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Interview de Dr Neila Akrimi (Directrice Générale de CILG/VNGI)

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Le déséquilibre régional en matière d’investissements et de développement et le chômage des jeunes ont été les principales causes de la révolte populaire de 2011 en Tunisie. Avant cette année historique, les tensions sociopolitiques régnaient dans le pays et se caractérisaient notamment par une perte totale de confiance entre l’administration et les citoyens. Les municipalités, en tant que cellules administratives les plus proches du citoyen et celle, qui ont sans doute le plus d’impact sur sa vie quotidienne, n’échappaient point à cette règle.

C’est ainsi que, lors de la révolution, de nombreuses communes ont vu leurs locaux attaqués, leurs équipements détruits ou volés, leurs parcs saccagés… Le rétablissement de cette confiance perdue s’impose donc comme l’un des objectifs majeurs de cette phase postrévolutionnaire.
A travers son programme PAGUDEL, CILG/VNGI est mandaté par les Ministères des Affaires Etrangères Hollandais et Danois pour renforcer les structures démocratiques dans les villes tunisiennes dans l’actuel contexte postrévolutionnaire, et ce à travers l’appui à la gouvernance urbaine démocratique et la promotion du développement économique local et la création d’emploi dans les 12 villes partenaires. Dr Neïla Akrimi a bien voulu nous présenter les objectifs de ce programme.

Vous êtes la directrice générale de CILG, pourriez-vous nous présenter brièvement votre parcours professionnel ?

Je suis titulaire d’un Doctorat en droit européen du développement et j’ai accumulé une vaste expérience dans le domaine de la réforme de l’administration publique. Ancien chercheur, conférencière, avocate et diplomate, j’ai dirigé pendant plusieurs années des programmes pour l’Afrique francophone et la région MENA à la VNG International (Agence Internationale de l’Association des Communes Néerlandaises) à La Haye. Je suis depuis septembre 2013, Directrice Générale du Centre de Développement International pour la Gouvernance Locale Innovante (bureau régional de la région MENA de la VNG International) à Tunis.

De VNG à CILG pourquoi CILG a été créé en Tunisie et quels sont ses objectifs et ses missions ?

L’intérêt accru de la VNG International pour accompagner la transition démocratique en Tunisie et dans la région MENA s’est traduit par la mise en place de son bureau régional MENA basé à Tunis sous le nom “Centre de Développement International pour la Gouvernance Locale Innovante : CILG – VNG International”, firme d’experts-conseils en développement qui se concentre plus particulièrement sur le renforcement de capacités des municipalités et de l’administration locale dans la région MENA. Nous favorisons la bonne gouvernance et un leadership stratégique pour renforcer les capacités des administrations locales et des politiques impliquant tous les citoyens pour obtenir le meilleur de leurs communautés. Nous fournissons des services de renforcement des capacités aux gouvernements locaux, leurs associations, instituts de formation et groupes de travail de décentralisation. Nous nous appuyons sur l’expérience existante en encourageant l’innovation et les meilleures pratiques relatives aux gouvernements locaux et les organismes connexes. Nos domaines de compétences couvrent les activités suivantes :

  • Le renforcement des capacités des collectivités locales en matière de gouvernance urbaine démocratique et développement économique local
  • L’appui à la transition démocratique, la décentralisation, l’intercommunalité et la coopération transfrontalière
  • La promotion de la paix sociale, la transparence et l’égalité de genre
  • L’appui au tissu associatif et la promotion de la participation citoyenne
  • La promotion et l’accompagnement du partenariat public-privé, l’appui à l’employabilité et l’entreprenariat, la promotion des budgets participatifs

Quelle est votre appréciation de l’évolution des villes et des municipalités tunisiennes après la révolution ?

Le processus de transition démocratique dans lequel le pays est engagé depuis près de trois années est porteur de changements et d’espoirs mais il s’avère plus complexe, plus conflictuel et plus long que prévu.
Les villes tunisiennes ont joué un rôle moteur dans la révolution tunisienne. Leurs habitants ont exprimé leurs aspirations à devenir des citoyens à part entière et les municipalités tunisiennes ont été placées devant des défis énormes.

