fbpx
LOADING

Type to search

Patrimoine naturelLes oasis historiques de Tunisie

Share



Les oasis historiques sont définies comme étant un écosystème traditionnel créé autour d’un point d’eau dans le désert. Le nom prend ses origines du grec ancien et désigne une zone de végétation isolée dans un désert. Au sens anthropologique, une oasis historique est « un terroir créé par la main de l’homme et entretenu par l’introduction d’un système de gestion technique et sociale de la ressource en eau». Il s’agit en fait d’un espace mis en culture par l’irrigation (avec des séguias) et donc parfaitement artificiel.

Une oasis historique peut donc être définie comme l’association d’une agglomération humaine et d’une zone cultivée en milieu désertique ou semi-désertique.

 

Les oasis historiques occupent une superficie d’environ 15 051 ha, soit 37% de la superficie totale des oasis. Elles contiennent 46% des palmiers dont la majorité est formée par des variétés communes avec une densité de plantation relativement forte de 166 pieds par ha (environ 300 pieds/ha à Kébili). Au niveau de l’étage moyen et l’étage herbacé, on trouve une grande diversité des espèces. Ces oasis sont caractérisées par un fort morcellement et par une faible taille des exploitations résultant en fait du partage de l’héritage.


Ces oasis sont caractérisées par un microclimat particulier contrastant avec un environnement désertique hostile et des conditions climatiques rudes où la vie de l’homme est très difficile. Ces oasis font obstacle à l’avancée de la désertification, jouent un rôle dans l’équilibre écologique, maintiennent la biodiversité et constituent de véritables poumons d’oxygène pour les villes et villages qui leur sont proches.


«L’effet oasis» permet la pratique de diverses cultures dont la liste est longue. On y pratique la culture en 3 étages. Le premier est celui du palmier dattier, le second celui des arbres fruitiers et le troisième celui des cultures maraîchères et fourragères. Dans l’oasis, pratiquement tout peut pousser, cette caractéristique en fait un lieu dont le taux d’intensification agricole est des plus élevés.


Les oasis historiques comprennent une richesse exceptionnelle de la biodiversité floristique et faunique. On y trouve plus de 300 variétés de palmier dont certaines sont à maturité échelonnée, plusieurs variétés d’olivier, de grenadier, plusieurs variétés de figuier, de vigne, d’abricotier et d’autres espèces arboricoles comme le pommier, le poirier, le pêcher, le prunier, le mûrier, le cognassier, le citronnier, le pistachier, le ricin, quelques variétés locales de bananier. Côté cultures fourragères, on trouve la luzerne et le sorgho ainsi qu’une longue liste de cultures maraîchères dont certaines variétés sont locales: céréales, henné, tabac, corète, plantes condimentaires ; menthe et plantes florales, comme le rosier, et diverses autres cultures de moindre importance comme le bigaradier, le jujubier, le caroubier, le néflier et le cerisier poussent à l’abri des oasis. On y trouve aussi une longue liste d’espèces fauniques dont certaines sont à l’état naturel et d’autres sont élevées.

Les oasis, essentiellement celles historiques, peuvent êtres considérées à plusieurs titres comme bien public. Elles constituent un patrimoine historique et culturel riche et varié. Ce patrimoine est relatif à la culture, à la biodiversité, à l’architecture, à la religion, au savoir-faire des agriculteurs dans l’irrigation et la conduite des cultures, à la littérature, à la poésie, à la théologie, à l’art, à l’artisanat et aux habitudes culinaires originales.

Les régions oasiennes sont le berceau des civilisations préhistoriques. Les oasis ont connu les civilisations capsiennes, romaines, byzantines et musulmanes. Elles étaient au carrefour du commerce avec les régions sahariennes d’Afrique et entre l’Orient et l’Occident musulman ; elles étaient un lieu de brassage culturel.


