage exceptionnel, il n’est pas pris en considération à cause du budget. « La folie » a un coût, le budget peut aller jusqu’à trois fois le coût du « normal » », ajoute M. Zriba.
Il regrette que l’Etat semble encourager la médiocrité et cite un exemple où, à la sortie de La Mhamdia, près de l’aqueduc romain, il y eut un pont construit sur le principe de l’ouvrage d’art avec des arcades qui s’inspirent de l’aqueduc, mais le ministère de l’Equipement a opté pour un pont ‘basique’ en béton. Le contre-exemple, c’est le pont de Radès quand le bailleur de fonds a exigé la présence d’un architecte et c’est pour cela que la structure sort de l’ordinaire ; avec cependant un surcoût de 30% (de 90 à 120 milliards).
«Aujourd’hui, aucune recherche n’est menée pour les ‘ouvrages d’art’. Le législateur n’est pas encore convaincu de la présence de l’architecte et s’il existe des architectes qui ont fait quelques ‘folies’, c’est uniquement dans le secteur privé», ajoute-t-il.
Côté chaîne de compétence (architecte, entrepreneur, exécutants), ces ouvrages qui sortent de l’ordinaire, qui sont considérés comme des œuvres architecturales, du conceptuel, de la recherche, de l’innovation… ne nécessitent pas une main-d’œuvre spécialisée, ni des calculs compliqués… Cela en général, mais quand il s’agit d’ouvrages comme le stade de Radès, on ne peut les confier à ‘’n’importe qui’’ et ils nécessitent vraiment une chaîne de compétence solide.

La faille des concours
Autant de raisons qui ont conduit à un état de choses où la haute créativité n’est pas entrée dans les usages de nos professionnels. Il ne faut donc pas s’étonner qu’il n’existe pas de concours dans ce domaine en Tunisie, alors que telle est la pratique dans les pays développés. «Les seuls concours qui tiennent chez nous se déroulent autour des commandes des donneurs d’ordre, et là, il y a plus de 50 concours par an, où entrent en lice une trentaine ou une quarantaine d’architectes, ils réalisent leurs projets, le donneur d’ordre en retient une dizaine par exemple, ensuite, c’est un jury qui se forme pour décider. C’est tout, quand, sur le plan mondial, il y a des chantiers exceptionnels (pyramide du Louvre, Centre Pompidou…) dont les budgets sont ouverts et où l’intention est de retenir la meilleure trouvaille. Les chefs d’Etat français, par exemple, veulent laisser une empreinte et engagent le public dans de grands ouvrages, des stades, des centres culturels, des musées… mais pas encore chez nous», commente l’architecte.
Notre interlocuteur nous annonce cependant que les choses seraient sur le point de changer : «Nous avons un texte qui sort prochainement pour introduire le concours d’idées, même si le ministère de l’Equipement et nous ne sommes pas d’accord sur le sens à donner au terme ‘concours d’idées’. Dans l’idéal, le concours d’idées devrait être ouvert à tout le monde y compris les étudiants, avec une démarche beaucoup plus approfondie. Demain, ce sont les municipalités qui seront les premiers donneurs d’ordre et les idées des architectes peuvent faire vraiment la différence ; par exemple dans le mobilier urbain, les ouvrages d’art… ».

Les Tunisiens séduits par le «hors normes»
Selon M. Zriba, la situation n’est pas aussi incohérente qu’il n’y paraît et cela grâce à l’attitude de nos concitoyens dont un nombre de plus en plus important commence à être séduit par ces bâtiments hors normes. Certains commencent même à avoir les idées bien claires à ce propos et d’autres n’hésitent plus à demander conseil à un architecte.
«Les Tunisiens sont devenus ambitieux, ils s’informent sur Internet, ils consultent les réseaux sociaux, ils s’impressionnent de ce qu’ils voient dans les séries télévisées étrangères…  et tout cela crée un engouement pour les nouvelles idées, ainsi les gens ont de nouvelles perspectives et demandent à l’architecte de réaliser leurs projets. La demande suit et, en tant qu’architectes, nous espérons que la situation du domaine évolue, et surtout que les commandes d’Etat entraînent les autres, comme c’est leur vocation. Car nous sommes conscients que, pour introduire les nouveautés, les gens doivent s’habituer… Cela est connecté à la mentalité des gens mais si le paysage urbain, donc les commandes de l’Etat, offre de la belle ouvrage, les gens peuvent avoir confiance et essayer ce que l’Etat a osé dans le paysage urbain et les bâtiments publics (poste, école, hôpital…) », conclut notre interlocuteur.

Source : La Presse







Leave a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *