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Ghar El MelhUn site en détresse

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Ghar El Melh, un site exceptionnel, fleuron de notre patrimoine naturel et historique, subit les pires actions de déprédation. En l’absence totale des pouvoirs publics qui regardent, indifférents, le paysage se dégrade inexorablement.
La Direction générale des Services aériens et maritimes relevant du ministère de l’Equipement et de l’Environnement, en tant que donneur d’ordre, vient d’annoncer l’achèvement d’un projet d’extension et d’agrandissement du port de pêche de Ghar El Melh (Bizerte).

Entamés depuis octobre 2011, les travaux ont nécessité des crédits estimés à plus de 3,5MD. Ces investissements ont permis la construction d’un quai de réception des produits de la pêche d’une longueur linéaire de 50m avec un tirant d’eau de 3m ainsi que des quais d’accostage sur 160m de long ainsi que l’approfondissement du bassin et le chenal du port en vue d’atténuer les conséquences d’un ensablement récurrent gênant l’accès des embarcations ; tandis que les réseaux de l’eau potable et de l’éclairage ont également été mis à niveau.


Par ailleurs, les mêmes services ont annoncé le démarrage de nouveaux travaux d’une durée de six mois visant la dépollution du Vieux port qui, depuis des années, sert de dépotoir pour toutes sortes de déchets et de vidoir des eaux usées. Quelque 700 mille dinars ont été consacrés à ce projet qui prévoit également un désensablement du chenal d’accès.


Voilà pour les volets amélioration des prestations et promotion des infrastructures en faveur des pêcheurs de la ville.
Mais Ghar El Melh, parlons-en justement !

Des trésors historiques et naturels exceptionnels


Il s’agit d’une petite localité située à une quarantaine de kilomètres au NE de Bizerte. Chargée d’histoire, elle en garde encore des vestiges remarquablement conservés, dont les trois imposants forts espagnols et turcs constituent les manifestations les plus spectaculaires et la principale attraction. Le village occupe une position stratégique exceptionnelle, ce qui lui valut d’être, au 17e siècle, en période hafside puis mouradite, le plus grand port militaire de Tunisie et le port d’attache des corsaires engagés dans cette activité de prédation maritime appelée la Course qui s’opéra entre chrétiens et musulmans.


Par ailleurs, le village se trouve situé sur les bords d’une lagune d’une rare beauté. Et il n’est pas exagéré d’affirmer que ce site naturel peut être considéré comme l’un des plus beaux et des plus précieux de la Tunisie. Ghar El Melh peut se prévaloir également de posséder des plages de sable fin fort appréciées dont la plus connue est celle de Sidi Ali Mekki qui, lors des week-ends, affiche invariablement «complet».


Hélas, Ghar El Melh a été contraint au paiement d’un lourd tribut à cette renommée acquise. Couru de partout, le village a suscité nombre de convoitises et autant les enfants du bled que des étrangers en sont venus à acquérir des terrains pour y élever des bâtisses au goût architectural souvent douteux. Mais le principal hic réside dans l’anarchie des constructions qui présentent aux visiteurs leurs hideuses formes empiétant sur le domaine public maritime, s’incrustant dans les masses forestières qui viennent lécher les étendues marines, plongeant leurs piliers de béton et leurs briques dans les eaux de la lagune, venant définitivement à bout des rares vergers ayant pu résister aux multiples utilisations abusives, sans considération aucune pour les richesses de la nature et pour la beauté exceptionnelle du site.

Anarchie et incivisme


Constituant naguère une exception discrètement décriée, le phénomène a pris une ampleur démesurée depuis la révolution de 2011. Les constructions anarchiques ont essaimé sur les rivages du lac dénaturant d’une manière quasi irréversible le paysage et portant la lourde menace sur un équilibre naturel élaboré durant de longs siècles. Le vent de vandalisme qui a soufflé sur la région semble peu émouvoir les autorités de tous bords malgré l’illégalité des actions entreprises par des citoyens peu scrupuleux. Ces derniers ont profité du laxisme des pouvoirs publics afin d’ériger des habitations pieds dans l’eau avec leur lot de pollution et d’agression de l’équilibre naturel du site.


Il semble, aujourd’hui, que le mal est définitivement commis et qu’il est devenu difficile de l’extirper. Le laisser-aller des pouvoirs publics allié à une absence totale de sens civique et de patriotisme des habitants et des visiteurs accélèrent la déliquescence et la destruction d’un des plus beaux sites naturels du pays.


Peut-on appeler, dès lors et alors que la situation est hors de contrôle, les autorités à sévir contre les contrevenants et à veiller à l’application stricte de la loi ? De telles mesures ne sauraient dissuader des prédateurs prêts à tout pour satisfaire leurs intérêts sordides. Certes, il est toujours possible de recourir à des moyens extrêmes pour rappeler les fautifs à l’ordre et pour en dissuader d’éventuels candidats, mais ne fallait-il pas s’opposer à ces criminels contre la nature en temps opportun ? Enfin, il n’est nullement inutile de rappeler aux nombreuses associations dites de protection du littoral, de la nature, du patrimoine et on en passe, celles qui se sont jusqu’ici distinguées par leur présence aux avant-postes de contestations douteuses ainsi qu’aux agences nationales spécialisées en la matière, leur devoir affiché de sauvegarder nos trésors naturels.

 

Source : La Presse

 








 






 


 



















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