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LE PALAIS ENNEJMA EZZAHRA
Projet d’extension et de réaménagement des locaux annexes du palais Ennejma Ezzahra et de ses espaces extérieurs

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Le palais Ennejma Ezzahra, ou « Dar El Baroune » comme se plaisent à l’appeler les habitants de Sidi Bou Saïd, a été construit en 1911 sur les ruines d’une ancienne maison acquise en 1909 par Bettina D’Erlanger femme de Rodolphe D’Erlanger. Depuis sa phase de construction, et durant toute la période d’habitation du bâtiment, les occupants s’attachaient à donner une image resplendissante du palais et de ses jardins. Ainsi, des séquences paysagères ont été réparties sur trois niveaux du terrain, d’une superficie totale de cinq hectares, et ont constitué des coins de paradis différents les uns des autres, par les variétés de plantations, la typologie architecturale et paysagère ainsi que le nom donné à chacun de ces espaces aménagés, incrustés telles des perles dans la colline aride que fut celle de Sidi Bou Saïd au début du vingtième siècle.

L’histoire de ce lieu féérique, sa splendeur, et la qualité spatiale qu’il offre à ses visiteurs depuis sa transformation en une demeure/musée en 1992, constituent un challenge, en termes de conservation et d’entretien, pour les administrations successives du Centre des Musiques Arabes et Méditerranéennes, institution qui a élu domicile dans cet espace en même temps que le musée. Durant la dernière vingtaine d’années, des travaux d’entretien et de restauration ponctuelle ont été continuellement entrepris, les plus importants étant ceux de la consolidation des planchers terrasses du bâtiment du palais. Mais, c’est pour la première fois que le palais ferme ses portes laissant place à un grand chantier ayant pour objectif principal la rénovation du revêtement au sol de toutes les terrasses accessibles du site, la restauration du bassin andalous et l’extension de certains bâtiments annexes. S’agissant d’un monument historique classé, les travaux ont constitué un dilemme lors de leur programmation, et au cours de leur exécution. En effet, entre un souci de conservation et une volonté de redonner à l’espace toute sa splendeur initiale ainsi que de meilleures conditions pour son fonctionnement, à la fois musée et lieux d’activités culturelles diverses, la réflexion fut profonde et raisonnée. Quelles priorités fallait-il adopter et quels types de travaux pouvaient être acceptés ?

L’idée du projet est partie de l’urgence d’une intervention dictée par l’état délabré des espaces extérieurs de ce lieu unique. Les revêtements des terrasses rénovées lors des années 1990 ont atteint un seuil d’usure alarmant. Le jardin andalou, dont le bassin s’est fissuré, et devenu sujet à des fuites d’eau, a perdu sa belle esthétique par l’usure totale de sa peinture et de la céramique qui l’entourait. D’autre part, les locaux annexes, servant d’accueil et de dépôts, sont devenus insalubres et insuffisants au bon fonctionnement de l’établissement, de plus en plus sollicité pour l’organisation d’événements et de manifestations diverses. Suite à ce diagnostic alarmant, la procédure administrative nécessaire a été entamée, avec l’implication de toutes les instances concernées à savoir l’Institut National du Patrimoine, certains anciens experts et architectes qui ont travaillé dans ce lieu, pour désigner, au départ, un bureau d’étude pluridisciplinaire, et par la suite, une entreprise générale pour l’exécution des travaux envisagés répartis selon les différents lots exigés par la nature de l’intervention requise.

Le projet est constitué de quatre volets principaux :
– La construction de quatre annexes situés, selon leur usage, dans différents emplacements du site, et ayant une architecture simple et discrète s’intégrant au site :
• Un local guichet à l’entrée principale du palais, qui remplace le box en bois préexistant.
• Un local d’accueil, à l’entrée de la phonothèque, une pièce simple qui remplace l’ancienne avec, de plus, un espace sanitaire assurant le minimum de confort aux gardiens et agents d’accueil.
• Une extension du dépôt, en contrebas de la colline.
• Et enfin, un bâtiment voûté, à l’extrémité nord du jardin andalou qui abritera l’atelier de restauration du bois.