Aujourd’hui, elles subissent de plein fouet les effets d’une crise qui prend des dimensions préoccupantes et qui présente plusieurs facettes : instabilité des structures municipales transitoires (Délégations Spéciales), dégradation du cadre de vie et de la qualité urbaine et environnementale, crise des finances et de la gestion municipales, tensions sociales et politiques et envahissement de l’espace public par des activités de contrebande, en particulier dans les villes frontalières.

Et pourtant, il est indéniable que jamais les villes tunisiennes n’ont bénéficié d’autant de chances d’évoluer positivement et de prétendre à plus de démocratie, de justice sociale, d’équité territoriale et de développement économique. La prise de conscience et l’engagement des responsables municipaux, des membres de la Société Civile et des citoyens se manifestent par le développement d’initiatives diverses et innovantes pour améliorer l’attractivité des villes, la cohésion des communautés urbaines et la participation citoyenne. Des efforts louables sont déployés pour mettre en place de nouvelles pratiques institutionnelles et sociales au niveau local.

Il faut cependant reconnaître que non seulement beaucoup de travail reste à faire pour inscrire dans la durée les progrès réalisés en faveur de villes plus attractives, productives, solidaires et démocratiques mais que de surcroît, la situation de crise dans laquelle elles se trouvent plongées aujourd’hui, appelle des solutions urgentes et une conjonction d’efforts à la hauteur des enjeux et des menaces. C’est un véritable « Plan Marshall » qu’il faut mettre en œuvre pour les villes tunisiennes et non pas des interventions ponctuelles et dispersées, n’ayant qu’un effet cosmétique sur nos cités.

En quoi l’action de CILG/VNGI en Tunisie tente de répondre aux besoins des villes tunisiennes dans la situation actuelle et aux enjeux futurs ?

CILG/VNGi oeuvre pour la promotion du rôle des villes et des municipalités dans l’instauration de la démocratie et l’appui au développement économique local. A cette fin, le Centre a établi d’étroites relations de partenariat avec les principales instances nationales de décision et d’appui aux municipalités, telles que la Commission du Pouvoir Local de l’Assemblée Nationale Constituante, la Fédération Nationale des Villes Tunisiennes, la Direction Générale des Collectivités Locales, le Centre de Formation et d’Appui à la Décentralisation, la Caisse de Prêts et de Soutien aux Collectivités Locales, les Ministères du Développement et de la Coopération, des Finances, de l’Emploi et de la Formation Professionnelle…

Nous associons ou consultons régulièrement les associations nationales partageant les mêmes objectifs d’appui à la décentralisation, à la démocratie locale et au développement local et urbain.

Depuis près de deux années, nous intervenons sur le terrain dans une proximité permanente avec une douzaine de municipalités des régions du Nord Ouest, Centre Ouest et Sud Est1, dans les principaux domaines de la gouvernance urbaine démocratique et du développement économique local. De même que nous apportons notre appui aux réseaux locaux d’associations œuvrant dans le champ de la citoyenneté et du développement urbain.

La période à venir sera également marquée par une action d’appui aux actions de la Société Civile contribuant à développer un climat favorable à des élections municipales libres, transparentes et pacifiques et à une participation massive des citoyens, notamment les femmes et les jeunes.

Notre action se concentre sur le renforcement des capacités techniques et organisationnelles des responsables municipaux et associatifs, la facilitation des échanges intercommunaux, inter régionaux et transfrontaliers et l’appui aux pratiques et actions innovantes et participatives dans les domaines de la planification et gestion de la ville et des services urbains. Une attention prioritaire est accordée aux initiatives associant communes, Société Civile, secteur privé et services techniques régionaux ou locaux. Des subventions sont accordées à cet effet aux projets et actions pilotes, y compris ceux associant les municipalités tunisiennes et libyennes dans la zone du Sud Est.

CILG/VNGi accorde un intérêt particulier au développement économique local et à la promotion des droits humains dans la ville ainsi qu’à la promotion de l’égalité hommes-femmes et de la participation des jeunes. C’est à cette condition que nous contribuerons à la réalisation des objectifs de la révolution en faveur de villes démocratiques, inclusives, durables et prospères.

1Communes de Béja, Jendouba, Le Kef, Siliana, Sers, Thala, Kasserine, Sidi Bouzid, Regueb, Dhehiba, Ben Guerdane, Médenine

Propos receuillis par Archibat

Article paru dans Archibat n° 31







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