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Interview de M. Taoufik El Euch

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Après 36 ans passés dans le secteur privé, l’architecte Taoufik El Euch se consacre à la formation des futurs architectes en leur proposant un ouvrage consacré aux «Procédés Généraux de Construction» en Tunisie. Il espère ainsi les sensibiliser à l’importance du domaine technique dans un métier que la plupart considèrent comme artistique en premier lieu.

Comment  vous est venue l’idée d’écrire ce livre ?

En premier lieu, ma passion pour mon métier et l’envie de participer du mieux que je peux à l’amélioration de la production architecturale. Ensuite le respect que je porte à mes étudiants qui, durant les cinq années où ce cours a été donné, ne disposaient que d’un polycopié de 58 pages que j’avais préparé au début et qui n’était plus, à mon avis, suffisant pour combler leurs lacunes en matière de construction ; d’autant plus qu’ils étaient en attente de cette initiative depuis le séminaire de construction que je leur avais donné il y a quelques années. J’ai ainsi profité d’un moment de répit dans ma carrière pour essayer de leur faire prendre conscience de l’importance de la technique en architecture et leur permettre ainsi de profiter d’une expérience riche de 36 ans d’exercice.
C’est enfin ma manière de m’investir pour la famille des architectes  en général et à mes étudiants en particulier, et pourquoi ne pas aussi laisser une trace pour les générations futures.


Vous avez précisé que le livre était principalement destiné aux étudiants en architecture, comment qualifieriez-vous l’enseignement  relatif au domaine des technologies et techniques de la construction  et celui de l’architecture en général?

C’est vrai, car le support initial du livre est le programme de construction générale destiné aux étudiants de deuxième année d’architecture, mais j’ai décidé de le distribuer gratuitement à tous les étudiants inscrits à l’ENAU, ainsi qu’à tous les jeunes architectes à la formation desquels j’ai eu l’immense plaisir de participer. Ce sont eux mes premiers lecteurs et aussi mes premiers critiques. Ce seront eux aussi qui me permettront d’améliorer ce livre et de faire en sorte qu’il soit le plus complet  possible.
Je voudrais rappeler qu’à l’origine de ce cours, J’ai eu la désagréable surprise de constater que certains étudiants de 4è année ne faisaient pas la différence entre une brique et un hourdi et cela m’avait tellement choqué que j’avais décidé de leur amener le chantier en classe.
 Lorsque vous leur posez la question, la majorité des étudiants réclame qu’il y ait plus de corrélation entre ce cours et les ateliers d’architecture pour qu’ils puissent mettre en application les données techniques étudiées. C’est ainsi que je consacre,  chaque année 4 à 5 séances d’application du cours de construction sur l’architecture. Cela permet aussi aux étudiants d’assimiler plus facilement l’information.
Pour l’enseignement de l’architecture en général, je dirais qu’il y a largement la possibilité de l’améliorer.  Fraichement diplômé  en 1973, on m’avait demandé d’enseigner à l’Institut d’architecture (ITAAUT), et j’ai décliné l’offre parce que j’étais convaincu qu’il est  nécessaire d’apprendre son métier sur le bout des doigts avant de penser à le transmettre. Et ce n’est que 26 ans après que j’ai accepté de rejoindre l’équipe d’enseignants de l’ENAU.
Des enseignants plus expérimentés et des méthodes plus motivantes pour les étudiants seraient sans doute un plus à apporter à l’enseignement de l’architecture en Tunisie.

