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Beït al-Hikma«L’Architecture en Terre Crue»

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Le département des Arts de l’Académie tunisienne des sciences, des lettres et des arts a organisé le vendredi 6 février 2015 une conférence sur le thème « Architecture en Terre Crue »
L’architecte et membre du département des Arts de l’Académie, M. Mehdi Mahmoud Dellagi, a coordonné cette manifestation qui était rehaussée par un auditoire composé d’architectes de renom, d’universitaires et d’esthètes de différents bords.

A travers cette conférence, les intervenants tunisiens et étrangers (Algérie, France, Irak/Grande-Bretagne, USA)  ont tenté de faire fusionner les univers civilisationnels et leurs extensions dans le monde contemporain et les contraintes qui lui sont afférentes.

En effet, comme l’a rappelé M. Mehdi Mahmoud Dellagi, de Tamorza à Jammel, de Nefta à Byrsa, de Matmata à Djerba, de Sejnène à El Haouaria, la Tunisie regorge d’un patrimoine humain et architectural ancré dans la matière terre crue.
Toutefois, avec la mondialisation, les pratiques architecturales se multiplient, mais elles s’uniformisent aussi, pardoxalement. L’architecture en terre crue pourrait, en ce sens, être perçue comme un des derniers bastions de «résistance» face à cette uniformisation régie par le mode constructif et conceptuel «unique» du béton armé et du poteau/poutre.

L’architecte britannique d’origine irakienne Salma Samar Damulgi a confirmé ce phénomène en se référant à des pays comme Oman, le Qatar ou encore l’émirat de Sharjah dont les tissus urbains ont été anéantis, reconstruits, ou livrés à la détérioration et à l’écroulement. Elle cite, néanmoins, un pays de la péninsule arabique qui jusque-là a échappé tant bien que mal à la perte de l’architecture vernaculaire, le Yémen, qui a gardé sa composition intégrale et son référentiel architectural. Mais Mme Damulgi souligne la problématique de garder cette industrie de bâtiment en terre crue en vie et de préserver le savoir-faire des artisans yéménites dont le nombre, note-t-elle, se réduit comme une peau de chagrin au long les décennies.

Cette menace qui pèse sur la disparition du savoir-faire de la construction en terre crue a également été signalée par l’universitaire tunisien Abdelmalek Ghannem qui a exprimé sa profonde désolation quant à la situation des artisans et maçons spécialisés dans cette méthode de construction ancestrale qui sont devenus quasi introuvables en Tunisie. Il a souligné le rôle de l’Etat qui n’a pas veillé à la préservation de cette technique vernaculaire, et a, au contraire, encouragé les formations dans le sens des techniques de construction moderne en béton armé.

Mais ce délaissement de la terre crue comme matériau de construction trouve aussi sa source, outre dans l’éloge que le progrès fait du béton armé, dans un problème de mentalité, étant donné qu’on lui a collé l’étiquette du « socialement incorrect » sous prétexte que c’est le « matériau des pauvres », comme l’a précisé M. Fouad Ghomari, professeur au Département de Génie Civil à l’Université de Tlemcen en Algérie.
Ceci étant, le matériau terre n’a pas pour autant été enterré, et Ghomari de rappeler que 30% de la population mondiale continue à habiter dans des maisons en terre.

Par ailleurs, les enjeux liés au développement durable et, entre autres, à la maîtrise des impacts environnementaux du secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP), ne cessent de mettre à l’ordre du jour l’impératif de passer à une alternative dite « performantielle » qui tient compte de la préservation de l’environnement. Sur ce plan, le matériau terre représente une approche de choix en tant que matériau eco-friendly (ami de la nature) ; mais aussi se prévalant de propriétés conformes aux exigences de confort et de santé.

Cette idée a d’ailleurs été concrétisée dans certains pays développés tels que la Suisse ou encore les Etats-Unis d’Amérique, comme l’a expliqué dans son intervention l’architecte américain et enseignant à l’Université britannique de Columbia (Canada), M. Joseph Dahmen. Cofondateur et directeur du développement durable de la «Watershed Materials LLC», une usine de fabrication de parpaings de terre stabilisée en Californie, Dahmen a donné des exemples de construction en pisé (terre crue) qui s’est considérablement déployée dans l’Etat américain de Californie où d’innombrables nouveaux bâtiments et demeures privées témoignent de la popularité croissante de cette technique. Il a toutefois précisé que des changements importants apportés aux matériaux et aux techniques d’installation ont accompagné sa transition vers le grand public, notamment l’utilisation de stabilisants chimiques et de systèmes de construction hautement mécanisés.

La conférence «Architecture en Terre Crue», qui a vu l’affluence d’un large public, a réussi le pari de donner un nouvel éclairage sur l’état des lieux de ce champ architectural, les recherches scientifiques y afférentes et les extensions que pourrait avoir ce champ dans le domaine architectural d’aujourd’hui.

Source : La Presse







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