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Complexe lac de Tunis, nouveau site RamsarRetour sur une classification internationale

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Le complexe lac de Tunis a été classé, le 23 janvier 2013, «zone humide d’importance internationale». Cette inscription sur la liste Ramsar, qui peut surprendre dans la mesure où il s’agit d’un lac urbain, aurait été impensable il y a 30 ans. Elle vient en fait comme un couronnement à des décennies d’efforts déployés en vue de la réhabilitation du lac, dans ses composantes nord et sud.
Qu’est-ce que la convention Ramsar, pourquoi avoir classé le lac de Tunis, quelles répercussions cela va avoir sur son exploitation, c’est à ces questions que nous avons essayé de répondre.

La convention Ramsar sur les zones humides est un traité intergouvernemental qui vise la conservation et l’utilisation rationnelle des zones humides et de leurs ressources naturelles. Elle sert de cadre à l’action nationale et à la coopération internationale pour la réalisation de ces objectifs*. La convention a adopté une large définition des types de zones humides qui relèvent de sa mission. Ainsi, sont concernés par la convention aussi bien les sites naturels que les sites artificiels.
En Tunisie, il y a 40 sites classés Ramsar. Sept d’entre eux sont des zones humides urbaines, c’est-à-dire proche des villes. Ces sites sont la lagune de Ghar El Melh, les lagunes du Cap Bon oriental, les salines de Thyna, Sebkhet Sijoumi, les îles Kerkennah, les salines de Monastir et, le dernier à être classé, le complexe lac de Tunis. D’une surface totale de 2.243 ha, ce dernier regroupe le plan d’eau du lac nord de Tunis, l’îlot de Chekli, déjà classé réserve naturelle, et la zone de terre-plein 4 du lac sud (TP 4).

Caractéristiques écologiques remarquables


Plusieurs caractéristiques écologiques ont permis de classer le site comme zone humide d’importance internationale. En effet, le lac représente un lieu d’hivernage pour de nombreuses espèces d’oiseaux. L’une des espèces les plus remarquables est le flamant rose dont la population peut atteindre 8.000 à 10.000 individus, soit 6 à 7% de la population totale de la région. En outre, le lac abrite pas moins de 138 espèces de faune dont 69 espèces de mollusques, 12 espèces de crustacés et 20 espèces de poissons. Certaines d’entre elles sont exploitées, comme l’anguille, qui est une espèce migratrice, les muges, la daurade, la sole et le loup. Selon plusieurs études scientifiques, de nombreuses espèces aquatiques identifiées dans le lac ont été signalées de nouveau. En réalité, si le milieu est aussi diversifié c’est grâce aux travaux d’assainissement et de réaménagement qui ont permis d’améliorer la qualité des eaux et leur système de circulation. Pour rappel, jusqu’à 1981 pour sa composante nord et 1998 pour la composante sud, le lac de Tunis recevait les rejets domestiques et industriels de la ville et des agglomérations avoisinantes et connaissait des problèmes récurrents d’eutrophisation. La dépollution progressive des eaux et leur marinisation ont permis la réintroduction naturelle de divers organismes dans le lac, que ce soit pour y nicher ou y retrouver des sources d’alimentation.
Des mesures de suivi, d’entretien et de gestion sont toujours menées par les deux sociétés habilitées, à savoir la Société de Promotion du Lac Nord de Tunis (Splt) et la Société d’Etudes et de Promotion de Tunis Sud (Septs), afin de préserver le milieu.


Les exploitants positivent la classification


Bien qu’elle n’ait pas été consultée lors du processus de classification, la Splt, qui exploite le plan d’eau du lac Nord, positive cette nouvelle et étudie le contenu de la convention pour se conformer à ses obligations. Même chose pour la Septs, qui gère la zone humide TP4. Cette dernière n’est pas concernée par les aménagements urbains et le projet Sama Dubaï, suspendu pour l’instant. En 2006, le TP4 a fait l’objet d’un programme d’aménagement, dont les deux premières phases ont été exécutées. La classification en tant que site Ramsar a permis de dynamiser le processus d’exécution des phases suivantes. Ainsi, des aménagements et autres installations tels qu’un centre d’accueil, un observatoire, un sentier de 3 km et des plantations pour la nidification des oiseaux migrateurs seront réalisés, afin de garantir et développer l’activité écotouristique dans les lieux. Des mesures d’accompagnement adjacentes devraient être appliquées afin de permettre aux habitants de profiter du site et de les concilier avec un paysage qui leur était jusque-là inaccessible.