 

Le livre est très complet mais ne pensez-vous pas qu’il faudrait qu’il y ait plus de visites de chantier  pour permettre à l’étudiant  d’approcher la réalité du métier d’architecte ?
Malheureusement, le coté pratique de la question est très compliqué et il n’est pas évident d’emmener des centaines, voire des milliers, d’étudiants sur un chantier.
J’organise pour ma part 3 à 5 sorties sur chantier et en usine tous les ans. C’est  difficile à organiser mais j’ai la chance de pouvoir compter sur des entreprises et des sociétés qui acceptent de s’investir dans la formation des futurs architectes en sponsorisant ces sorties.
J’essaye de leur apprendre à regarder, à observer et à détecter les anomalies d’un bâtiment et ceci ne peut se faire réellement que sur le chantier.
Cependant, c’est à l’étudiant architecte de s’investir dans sa formation avant tout. C’est à lui qu’incombe la responsabilité de cette tache : il doit toujours chercher à apprendre quelques soient les conditions.
Lorsque j’étais étudiant, je travaillais en même temps mais j’avais une soif incroyable d’apprentissage. Un jour, mon patron avait refusé de m’emmener sur un chantier, je me suis donc fait engager par l’entrepreneur pour pouvoir être présent et apprendre le plus possible. Cette expérience m’a permis d’être du coté de l’entreprise et de mieux connaitre les ficelles du métier.
Aux étudiants donc de s’accrocher et forcer leur destin.


Justement, les entreprises qui ont sponsorisé l’ouvrage montrent ainsi leur investissement dans la formation des professionnels de la construction. Que pourraient-elles faire de plus ?

Les entreprises accepteraient surement de s’investir davantage dans la formation des futurs architectes mais cela ne peut être fait que lorsque les enseignants eux aussi auront cette même volonté. Appuyés par l’administration, ils doivent collaborer et organiser ces visites et sorties. Les moyens existent, le reste est à faire.

 

Comment voyez-vous l’évolution du secteur du bâtiment en général dans notre pays ?

Je ne peux parler au nom de tous les professionnels des métiers de construction mais pour ce qui est du domaine architectural, je suis plutôt confiant. En effet, après toutes les turbulences que l’on a connu (problèmes de l’Ordre, poseurs de cachets, le grand nombre de nouveaux diplômés …), on ne peut s’attendre qu’à un avenir meilleur. Les bons éléments finiront par émerger  et faire l’architecture tunisienne de demain qui sera, je l’espère, à la hauteur de ce qui se fait ailleurs dans le monde.
Cela participera à faire connaître notre métier en Tunisie et aidera  les architectes tunisiens à participer à la vie publique et à diffuser la culture de l’architecture avec passion et dévouement.


 

Vous préparez un autre livre qui aura pour sujet « Droits et Devoirs de l’Architecte ». il est également inspiré de votre expérience d’enseignant puisque vous donnez aussi un cours de droit appliqué à l’éthique professionnelle. Pouvez-vous  nous en parler ?

Mon prochain livre, qui vient à peine d’être mis en chantier, s’adressera en priorité aux architectes. Je voudrais leur faire connaitre leurs droits mais surtout leurs devoirs.
Mais en réalité, mon but sera aussi d’expliquer au citoyen tunisien quels sont ses droits face aux architectes et ce, afin de faire évoluer le professionnalisme de ces derniers.
Il faut que les architectes n’oublient pas que leur travail a un impact sur le cadre de vie des citoyens tunisiens. Il contribue à le faire évoluer, à l’améliorer.
Ce sera un livre éducatif dans tous les sens du terme : apprendre l’éthique d’un métier est primordial.
J’espère que les jeunes architectes surtout apprécieront cet ouvrage et qu’il leur servira de point de repère face à la multitude de tentations de ce métier.


On sent que l’éducation vous tient vraiment à cœur. Vous comptez donc vous y consacrer entièrement dorénavant ? 

Pour le moment, c’est ma passion. J’ai toujours eu pour souci d’améliorer les conditions d’apprentissage des jeunes architectes même quand j’étais président de l’ordre des architectes.
J’essaye d’apporter un plus à notre corporation et cela doit commencer dès la base, c’est-à-dire avec l’éducation et les étudiants. Si le cursus universitaire est performant, la vie professionnelle n’en sera que facilitée et améliorée.


Nada Edhifi



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