– Le deuxième volet du projet consiste en la reprise totale des terrasses et allées principales du palais par un revêtement en béton coloré à la masse reprenant la même couleur originelle de ces surfaces mais avec une meilleure résistance au choc et une amélioration du drainage des eaux pluviales.
La difficulté à ce niveau était d’assurer la protection et/ou la reprise des différents réseaux enterrés existants et le remplacement des grilles d’évacuation en fonte, détériorées, par d’autres reprises à l’identique. La partie du dallage en dessus du tunnel a été conçue de façon à le renforcer et améliorer sa portance. La surprise a été la découverte d’un espace vide mitoyen au tunnel qui aurait servi de citerne d’eau pluviale. Cette citerne, couverte d’un plancher en IPN a été conservée mais, pour des raisons de sécurité, remplie de sable et renforcée par une chape armée, compte tenu du fait que cette terrasse est carrossable.
– Le troisième volet de ce projet concerne le réaménagement du jardin andalou et la rénovation de son bassin, et ce, dans le respect de la typologie architecturale des lieux, à savoir la structure du bassin et les emplacements des allées.
Les travaux ont consisté en :

• La reprise des quatre allées en terre qui traversent le jardin. Elles ont été couvertes de pierres naturelles avec joints gazonnés et dotées, de part et d’autre, de bornes lumineuses dont le motif décoratif en découpe a été inspiré par l’un des éléments décoratifs du palais.
• La restauration et la remise en fonction de la petite fontaine en marbre blanc et l’aménagement de l’espace qui l’entoure.
• La reprise de l’étanchéité du bassin andalou tout en gardant les murs en pierre originels. La pose d’une margelle en pierre Kadhel entourée par des carreaux de céramique, repris à l’identique. La reprise des marches des escaliers avec un revêtement en marbre blanc et une contre-marche en céramique avec motif « Jneh khottifa ». L’installation d’un système de jet d’eau à l’instar de celui, fameux, du palais d’été des princes nasrides à Grenade, connu sous le nom de Generalife auquel nous fait penser ce bassin.

– Le quatrième volet fut la reprise du revêtement en pierre de l’allée des bigaradiers. Cette allée est un jardin en contrebas du palais qui a subi des tassements de sol causant l’instabilité de la surface centrale, revêtue de pierre naturelle de forme plus ou moins carrée de 40 cm par 40 cm et bordée de céramiques traditionnelles dont la majorité s’est complètement dégradée. Il a fallu donc stabiliser le terrain par une chape en béton, avant de reposer la pierre d’origine.

Les travaux, en apparence simples, ont révélé en cours de leur exécution beaucoup de difficultés dues à la nature du site et à sa fragilité en tant que monument historique qui a connu plusieurs phases d’évolution. Tout au long du chantier de longs débats autour des solutions à entreprendre se sont terminés par le choix qui serait le mieux adapté à la situation et au budget alloué, estimé à environ un milliard deux cent mille Dinars.
Ce projet n’est certainement pas parfait on a toujours tendance à vouloir faire mieux, à vouloir se surpasser mais dans les conditions que vit notre pays on est fier de l’avoir mené à terme. On est aussi fier d’avoir contribué à donner un coup d’éclat à un patrimoine qu’on espère vivant et resplendissant et non figé et méconnu, telle une pierre dans le désert.

Fiche technique :
Architecte : Maher Labbessi
Exécution : Entreprise Tounssia Bâtiment (ETB)
Coordination et suivi : Fatma Jabberi Farroukh (Architecte Conservatrice Palais Ennejma Ezzahra)
Durée des travaux : 10 mois
Financement : Ministère des Affaires Culturelles
Bureau de contrôle : Excel control

Texte : Fatma Jabberi Farroukh

Article paru dans Archibat n°41 – Août 2017

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