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Logements sociaux dans les régions — Mohamed Chelly, architecte urbaniste«Il ne faut pas tomber dans la précipitation»

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Trente mille logements sociaux répartis dans toutes les régions. Voilà un projet qui met l’eau à la bouche des architectes et des promoteurs immobiliers. Déjà, au mois de novembre dernier, trente entreprises de bâtiment et travaux publics (BTP), dont 7 tunisiennes, ont retiré le cahier des charges relatif à l’appel d’offres international concernant la construction d’une première tranche de 20.000 logements sociaux.
Qu’en pense Mohamed Chelly, un architecte urbaniste tunisien?

En tant qu’expert, comment évaluez-vous le projet de 30 mille logements sociaux?
Certes, l’idée est noble, ainsi que son but, mais la réalisation n’est pas une mince affaire. Dans la concrétisation de tels projets, il ne faut pas tomber dans la précipitation. A mon avis, on a besoin de projets viables et bien étudiés pour éviter de répéter les échecs connus de l’époque de Bourguiba et de Ben Ali. Nous avons plusieurs expériences qui ont échoué dans le passé et il est conseillé de tirer des leçons et ne pas brûler les étapes. Il est vrai que la volonté du ministère de l’Equipement, de l’Habitat et de l’Aménagement du Territoire est bonne, mais un tel projet nécessite beaucoup de réflexion et d’encadrement sans parler du suivi. Alors pourquoi pas ne pas lancer une consultation nationale autour de ce projet ?

Pourquoi, par le passé, les logements sociaux n’ont pas connu de succès dans les régions ?
Tout d’abord, il y avait une anomalie dans le diagnostic fait à l’époque. Des bâtiments trop chauds en été et trop froids en hiver. D’autre part, avant de bâtir des immeubles dans les régions, les responsables n’ont pas fait de campagnes de sensibilisation. Il faut toujours se mettre à l’esprit que les résidents dans les régions n’ont pas la même logique d’habitat que les autres citadins. Tout est question de traditions et de culture surtout dans les régions rurales. Dans la plupart des projets, les architectes et les promoteurs immobiliers ont négligé le concept du «phasing» dans l’unité d’habitat. C’est-à-dire créer des appartements extensibles. Par exemple un local de 80 m2, soit un S+1, est susceptible d’évoluer en un S+2. Malheureusement, les logements sociaux de cette époque n’ont pas pris en considération les caractéristiques démographiques de chaque région.


D’après vous, quelles sont les solutions à préconiser pour réussir les logements sociaux dans les régions ?
Tout d’abord, il faut intégrer le principe de l’architecture vernaculaire (un type d’architecture propre à un pays, à un terroir, à une aire donnée et à ses habitants). Car, à mon avis, chaque région a ses propres spécificités architecturales qui vont avec la nature des matériaux et des techniques de construction utilisés par ses habitants. D’autre part, le climat, le relief, les ressources naturelles et minérales, ainsi que le besoin quantitatif en termes de logement. Il est à noter que la nature des matériaux de construction diffère d’une région à une autre.
Donc, on ne peut pas établir des plans de cités identiques et les imposer à toutes les régions. D’autre part, il est primordial d’impliquer l’Ordre des architectes tunisiens (OAT), l’Ecole nationale d’architecture et d’urbanisme de Tunis (Enau) et la société civile, dans la réalisation des études prospectives de l’aménagement territorial et d’habitat. D’ailleurs, je suis contre l’idée de faire appel à des promoteurs immobiliers étrangers pour conduire de tels projets. Et à ma connaissance, l’OAT s’est opposé à l’idée d’associer des promoteurs turcs. Car une telle idée relève de l’absurde. En effet, au lieu de confier ce genre de projet à des architectes ou à des promoteurs étrangers qui ne connaissent rien des besoins et des spécificités de nos régions, il vaut mieux faire appel au savoir-faire tunisien. Ils sont nombreux les architectes issus des régions et qui connaissent sur le bout des doigts le type de logement qui correspondrait le mieux à leurs concitoyens. Je pense qu’on peut créer des équipes composées d’architectes et d’universitaires pour développer de nouveaux concepts architecturaux. Les mémoires de fin d’études regorgent de tels concepts novateurs qui prennent en considération les spécificités de nos régions et le besoin en espace éclairé. Un étudiant en architecture coûte à l’Etat plus de 60 mille dinars (7 ans d’études+1 année de stage + les voyages d’études) et le résultat de ses recherches de fin d’études est important. Alors pourquoi un tel gâchis ?


Peut-on envisager un aspect écologique dans ces logements sociaux ?
Bien évidemment ! L’avenir est dans les bâtiments verts et écologiques. D’ailleurs, plusieurs mémoires de fin d’études ont bien développé le concept du logement vert. D’autre part, il ne faut pas négliger le volet thermique (double vitrage, isolation, etc.) dans les logements à bâtir. Je plaide en faveur de la mise en place d’un audit énergétique dans les logements sociaux. Parallèlement, l’Etat doit encourager le recours à l’isolation thermique dans les constructions.


Des recommandations ?
A court terme, ce genre de projets peut résorber le taux de chômage étant donné la main-d’œuvre nécessaire à la réalisation d’un tel projet, le nombre de jeunes architectes et d’ingénieurs tunisiens qui seront appelés à piloter les chantiers. Car ces logements sociaux seront réalisés par une main-d’œuvre locale et des matériaux locaux. Enfin, il est important que la phase d’étude soit limitée et que les délais d’exécution soient bien impartis. Par ailleurs, il faudrait penser à la mise en place d’une commission supérieure pour superviser ce projet pendant sa phase d’exécution et d’en contrôler la conformité après la réception. Car, les problèmes pour ce genre de projet émergent avec le temps.

 

Source : La Presse

 








 








 
















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