fbpx
LOADING

Type to search

Evolution des systèmes constructifs, défi majeur pour le développement du secteur du bâtiment

Share

L’évolution des systèmes constructifs dans le bâtiment et les travaux publics, est un impératif pour garantir la qualité des ouvrages et des projets. Cette évolution doit couvrir l’ensemble des dispositifs de la construction intégrant les matériaux et les techniques de construction, mais aussi la conception et la prise en compte des conditions économiques, sociales et environnementales des projets.

Malgré les programmes mis en place pour faire évoluer les modes et les systèmes constructifs en Tunisie, force est de constater que les évolutions restent confidentielles et limitées à quelques initiatives individuelles de la part de certains concepteurs-prescripteurs ou donneurs d’ordres et entreprises, qui essayent d’introduire de nouvelles perspectives. On peut citer à titre d’exemple le développement récent de l’utilisation des enduits intérieurs à base de plâtre, qui offrent des performances intéressantes. Mais ces initiatives restent limitées et permettent de faire le constat de l’absence d’une politique de développement de ce secteur de la part des pouvoirs publics, qui continuent à favoriser les économies financières immédiate sur le coût de la construction sans jamais prendre en considération le coût économique, qui doit intégrer la contribution générale du secteur à l’économie du pays.

Or le coût économique d’un projet doit tenir compte, au-delà du coût financier, des délais de réalisation, de la valeur ajoutée créée et des coûts d’exploitation et de maintenance des ouvrages ainsi que de leur vieillissement. Si l’approche économique a été introduite dans les projets d’infrastructures de transport, elle est inexistante lors de la conception d’autres projets. Nous pouvons citer le faible développement de l’offre de lampes LED en Tunisie, qui restent très peu utilisées, malgré des avantages économiques certains à moyen terme.

Dans le même temps le cadre normatif reste très pauvre, nous pouvons citer le cas de l’immobilier de bureaux dont l’évolution des normes de construction reste très insuffisante, alors que les bâtiments passifs économes en énergie sont apparus depuis plus de vingt ans en Europe, ils restent rares en Tunisie, où la réglementation n’a que peu évolué. L’absence de label et de processus de certification ne favorise pas le développement de ces produits sur le marché, ni l’évolution de la demande de la part des utilisateurs.
De même, les technologies relatives à la gestion technique des bâtiments, ou la domotique, restent peu connues et utilisées dans l’immobilier d’entreprise, alors qu’il existe aujourd’hui des solutions efficaces et bon marché qui permettent d’aller vers des « smart building », 
qui permettent de faciliter la gestion et la maintenance des bâtiments.

Toutefois, l’introduction de nouveaux procédés constructifs dans les projets relèvent d’une démarche de recherche et de développement et d’innovation, qui doit obéir à des règles préétablies pour favoriser un processus d’évolution continu et systémique. Cette démarche doit viser à faciliter l’accès à des ouvrages de qualité et au moindre coût. Or, c’est le contraire qui se passe en Tunisie, puisque le coût de la construction ne cesse d’augmenter avec les conséquences économiques que l’on sait, sans que l’on tienne compte des objectifs de rentabilité économique, tout en sachant parfaitement qu’un bâtiment à haute performance énergétique et technique est plus rentable qu’un bâtiment usuel. Sans compter que dans l’immobilier, il n’y a pas aujourd’hui d’obligation de respect de la vocation du bâtiment, ce qui pousse les promoteurs à construire sans savoir si les locaux seront affectés à l’habitation ou à des bureaux, ce qui, bien évidemment, n’encourage pas à l’adoption de choix clairs en matière de conception ou de modes de construction.
Les systèmes constructifs intègrent aussi une composante liée aux conditions d’exécution des travaux et à la gestion globale des chantiers. De ce point de vue, nous constatons que les chantiers restent des sites peu organisés, avec des conditions d’hygiène et de sécurité très précaires, et auxquelles on accorde encore peu d’intérêt, tant de la part des clients, publics ou privés, que des entreprises elles-mêmes.

Cela met en cause l’ensemble de la chaine de la construction allant de la formation universitaire et professionnelle jusqu’aux opérateurs eux-mêmes en passant par une réglementation obsolète qui n’est même pas respectée. Ainsi, l’approche doit être globale, et elle doit concerner les professionnels du secteur mais aussi et plus largement les consommateurs. Il y a une démarche d’éducation qui doit conduire à des changements d’habitudes de consommation, de déplacement et même de production pour in fine modifier la structure du marché, de l’offre et la demande dans le secteur.

L’absence de mécanismes spécifiques et d’incitations réglementaires et financières, n’encourage bien évidemment pas au développement de cette nouvelle offre d’ouvrages. En effet, les incitations doivent être doubles, car l’incitation financière ne suffit pas si elle n’est pas accompagnée d’une incitation réglementaire qui oblige les opérateurs à s’orienter vers de nouveaux systèmes constructifs. Par ailleurs l’incitation financière pourrait être orientée vers le consommateur plutôt que vers le constructeur, pour modifier la demande et influer plus fortement et plus rapidement sur le marché de la construction.

Le secteur de la construction reste malheureusement peu encadré et le ministère de tutelle n’apporte pas la contribution attendue pour favoriser le développement du secteur et se contente d’être une structure de maîtrise d’ouvrage, sans prendre la mesure de l’importance de ce secteur dans l’économie du pays, et du besoin qu’il y a de le faire évoluer vers d’autres niveaux de performance. Voilà qui repose encore une fois la question du rôle de l’état, de la séparation entre les missions d’opérations et de régulations, et du nécessaire 
reengineering de l’appareil public.

Par Walid BEL HADJ AMOR DGA Comete Engineering et VP de l’Institut Arabe des Chefs d’Entreprises.

Article paru dans Archibat n°36 – Novembre 2015

Leave a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Next Up