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Ouverture du nouveau musée National du Qatar
La course muséale continue

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Les pays du Golfe sont devenus, depuis près d’une quinzaine d’années, un laboratoire d’expérimentation muséale, qui a donné naissance à des musées à forte visibilité internationale, commandés à des stars de l’architecture. La création d’institutions muséales dans des pays traditionnellement associés au pétrole, en particulier au Qatar et aux Emirats Arabes Unis, témoigne en effet d’un changement de stratégie politique : Ces pays misent d’ores et déjà sur de nouveaux secteurs économiques, dont la culture et le tourisme, pour se préparer à l’ère post-pétrole. Les chantiers titanesques de musées qu’ils ont lancés aspirent à faire de leurs capitales des destinations culturelles et touristiques à vocation internationale.

 

C’est dans cette perspective que s’inscrit l’ouverture du nouveau Musée National du Qatar, inauguré le 27 mars 2019. Celui-ci vient s’ajouter à la liste de musées Qataris gérés par le Qatar Museums Authority (QM) et présidés par Sheikha Al Mayassa Bint Hamad Bin Khalifa Al-Thani, la sœur de l’émir. La QM a déjà à sa charge d’autres grands musées comme le musée d’art islamique de Doha ouvert en 2008, œuvre de l’architecte sino-américain Ieoh Ming Pei et le musée d’art moderne et contemporain, Mathaf, conçu par l’architecte français Jean-François Bodin (2010).

Le musée national du Qatar est signé par l’architecte français Jean Nouvel. Il couvre une superficie de 52.000 mètres carrés et inclut l’ancien palais royal du Cheikh Abdullah bin Jassim Al Thani (1880-1957), fils du fondateur du Qatar moderne.

Jean Nouvel a placé ce palais au cœur de son projet qui l’englobe comme un collier. L’architecte assimile le nouveau bâtiment à une rose des sables, en référence à la roche qui se forme naturellement dans le désert. Celle-ci est composée de 539 disques en béton, de différents diamètres, imbriqués les uns aux autres grâce à une structure unique et complexe, que Nouvel décrit comme « un chaos organisé ». Le musée est implanté dans un parc public de 112.000 mètres carrés, conçu par l’architecte paysagiste Michel Desvignes et qui comprend un lagon de 900 m².

À l’intérieur du musée, une cour centrale, « la Baraha », située au milieu des galeries, forme un espace de rassemblement pour des événements culturels en plein air. Vu de l’extérieur, le musée en béton couleur sable, fond dans l’environnement aride et désertique de Doha. Le bâtiment semble ainsi émerger de la terre. Selon Jean Nouvel, la construction de cette “rose des sables” a fait l’objet de plusieurs défis et prouesses techniques, notamment au niveau des disques en porte-à-faux.

Sur le plan muséographique, l’exposition permanente retrace l’histoire du Qatar depuis la formation de la péninsule il y a quelques millions d’année à aujourd’hui. Sur un parcours sinueux d’un kilomètre et demi, les onze galeries de l’exposition racontent la métamorphose de ce pays en trois chapitres avec des dispositifs à la pointe de la technologie : « Beginnings » (les débuts), « La vie au Qatar » et « L’histoire moderne du Qatar ». En traversant les galeries, le visiteur découvre les thèmes suivants : la formation de la péninsule et de son habitat naturel, le patrimoine de la vie à Al Barr (le désert) et sur la côte, le développement politique du Qatar moderne, la découverte du pétrole, et les relations multiformes du Qatar aujourd’hui avec le monde au sens large.

Outre les artefacts et les objets archéologiques et historiques, l’exposition propose des dispositifs muséographiques variés :
écrans géants, enregistrements sonores, films et œuvres d’art commandés par le musée à des artistes de renom de différentes nationalités.

Pour son inauguration, le musée a organisé une exposition temporaire commissionnée par l’agence d’architecture OMA/AMO (Rem Koolhaas, Samir Bantal et Fatma Al Sehlawi). Intitulée Making Doha : 1950-2030, l’exposition analyse la construction et le développement de la ville de Doha tout au long de ces décennies.

Texte : Soumaya Gharsallah-Hizem, architecte-muséologue, chargée de recherches à l’Institut National du Patrimoine

Article paru dans Archibat n°46 – Avril 2019

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