En fin de compte, cette classification serait de nature à valoriser le centre-ville de Tunis et à renforcer sa vocation écologique.

 

 

Eclairages sur la convention Ramsar

 


Entretien avec Habib Abid, directeur de la protection des forêts à la DGF, pour connaître les procédures de classement des sites d’importance internationale et leurs implications.

 

Comment les zones humides sont-elles classées Ramsar?
En Tunisie, l’autorité administrative qui représente Ramsar est le ministère de l’Agriculture, plus précisément la Direction générale des forêts (DGF). L’autorité scientifique est représentée, elle, par l’Institut national de recherche en génie rural des eaux et forêts, l’Ingref. En même temps, nous avons un enseignant de l’Institut national agronomique de Tunisie, Inat, qui est le point focal scientifique et technique au niveau de Ramsar. La classification émane du ministère de l’Agriculture qui en fait la demande. Il y a des fiches descriptives Ramsar appelées FDR qu’on doit remplir, et dans lesquelles on doit décrire la situation du site, sa localisation, les gestionnaires, leur façon de gérer, puis on donne tous les critères écologiques. Il y a 5 critères écologiques, il faut que le site réponde à au moins deux d’entre eux, qui peuvent être le nombre d’oiseaux nicheurs, la présence d’espèces menacées, etc. Il faut environ 5 à 6 mois pour remplir la FDR. Ensuite, le ministère de l’Agriculture l’envoie au comité scientifique au niveau de Ramsar. Ce dernier l’étudie et émet ses remarques. Il est possible qu’on demande après cela des informations additionnelles ou des clarifications. On peut reprendre et corriger la fiche puis l’envoyer à nouveau. Si la demande est approuvée, le site est déclaré classé.

 

Est-ce que la convention de Ramsar est une convention contraignante, notamment pour les zones exploitées par l’Homme?
La convention de Ramsar n’est pas contraignante. En réalité, la loi tunisienne est plus contraignante que la convention internationale en matière de protection de l’environnement.
Ramsar encourage l’utilisation rationnelle. Toute activité humaine qui ne nuit pas à l’environnement est autorisée. 3 milliards de personnes se nourrissent de riz, essentiellement en Asie, dans des sites classés Ramsar. L’activité humaine n’est donc pas interdite, mais en contre partie, on encourage les gens à ne pas utiliser les pesticides, à avoir une agriculture biologique, etc.

 

Qu’arrive-t-il quand un site Ramsar est malmené, à l’instar de la sebkhet Sijoumi?
Dans ce cas, des mesures nationales doivent être prises. Dans le cas de la sebkhet Sijoumi, par exemple, on a constitué un groupe de travail issu des ministères de l’Agriculture et de l’Environnement, pour enrayer les déchets solides, contrôler les constructions anarchiques et réactiver le système de pompage des eaux.

 

Y a-t-il des sites qui ont été déclassés en Tunisie?
Le seul cas qu’on a eu est le lac Ichkeul, qui a été classé sur la liste de Montreux. Suite à la construction de barrages entre 1990 et 2000, les apports en eaux douces ont beaucoup diminué, mettant en péril la végétation du lac qui sert de nourriture pour les oiseaux. Dès 1996, on a travaillé pour la réhabilitation du lac mais on n’a pas informé Ramsar de tous les efforts qui ont été effectués. Actuellement il y a une commission de différents ministères, ONG, notamment WWF et l’Association des amis des oiseaux (AAO), qui est en train de travailler pour le retirer de la liste rouge. En fait, c’est un dossier administratif qui est en train d’être préparé.

 

Source : La Presse

 








 








 




 





 







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