Les zones humides des oasis de Kébili et du Chott Djérid sont classées comme zones humides d’intérêt international (zones Ramsar). L’oasis maritime de Gabès, l’unique oasis maritime côtière méditerranéenne, et le Chott Djérid sont proposés pour leur inscription sur la liste indicative du patrimoine de l’Unesco. L’oasis historique de Gafsa fait partie du système ingénieux de la FAO.

Problèmes majeurs


La conservation dynamique des oasis historiques en Tunisie est confrontée à un problème majeur de gouvernance des ressources naturelles, provoquant une véritable crise sous l’effet d’un modèle de développement inapproprié.
Les principaux risques et menaces pour une gestion durable des systèmes oasiens sont liés à la gestion des ressources hydriques, à la production agricole, au tourisme et à l’aménagement urbain. Ces quatre secteurs sont soumis, en outre, aux effets des changements climatiques qui accentueront leur vulnérabilité et leurs contraintes vis-à-vis de la durabilité.
En plus de ces quatre composantes principales des systèmes oasiens mentionnés plus haut, les effets des changements climatiques ne feront qu’aggraver la situation et auront des conséquences sur la dégradation des écosystèmes arides : baisse de la productivité biologique des écosystèmes et des niveaux de vie de la population, accroissement de la dynamique des vents, formation des dunes de sables mobiles rencontrées à proximité même des oasis et des villages et déplacement accru des sables à l’échelle particulaire.


La durabilité de ce patrimoine naturel, qui est sévèrement menacé par la dégradation et la désertification, reste lourdement conditionnée par des modes appropriés d’exploitation et de gestion ainsi que des conditions favorables pour une bonne gouvernance.


En l’absence d’une stratégie d’adaptation, la dégradation des écosystèmes arides pourrait mettre en péril, à plus ou moins long terme, l’existence même des oasis.

Quel avenir pour les oasis historiques ?


Les possibilités d’amélioration du système de gouvernance communautaire dans les oasis historiques tunisiennes sont importantes et peuvent être traduites par diverses orientations et recommandations en termes de développement du cadre institutionnel et réglementaire vers plus d’autonomisation des organisations d’usagers, de renforcement des capacités de gestion des associations d’usagers (groupement d’intérêt collectif/groupement de développement agricole), de leur implication accrue dans le processus de concertation et de prise de décision, de promotion des campagnes d’information et de sensibilisation relatives à la diffusion de la culture de la vie associative et de gouvernance communautaire et participative des ressources naturelles.
Pour éviter aux oasis historiques de s’engager dans une crise entravant leur développement économique et social, il est urgent de concevoir et de mettre au point une stratégie permettant d’engager tous les partenaires dans une gestion durable des systèmes oasiens. Une telle stratégie devrait s’articuler autour de programmes spécifiques visant à mettre fin à la surexploitation et au gaspillage des ressources en eau, l’interdiction de la création des forages illicites, l’amélioration de la performance des institutions régionales responsables de la gestion de l’eau, la préservation des ressources phytogénétiques oasiennes, l’adoption des techniques culturales adéquates, le développement des capacités de recherche pour répondre aux besoins du secteur et des agriculteurs, la diversification des activités économiques des zones oasiennes, l’adaptation de l’infrastructure touristique aux zones oasiennes et la maîtrise de l’urbanisation anarchique autour et dans les zones oasiennes.


Etudes consultées
• Ministère de l’Environnement/GIZ, 2012, Les oasis de Tunisie à protéger contre la dégradation et les effets du changement climatique.
• Sghaier M., 2010, Etude de la gouvernance des ressources naturelles dans les oasis: cas des oasis en Tunisie, Union Internationale pour la Conservation de la Nature.
Ministère de l’Environnement et du Développement durable/Observatoire Tunisien de l’Environnement et du Développement Durable/GIZ, 2010, Rapport général de l’étude sur la gestion durable des systèmes oasiens.


Auteur : Tahar AYACHI

















 




 





 


 







Leave a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *