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Exposition – Hammams de la médina de TunisUne esthétique de la détresse

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Une affluence record a marqué l’inauguration au Palais Kheireddine, le 11 juillet dernier, de l’exposition photographique «Regards posés. Hammams de la Médina de Tunis». Ces hauts lieux de sociabilité en terre arabo-islamique charrient pour beaucoup un flot de souvenances. L’exposition se poursuit jusqu’au 30 juillet.

L’exposition organisée par l’Association L’Mdina Wel Rabtine (La Médina et ses deux faubourgs), en partenariat avec la Maison de l’image, baigne dans une esthétique de la précarité et de la détresse : les hammams sont menacés de disparition dans une décennie ou deux. Déjà, sur les 50 hammams qui existaient jusqu’au 19e siècle dans le tissu de la Médina, seuls 26 résistent encore, égarant en cours de route et par souci d’hygiène la plupart de leurs beaux atours : les grands bassins (maghtass), la pierre de taille (blat) qui couvrait le sol, les chapiteaux… et, également, leur fonction de creuset d’échange au sein de la cité. Les clichés, saisis par 17 photographes tunisiens et étrangers, entre novembre 2013 et avril 2014, dans 18 hammams historiques de la vieille ville, ressuscitent bien un monde en voie d’«évaporation» dans la modernité ambiante. Un univers suranné avec ses métiers, ses rituels, ses décors particuliers, la spécificité de son architecture et le pittoresque de ses personnages.

Une marque de fabrique : le kitsch

L’artiste Patricia Triki traduit sa vision du hammam en une installation où, avec une pointe de tendre poésie, elle redistribue à sa guise, dans une pièce du palais, une foule d’objets à travers lesquels ressurgit tout le kitsch qui caractérise les bains maures de la Médina de Tunis. La touche personnelle de la harza (la masseuse), du caissier ou du propriétaire, y est très présente : petits miroirs dorés, le kanoun, les kob kab, les fouta, les portraits des anciens maîtres des lieux, le calendrier arabe, le transistor détraqué des années 50, côte à côte avec celui qui fonctionne… Les croquis de la dessinatrice brésilienne Aline d’Alva rajoutent une note d’humour à l’installation. Cette incursion dans la solitude d’hommes et de femmes dont le métier ne sera pas relayé par les générations futures se poursuit avec la photographe Rania Dourai, qui enrichit ses portraits de témoignages sociologiques poignants de harza, de tayyeb (masseur) et de propriétaires de hammams. Le travail de terrain qu’a mené Rania Dourai l’a menée vers des rencontres, des itinéraires de vie et une sagesse populaire enfouie dans les vapeurs des bains anciens de la Médina.

Beaucoup de photographes ont braqué leurs appareils sur les volumes des hammams et leur architecture à la fois intimiste et chargée d’un patrimoine de légendes, de mystères et d’images orientalistes. Une salle entière de l’exposition est consacrée à ce thème. Une salle dominée par les bleus et les verts dans toutes leurs tonalités.

Les bleus d’un fond marin

Des couleurs référant à l’eau, omniprésente dans cet espace de délassement des corps. « L’eau, premier souvenir. Réminiscence de l’univers amniotique », écrit le photographe Hamideddine Bouali sur l’un des panneaux de « Regards posés ».
Explorant Hammam Remimi, fermé depuis dix ans, Arnaldo Genitri donne à voir un lieu pratiquement transformé en une épave et que ses images rapprochent d’un fond marin. C’est à lui que l’on doit la magnifique photo de l’affiche de l’expo, qui rappelle par son abstraction surréaliste l’œuvre du peintre et architecte tunisien Samir Makhlouf.
A côté, Mahdi Chaker revient sur les traces de Hammam Saheb Ettabaa, fameux depuis les scènes du film Halfaouine de Ferid Boughedir. La profondeur du bleu nuit de l’espace de ce bain maure qu’éclaire une petite lucarne en forme de lune renvoie aux éléments cosmiques qui nous entourent.

Construit selon un style ottoman, Hammam Tammarine garde sa mezzanine exceptionnelle en bois peint en bleu qui entoure la salle de déshabillage. Malgré un certain délabrement de ce hammam, le photographe Hichem Driss a su n’en retenir que l’esthétique épurée. Mais les lieux en friche, comme le hammam Sidi Sandel, fermé depuis 2007 et photographié par Marianne Catzaras, gardent également la muette beauté de lieux hier animés par mille et un bruits et chuchotements, aujourd’hui abandonnés par les hommes.

Etonnante est cette image d’Aglae Bory, prise dans la salle de repos de Hammam Sidi Sahby, à la rue du Pacha, dans laquelle une cliente vêtue à la manière de la baigneuse d’Ingres se fait épiler en prenant la même position que le modèle du peintre. Un clin d’œil à une des œuvres majeures de ce maître néo-classique. La dimension plastique de « Regards posés » émane de toutes ces superbes photos axées sur les détails, celles d’Aziz Tnani et de Chahine Dhahak. Ou encore des images de Souphia Baraket, de Pol Guillard et de Hamideddine Bouali, où la profondeur de la perspective réfère à des mondes multiples, révolus peut-être mais dont la mémoire ne demande qu’a être sauvegardée.

Auteur : Olfa BELHASSINE







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