En hommage à M.SLAH-EDDINE BENSAID, Président-Directeur Général de SCET-TUNISIE qui vient de nous quitter le 5 décembre 2022, nous republions l’article paru en 2016 dans Archibat 37.Puisse Dieu l’accueillir dans son infini miséricorde.

L’ingénierie est un domaine discret. Ceux qui assurent les études des grands projets, sont rarement sous les feux de l’actualité. 

Slah-Eddine Bensaid est peut-être le plus discret d’entre eux. Fondateur et présidant depuis plus de quarante années aux destinées de SCET-TUNISIE, le premier bureau d’études tunisien, et probablement maghrébin, il a été au cœur de très nombreux grands projets de notre pays. SCET-TUNISIE a été poussée vers l’exportation par la nécessité d’élargir ses horizons et de s’ouvrir des voies de développement. Elle a attaqué le marché africain de l’ingénierie et réussi à s’y tailler une position incontestable et reconnue. 

Avec plus de quarante ans d’expérience en ingénierie, une maîtrise reconnue dans de nombreux domaines d’intervention, des équipes performantes, et une large ouverture à l’international, vous êtes le premier bureau d’études tunisien. 

SCET-TUNISIE a été créée en 1972. Notre métier consiste à concevoir, contrôler et assister. Concevoir des études stratégiques, des plans directeurs, des études de faisabilité, des études techniques. Cela peut concerner les systèmes de transports (routes, autoroutes, ports, aéroports), le développement agricole (irrigation, développement de la production agricole et animale, etc.), l’hydraulique (eaux souterraines, eaux de surface, alimentation en eau potable, etc), l’environnement, le développement urbain, les projets de bâtiments, la santé, l’éducation, en un mot tout ce qui concourt à l’amélioration du niveau et de la qualité de la vie. Contrôler des travaux, qu’on en ait réalisé les études ou pas, assister, c’est-à-dire offrir une assistance technique, un appui institutionnel. SCET-TUNISIE emploie quelques quatre cents personnes dont près de la moitié est détachée à l’étranger, 60 % de nos effectifs sont des ingénieurs ou des cadres supérieurs.

Quels sont vos domaines d’intervention ? Quelles spécificités offrez-vous ?

Notre principal champ d’action concerne les infrastructures de transport : routes, autoroutes, ponts, échangeurs, voies ferrées, ports, aéroports. Cela représente 50 % de notre activité. Nous sommes également très présents dans tout ce qui touche au domaine de l’eau : l’hydraulique urbaine, soit l’alimentation en eau potable, l’assainissement… Mais aussi l’hydraulique agricole, c’est-à-dire les barrages, les sondages, les périmètres irrigués. Le bâtiment et le développement urbain constituent une part importante de nos activités. En Tunisie, nous avons étudié l’aménagement des Berges du Lac, nous travaillons sur des projets d’envergure dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne… 

Enfin nous sommes très sollicités pour assurer une assistance technique, surtout en Afrique où nous nous déployons de plus en plus. Nous mettons à la disposition des administrations africaines du personnel qualifié, de notre staff permanent quand il s’agit de notre métier, ou que l’Agence Tunisienne de Coopération Technique (ATCT) met à notre disposition tout en lui préservant ses droits dans la progression de sa carrière administrative selon un système tout à fait remarquable.

Vous avez été parmi les premiers à tenter l’aventure Africaine, et à partir à la conquête du continent. A tel point que vous y travaillez beaucoup plus qu’en Tunisie

Nous avons commencé à aller en Afrique depuis les années 80, mais il est vrai que cela s’est beaucoup développé depuis une dizaine d’années. Nous avons travaillé, et nous travaillons encore, dans 32 pays africains. Nous avons développé une politique de proximité, et pour être au plus près du client, nous avons ouvert sept directions régionales en Algérie, en Côte d’Ivoire, au Congo, au Cameroun, au Tchad, au Rwanda et en Lybie. La diversification géographique est importante. Nous avons commencé avec l’Afrique de l’Ouest puis l’Afrique Centrale. Mais les pays pétroliers d’Afrique Centrale ont eu beaucoup de problèmes qui se sont répercutés sur notre activité. Nous nous sommes alors déployés en Afrique de l’Est, chez les anglophones. 

Ceci dit, en Tunisie, nous avons étudié ou contrôlé plus de 1.000 km d’autoroutes. C’est ce savoir-faire qui s’exporte. C’est ce qui a fait que l’on nous a confié l’étude de l’autoroute Abidjan – Yamoussoukro, ainsi que celle de Yaoundé – Douala.

Curieusement, après la révolution, la part de notre activité en Tunisie qui n’était que de 20 %, contre 80 % en Afrique, est remontée à 25 %. 

Quelle serait la clé de votre succès ?

Une notoriété qui s’est construite au fil des années. Un budget très important consacré à la formation, à la mise à niveau. Une technicité sans cesse réactualisée. Une politique de proximité avec le client. Des réseaux de partenaires locaux dans les pays où nous allons. Et une base de données de consultants, tant tunisiens qu’africains et puis l’encouragement à l’innovation. Nous avons d’ailleurs créé un prix de l’innovation au sein de l’entreprise.

Quels sont vos concurrents ?

En Tunisie, les trois premiers bureaux d’ingénierie sont connus. Il s’agit, en dehors de SCET-TUNISIE, de STUDI et de COMETE. Ces trois bureaux sont d’ailleurs implantés à l’international. Au niveau maghrébin, les tunisiens sont largement les premiers dans le domaine de l’ingénierie. Quant aux pays arabes, quand il leur arrive de s’aventurer en Afrique, ils s’associent avec nous tunisiens, surtout quand il s’agit de travailler dans des pays francophones. Mais c’est en Afrique que l’environnement devient de plus en plus compétitif : les grands bureaux européens et nord américains baissent leurs prix en sous-traitant à des bureaux locaux. Et ces mêmes bureaux locaux se développent et deviennent eux-mêmes compétitifs, comme au Mali ou au Burkina Faso.

Comment expliquez-vous la situation difficile du bâtiment en Tunisie ? La conjoncture est-elle seule responsable ?

Il est certain que la situation est beaucoup plus difficile. Les grèves, les blocages dus aux problèmes fonciers, la pénurie d’ouvriers, en dépit du chômage. Mais je pense aussi que le secteur manque de formation. Or dans ce domaine, il est essentiel de perfectionner les cadres, de les familiariser avec les nouvelles techniques. L’état assure une partie des frais de formation. Il faut  que les entreprises veuillent faire le reste. En ce qui concerne les entreprises de grands travaux, le problème est différent :
elles ont une plus grande assise financière, et sont souvent associées à des entreprises étrangères. Ce qui leur permet de maintenir une bonne technicité.

Quels sont les grands travaux engagés ou prévus en Tunisie ?

Nous travaillons sur plusieurs grands projets de développement agricole dans la vallée de la Medjerda et dans le Mornag, financés par des bailleurs de fonds internationaux. Nous allons bientôt démarrer le projet de la maîtrise de la Medjerda pour protéger toute sa vallée contre les inondations, sur financement de la coopération japonaise. Nous achevons les études de l’autoroute Tunis – Gafsa passant par l’intérieur du pays, qui désenclavera El Fahs, Kairouan, Sidi Bouzid et Kasserine, financée par la BEI. Et on parle à nouveau des grands projets arabes…

Propos recueillis par Alya Hamza

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