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Ecotourisme dans le nord-ouestUn riche potentiel encore sous-exploité

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L’initiative, a priori, est salutaire. C’est qu’un groupe de femmes et d’hommes promoteurs, natifs du nord-ouest, se sont engagés, volontiers, dans la promotion de leur région pour le bonheur d’une pauvre population longtemps laissée pour compte, victime d’une politique de développement exclusive qui lui a été réservée pendant le règne de Bourguiba et celui de Ben Ali. Une population sous-développée, vivant dans un milieu où il ne fait pas bon vivre, alors que la région aux richesses naturelles et forestières pittoresques présente un gisement écotouristique fort apprécié.

Un potentiel de développement en mal d’exploitation. L’idée d’en faire une destination prisée ne vient pas du néant. Sa biodiversité, son château d’eau, ses produits du terroir et son paysage verdoyant des chênes-lièges et pins d’Alep en ont fait l’écrin de Kroumirie. Autant d’atouts qui pourraient l’ériger en une mine d’investissements touristiques. Voilà, un nouveau créneau porteur, dont on parle depuis plusieurs années
Au lendemain de la révolution, un Centre de réflexion stratégique pour le développement du nord-ouest (Crsdno) a vu le jour, à l’initiative d’éminents cadres originaires de Béja, Siliana, Jendouba et du Kef. M. Kamel Ayadi, ancien secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Equipement, en est le président fondateur. C’est là un véritable think thank, fruit d’expériences et des compétences humaines dont regorge la région. Le week-end dernier, le centre a tenu son premier forum au pays du corail, à Tabarka, au cours duquel la réflexion s’est articulée sur le développement et le tourisme écologique dans le nord-ouest. Le concept en soi n’est pas d’ailleurs nouveau, mais le fait de s’y adapter est tributaire d’une question de culture et de pratique. Cela relève, bien entendu, d’une volonté politique qui soit animée d’esprit d’entrepreneuriat, mais aussi des garanties financières sûres et fluides. Et l’infrastructure n’en est pas en reste.


Le paradoxe du nord-ouest


Une trilogie économique de mise, sans laquelle le train d’investissements ne gagnerait jamais son adresse. Tel est et était le cas du nord-ouest, une des régions des plus déshéritées, privée des atouts préalables au développement. A défaut d’une politique de communication et de marketing territoriale, comme l’a indiqué le président dudit centre, la région accuse un déficit d’investissement privé dont le taux par habitant est deux fois moins que celui du Grand-Tunis. Il est largement inférieur par rapport aux autres régions côtières. Avec une croissance démographique assez négative. L’Etat n’arrive pas, au fil des temps, à lui favoriser une plateforme adéquate. Il a peu investi dans les services publics, la santé et l’éducation. «Ce sous-développement persistant n’est jamais une fatalité. Le déséquilibre régional était et reste toujours une réalité», déplore M. Ayadi. L’essentiel est de mettre le doigt sur les causes aussi bien endogènes (ressources naturelles et humaines, position géographique…) qu’exogènes (apport en investissement..) de cette éternelle paupérisation qui est due, en grande partie, à une vision économique régionaliste fort réductrice. Et bien qu’elle soit dotée d’un patrimoine naturel riche en 40 % des ressources forestières de la Tunisie, aux côtés d’une importante réserve hydraulique alimentant le reste du pays, la région du nord-ouest s’est trouvée confinée dans la marginalisation totale.


Elle est si riche en potentiel, si pauvre en initiatives. Le paradoxe est là. Comment, alors, gérer cette inéquation perceptible pour réaliser une certaine dynamique économique cohérente? Dans l’objectif de franchir ce cap, les membres fondateurs dudit centre tentent de chercher à mettre l’accent sur ce potentiel sous-exploité et aider à s’investir dans l’écotourisme. Le temps du tourisme classique est-il, donc, révolu ? Y aurait-il besoin de repenser sa manière de vivre pour survivre ? Le diktat des changements climatiques nous impose de réfléchir autrement dans une nouvelle logique de développement durable. Se nourrir et nourrir les générations actuelles et futures, tout en sauvegardant le système écologique, tel est, désormais, le credo d’un tourisme en vogue. En Europe, ce secteur novateur se porte bien. Et son produit biologique labellisé continue d’avoir le vent en poupe. Sous nos cieux, les professionnels du métier ont profonde conviction que le tourisme traditionnel commence à atteindre la dernière ligne droite. Loin des hôtels et de la surconsommation, quel avenir pour le tourisme tunisien ? Il y a, vraiment, une certaine maturité générale de la nécessité de se tourner vers des pratiques alternatives, pour la mise en valeur de nos richesses naturelles et culturelles dont regorge le pays. Le désert du sud, le patrimoine typique des régions, les parcs environnementaux tous azimuts, les échappées belles, les plans d’eau et les grands ouvrages hydrauliques, les réserves forestières et animales du nord-ouest sont aussi des gisements naturels à découvrir. D’autant plus que l’exploitation de ce potentiel multidimensionnel est en mesure d’apporter à chaque région une valeur ajoutée.

Des idées en quête de financement


L’écotourisme dans le nord-ouest est un véritable marché prometteur. Tout est là pour faire de la région une destination de choix. Et la vocation serait, ainsi, multiple : se servir et servir la population locale, dans une approche de développement communautaire qui doit tenir compte de ses exigences environnementales. Joindre l’utile à l’agréable, pour ainsi dire. Et bien qu’il y ait eu, autrefois, des initiatives privées censées être génératrices d’emplois verts, les efforts de création de tant de projets écotouristiques ont été voués à l’échec. Faute d’une volonté politique certes, mais aussi de sérieuses intentions de financement et d’accompagnement. Belgacem Ouchtati, originaire de Tabarka, un des promoteurs de la région, avait vu son projet avorter avant qu’il ne soit né. Aujourd’hui, il est soucieux de le relancer. Il consiste, en fait, à mettre sur les rails «le lézard vert de Tabarka». Sur une vingtaine de kilomètres, ce train touristique reliera trois gares qui ont été abandonnées depuis la création du barrage Sidi Al Barrak à Béja. Mais, le projet semble avoir la vocation d’animation touristique plutôt que d’écotourisme. Car, l’implication de la population locale et le respect de l’environnement aux alentours sont une condition préalable. Etant encore en gestation, l’idée relève du rêve, mais est réalisable à long terme. Et M. Ouchtati souhaite qu’«un jour le lézard vert siffle trois fois… ! ».
Sur les berges du barrage, entré en service en 1999, les horizons d’un village écologique se profilent au cœur du milieu forestier qui contourne la région. Mme Zouhaira Ouertani, issue de Nefza, nous a montré le site sur lequel elle veut monter son projet, baptisé «l’écrin de Kroumirie». L’idée est géniale, mais Mme Ouertani ne nous a pas parlé des perspectives de sa mise en œuvre, ni de ses dimensions écotouristiques. «Eco-bois» est le projet, déjà en chantier, de Mme Eya Boularès. Il consiste en la réalisation d’une usine de fabrication de palettes en bois dont les travaux, ayant commencé au début de ce mois, vont prendre fin en juillet prochain. Ce projet sera bâti dans la zone industrielle de Béja-nord sur une superficie totale de près de 7 mille m². «Jinene Tounes», un autre projet intégré, est également prévu à Oued Zarga. Il s’agit d’une institution universitaire qui dispense une formation en agriculture et écotourisme.
Tous ces projets embryonnaires sont en quête d’argent. Ils ont été présentés devant un parterre d’experts et d’institutions financières, en l’occurrence la Banque de financement des petites et moyennes entreprises (Bfpme), un mécanisme d’assistance et d’accompagnement dont les crédits par projet sont plafonnés à un million de dinars. L’ambassadeur des Pays-Bas, M. Robert Engels, était, lui aussi, présent à ce premier forum du centre de réflexion, pour faire valoir le potentiel écotouristique dont se prévaut toute la région du nord-ouest. Le concept de l’écotourisme est avant tout une culture économique à part entière.

Source : La Presse

 








 








 
















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