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Parc archéologique national de Carthage-Sidi Bou Saïd

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Bien que foisonnante de trésors, Carthage, toujours habillée de mystère, se présente comme un territoire aux vestiges et ruines dispersés. En raison du conflit consommé, depuis l’époque coloniale, entre la zone urbanisée et la zone archéologique, il est devenu difficile pour le visiteur tunisien ou étranger, livré au hasard de ses pas, de se représenter la fondation de Carthage, sa florissante civilisation, la prestigieuse cité romaine érigée sur la ville brûlée d’Elissa et d’Hannibal…

Episode I : le «nouveau Belvédère»


Le décret de classement de Carthage publié le 7 octobre 1985  limite les assauts de la spéculation foncière et libère un territoire non-aedificandi (non constructible) de 400 hectares, sur lequel allait s’étendre le Parc archéologique de Carthage-Sidi Bou Saïd. Un ensemble environnemental et historique, permettant de replonger  le public dans l’âme et le parfum de Carthage, depuis la toute première époque punique. Ainsi des passerelles seraient tissées entre le passé et le présent des Tunisiens : «Avoir été est une condition pour être», écrit l’historien Fernand Braudel. Le parc représenterait d’une part un fonds précieux pour la recherche archéologique et d’autre part offrirait aux populations vivant aux alentours un espace de promenade, de détente et de culture. Ce sera «le nouveau Belvédère des Tunisiens», rêvaient l’archéologue Abdelmajid Ennabli et l’urbaniste-paysagiste Jellel Abdelkéfi…
 
Episode II : une saga de CMR…


Entre 1991 et 1993 l’ex-président de la République dirige plusieurs conseils ministériels restreints sur le projet et semble convaincu de son intérêt. Une commission nationale pour l’aménagement du parc est créée par décret. Prennent part à la conception de ce futur espace ludique des experts de l’Unesco.
Le Code du patrimoine publié en 1994  apporte au projet sa forme juridique. Désormais l’équipe qui travaille sur le parc se basera sur le principe du Plan de protection et de mise en valeur (Ppmv) pour protéger le site classé et lui donner sa vocation culturelle et patrimoniale. A partir de 1996, un bureau d’études  est chargé par l’Institut national du patrimoine, comme le préconise  le Code,  d’élaborer le Ppmv. Le Plan est fin prêt en 1999. Etrange : il semble unanimement reçu  avec une sorte d’indifférence polie. Attente. Silence. Mystère et boule de gomme…
 
Episode III : le roi s’énerve !


Tout porte à croire que Ben Ali Baba et ses quarante voleurs commencent à flairer toute la portée du butin : des centaines d’hectares vierges de toute construction et situés dans de magnifiques zones archéologiques, de surcroît commercialisées pour une bouchée de pain. L’idée d’acaparer ces terrains tant qu’ils sont classés et puis de lancer la procédure de déclassement pour les revendre des centaines de fois plus cher germe dans les esprits de Ben Ali, son gendre Sakhr et son beau-frère Belhassen (voir le témoignage du propriétaire du terrain de la Maâlga publié dans la première partie du dossier). Sabotages du Ppmv. Le directeur de l’Institut de patrimoine de l’époque  tique pour un mot, pour une virgule. Il n’arrête pas de demander de nouvelles versions du projet. Le délai de cinq ans est à peine dépassé que le président simule un  coup de colère, retire le dossier Carthage à la Culture et le livre aux bulldozers du ministère de l’Equipement.


Episode IV :  arrogance et défaillance
 
De 2004 à 2007, trois décrets de déclassement concernant six titres fonciers sont promulgués. Des sociétés écrans, prête-noms de Leïla Ben Ali et de son frère Belhassen Trabelsi, s’emparent des zones archéologiques et les cèdent, à prix d’or,  aux spéculateurs immobiliers. Les déclassements publiés au Journal Officiel «sur proposition du ministre de la Culture et de la Sauvegarde du patrimoine» et formulés sans aucune indication du lieu des lotissements, ni de leur superficie, sont fomentés à la vitesse de l’éclair. Les chantiers démarrent, dans l’urgence, sans aucune révision du Plan d’aménagement urbain de la commune de Carthage. Une défaillance de taille : la partie qu’on a grignotée sur le Parc reste classée archéologique puisque le PAU ne lui donne pas la nouvelle affectation résidentielle qu’il affiche avec l’arrogance d’un pouvoir sûr de continuer à piller la Tunisie et son histoire pour tout jamais…





Repères historiques


– 1825 : Premières fouilles à Carthage.
– 1858:  Publication de «Salammbô» par Gustave Flaubert
– 1884:  Construction de la Cathédrale Saint-Louis à Carthage.
– 1875-1932 :  Le père Delattre est envoyé à Carthage et entreprend plusieurs fouilles archéologiques.
1897-1900 : Etablissement d’une carte archéologique et topographique des ruines de Carthage
– 1924 :  Traçage du plan de la ville romaine.
– 1972- 1992  :    Campagnes internationales de fouilles dirigées par l’Unesco.
– 1978 :  L’établissement du 1er Plan d’aménagement urbain (PAU) de Carthage
– 1979 :  Inscription de Carthage sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco.
– 1985 :  Révision du PAU et  classement du site de Carthage par décret présidentiel.
– 1996 :  Délimitation du site archéologique de Carthage
– 2006 : Le PAU est révisé et approuvé par le ministère de l’Equipement par décret. Il est toutefois publié avant les derniers déclassements de la Maâlga.  


Source la Presse 21-02-2011 Auteur : Olfa BELHASSINE







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