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Forum de discussion sur les territoires et l’urbain : BLEDNA

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Les médias se sont fait l’écho ces derniers mois de la possible réactivation de certains des «grands projets présidentiels» du défunt régime. Au-delà de l’opacité des raisons et des modalités de cette réactivation, en soi déjà problématique, c’est la nature même de ces grands projets qui soulèvent les questions les plus graves, pointant des enjeux beaucoup plus larges.

C’est pourquoi TOUNES BLEDNA a pris l’initiative de rendre publique sa position en faveur d’une nouvelle approche stratégique des grands projets en Tunisie, en rupture avec le modèle prédateur ancien, dans une tribune parue dans le journal «La Presse» en date du 28 mars 2014. Le contenu de cette tribune a ensuite été soumis pour discussion à une table-ronde d’experts et de professionnels impliqués dans ces secteurs qui s’est tenue en Mai dernier. C’est la synthèse, très condensée, des idées forces de la Tribune et de leur discussion au cours de la table ronde qui est rapportée ici, ouvrant vers des préoccupations et des travaux qui seront ceux de TOUNES BLEDNA dans les mois à venir.

Qu’il s’agisse de Taparura à SFAX, de Sebkha Ben Ghayadha à MAHDIA, de «Samaa Dubaï», Boukhater ou du« Port financier» à TUNIS, les « grands projets présidentiels» dont on nous fait craindre le retour reposent tous sur les mêmes caractéristiques: une implantation en zone côtière, une assise foncière très importante généralement concédée au Dinar symbolique et sur laquelle les infrastructures hors site ( assainissement, création de digue de protection et autres investissements lourds tels qu’adductions d’eau , routes, fourniture d’énergie …) sont à la charge du budget de l’Etat, un schéma monofonctionnel à dominante immobilière spéculative sans prise en compte de l’ensemble des fonctions urbaines, une composante technologies/emplois réduite à la portion congrue .

Les «concepts marketing» affriolants (cité internationale sportive, port financier, nouvelle cité des affaires …) dont ils s’affublent, hors de toute étude de marché sérieuse, ont été choisis par leurs promoteurs pour frapper l’imagination et fabriquer l’image attractive de projets générateurs d’apports massifs en devises et en emplois, justifiant de ce fait les sacrifices financiers de l’Etat et l’abandon de sa capacité de négociation et de décision. Mais l’argument est un leurre : les mises de fonds que la puissance publique doit consentir pour les infrastructures, se chiffrant en milliards de Dinars, doivent être faites avant tout engagement financier sérieux des promoteurs car elles conditionnent la viabilisation des sites. Quant au promoteur, il pourra quant à lui modifier son programme initial à la lumière des premiers tests de marché sans en référer aux pouvoirs publics, exclus du montage et du contrôle. Au pire, il mettra son projet en sommeil, gardant la maîtrise pour des jours meilleurs des terrains ainsi gelés.

Cet ancien modèle, prédateur de l’intérêt public, prolongeant, creusant et solidifiant les déséquilibres sociaux et régionaux qui ont été au cœur de la révolution, n’est plus admissible.
La Tunisie a besoin de grands projets. Mais elle a besoin de grands projets qui soient les locomotives d’une croissance saine et à long-terme du pays, créatrice d’emplois qualifiés et correctrice des déséquilibres structurels inter-régionaux.
Les grands projets qui vont aujourd’hui préparer la Tunisie de demain doivent reposer sur une nouvelle approche stratégique, reposant sur quatre idées clés :

  1. UN NOUVEAU TYPE DE PARTENARIAT, l’Etat ne peut plus y être un simple pourvoyeur d’opportunités, les communes des instances impuissantes, les documents d’urbanismes des vœux pieux, la société civile une donnée absente.
    L’Etat notamment ne doit plus se contenter de fournir l’assise foncière et les infrastructures extra-muros mais doit jouer, au côté des investisseurs, un rôle clé dans la conception et la réalisation du projet et assurer le recouvrement par la collectivité d’une partie des investissements publics consentis à travers la plus value foncière créée, à travers un montage du type Société d’Economie Mixte.
  2. UNE NOUVELLE DYNAMIQUE DES TERRITOIRES, qui diffuse à tous la croissance de chacun. Tout grand projet côtier devra justifier comment il s’articule, selon des modalités à élaborer au cas par cas, à un volet de développement régional. Tout projet urbain devra offrir une diversité habitat/activités/équipements garantissant qu’il soit une extension de ville irriguant son environnement et pas une boursouflure fermée sur elle-même.
  3. UNE COMPOSANTE TECHNOLOGIE-EMPLOI IMPORTANTE, indispensable pour répondre aux besoins des jeunes arrivant sur le marché du travail et pour assurer une assise durable et saine au renouveau de la croissance économique du pays. Cette composante devra être formalisée dans le cahier des charges du projet et engagée dés la phase 1 de réalisation de ce projet.
  4. DES NORMES ECOLOGIQUES ET ENERGETIQUES spécifiques au projet, qui devront être conçus pour accueillir des espaces et des bâtiments obéissant aux normes les plus modernes HQE (Haute Qualité Environnementale) et ISO14000 pour le Management environnemental, ainsi qu’à des objectifs d’économie d’énergie et d’autosuffisance énergétique utilisant notamment les énergies renouvelables, la cogénération…

«La question des grands projets sert de détonateur à la situation territoriale et urbaine» : cette remarque d’un intervenant éclaire l’ampleur des enjeux que la table-ronde à mis en lumière. A plusieurs reprises il a en effet été souligné que les « grands projets» ne sont que la partie émergée de l’iceberg et de multiples «petits» projets ont été cités en exemple, bâtis sur le même modèle prédateur. L’affirmation d’une vision stratégique nouvelle doit donc être étendue à tous les projets.
Dès lors, l’accord étant partagé sur les méfaits du modèle ancien, la question est posée : « Au-delà de l’indignation, de quoi avons-nous besoin ?».

En réponse à cette question, qui a couru à travers la plupart des interventions, plusieurs axes de préoccupation se dégagent au fil des analyses, concourants mais différents dans leurs problématiques.
Des problématiques économiques en premier lieu : la nouvelle stratégie proposée est «une exigence de croissance». Plusieurs intervenants le soulignent : pour absorber chaque année 70 000 nouveaux diplômés, il faut leur offrir des «réceptacles à croissance» adaptés aux exigences nouvelles (pas des murs, mais des usines câblées, par ex.), avec leur l’environnement (logements, équipements collectifs, lieux de vie). Dans la même optique, un autre relève «nous disposons de terrains de grandes valeurs, aux débouchés de l’hyper-centre. Que doit-on y mettre ? Un aménagement métropolitain qui favorise les investissements entraînants».

Des problématiques de politiques publiques en second lieu : un intervenant replace le débat dans la perspective de « la maîtrise publique des décisions territoriales et urbaines». «Ou est l’Etat ?», « que sont devenus ses outils d’interventions ?» «Des grands projets, oui, mais portés par une vision globale. Or c’est cette vision globale qui fait défaut à ce jour», ou encore cet intervenant qui note «le refus viscéral des politiques à planifier». Les interventions, très nombreuses et nourries d’exemples concrets, sur ces questions ont montrées à quel point les différentes facettes de ces problématiques sont aujourd’hui centrales.
Des problématiques de démocratie, en troisième lieu. Elles sont pointées sous différents angles. L’opacité des processus de décision, tout d’abord. L’exemple du contenu des conventions entre l’Etat et les opérateurs des grands projets en a fourni un excellent exemple. L’inexistence de la consultation des citoyens, ensuite, à travers notamment leurs représentations locales, «d’autant plus facilement ignorées que ces représentations locales étaient incapables de mettre en œuvre des plans quels qu’ils soient». Ce qui ouvre sur un autre champ de questions, celui des communes.
En conclusion, les participants décident de demander par écrit au ministère concerné de rendre publique le contenu des conventions signées avec les opérateurs des grands projets afin de leur permettre de continuer à suivre ce dossier.


Le Collectif BLEDNA, crée en 2013, est actuellement en instance de se créer en association. Il regroupe des compétences diverses : urbanistes, ingénieurs, architectes, économistes, sociologues, géographes et à pour objectif de contribuer à la réflexion sur le thème des fractures territoriales, qui ont été au cœur de la révolution, et dont les solutions seront au centre de la refondation d’une société démocratique dynamique et équitable.







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