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Projet de construction de 30 mille logements sociaux en 2012 et 2013Le conseil de l’Ordre des architectes fait le point

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Suite à l’annonce faite par le chef du gouvernement, au printemps dernier, concernant la réalisation d’un important projet de construction de 30 mille logements sociaux à l’échelle du pays, entre 2012 et 2013, projet entré actuellement dans sa phase de concrétisation, le conseil de l’Ordre des architectes de Tunisie, tout en réitérant son soutien à tous les efforts consentis pour le développement du secteur de l’habitat, (…)

en particulier social, et exprimant ses prédispositions à participer à la réalisation des divers projets nationaux, notamment ceux à caractère social, conteste, dans une déclaration rendue publique, un certain nombre de points relatifs à la démarche suivie par le ministère de l’Equipement et de l’Habitat et au contenu technologique du projet.

Une copie de cette déclaration est parvenue à la rédaction de La Presse dont nous publions ici la quintessence.


Le Coat rappelle, dans sa déclaration, la tenue d’une réunion urgente le 12 avril 2012, à la Cité des Sciences, à laquelle il a été convié et au cours de laquelle les représentants régionaux ont manifesté leurs prédispositions à soutenir le programme exceptionnel de l’habitat social proposé pour 2012, convaincus des répercussions positives du projet sur l’environnement économique et social. De son côté, le Coat s’est engagé à présenter le soutien nécessaire pour aider les citoyens à faibles revenus ainsi que ceux de la classe moyenne à disposer d’un logement décent.
Après avoir participé aux différentes commissions techniques tenues au ministère de l’Equipement et de l’Habitat pour la réalisation de ce projet, et au vu de la responsabilité qui l’engage à l’égard des architectes quant à leur droit au travail, le Coat juge nécessaire, aujourd’hui, de faire un certain nombre de précisions.

 

Le préfabriqué, inadapté au mode de vie tunisien


Les mécanismes constructifs présentés dans le cadre de ce projet sont des produits industriels importés, réservés principalement aux bâtiments industriels auxquels certaines modifications ont été apportées afin de leur conférer un caractère humanisé, « chose qui ne peut s’adapter aux mode de vie du citoyen tunisien », estime le COAT. En s’appuyant sur des expériences similaires passées qui ont échoué ou ont été réadaptées au contexte sociétal local, le Conseil considère que le seul fait d’importer des unités d’habitation préfabriquées et de les injecter dans le marché local peut ne pas avoir l’adhésion présumée d’autant qu’elles sont destinées aux couches sociales défavorisées. Et tout en approuvant les initiatives tendant à développer les nouvelles technologies de construction et à améliorer les conditions de vie du Tunisien, le Conseil insiste, toutefois, sur la nécessité de développer l’industrie nationale, de renforcer l’aide aux entreprises de construction et de promouvoir la recherche scientifique dans ce domaine en vue d’améliorer le produit local et son développement au plan national jusqu’à satisfaire les besoins insistants du marché avec les compétences nationales et les ressources propres du pays. « Pourquoi s’aventurer aujourd’hui à utiliser des techniques et des matériaux qui ne sont pas disponibles sur le marché local et à devoir faire face aux problèmes inhérents à leur adaptabilité et leur maintenance? », s’interroge le Conseil.
La profession s’étonne, par ailleurs, que l’on ait recours aux solutions préfabriquées au moment où le pays connaît une phase critique avec un taux de chômage élevé et des problèmes de développement socio-économiques. Or, le projet de construction des 30 mille logements sociaux est une opportunité pour absorber une partie des chômeurs avec la création de 50 mille emplois directs et 20 mille emplois indirects et pour engranger une dynamique économique. « Sommes-nous amenés à résorber le chômage exogène et à le légaliser localement à travers l’exclusion des architectes, des concepteurs et des entreprises locales de ce projet national », s’interroge encore le Coat. Selon le profession, l’exclusion totale des architectes est une première depuis la promulgation de la loi n°46-74 en 1974 et tous les textes y afférents tel que le code de l’aménagement du territoire. « Ce qui nous incite à nous demander, souligne le Conseil, s’il s’agit d’un encouragement de la construction « non organisée » sur le territoire tunisien (en l’absence de plans d’aménagement et de lotissements) et par conséquent celui du chômage déjà répandu chez les architectes, outre l’affaiblissement des revenus de ceux qui travaillent ».

 

Formule «clés en main», choix unilatéral et arbitraire


Dans sa déclaration, le Coat indique que ses préoccupations ont été confirmées par la décision ministérielle unilatérale de lancer un appel d’offres international selon la formule « clés en main », « ce qui met en doute la crédibilité des travaux des commissions techniques et démontre que le choix, arbitraire, a été préalablement fait sans en aviser les membres de la commission», souligne le Conseil qui fait état de « remous et de colère dans le milieu des architectes» à cause de leur exclusion au profit des sociétés étrangères.
Compte tenu de ce qui précède, le Coat exprime son refus catégorique de la démarche actuelle adoptée par le ministère de l’Equipement et de l’Habitat, qu’il qualifie d’irréfléchie et précipitée. La profession invite par conséquent les premiers responsables du pays, la Troïka et la Constituante, à réviser la stratégie adoptée pour la réalisation de cet important projet de portée nationale. Le Coat appelle également à la participation de tous les professionnels tunisiens du bâtiment pour l’évaluation des besoins et leur catégorisation selon les spécialités et pour l’élaboration d’une stratégie nationale qui fait participer la main-d’œuvre et les compétences nationales et locales. Il suggère la réalisation d’une nouvelle étude sérieuse, sans précipitation et précise, relative aux spécificités sociales, culturelles et architecturales de chaque région, qui permette de définir des solutions en adéquation avec les besoins réels de la population et de la société. Le Conseil recommande, par ailleurs, d’encourager un programme d’auto-construction permettant aux citoyens l’acquisition d’un lopin de terre viabilisé et de matériaux de construction locaux ainsi que d’une assistance technique qui leur sert d’encadrement et de suivi pour la réalisation de leur propre logement, ce qui contribuera, par ailleurs, à leur fournir une formation à même de faciliter leur insertion dans le marché de l’emploi.
Pour le conseil de l’Ordre des architectes de Tunisie, le recours à cette déclaration vise la préservation de l’intérêt national et la non-dilapidation des fonds publics dans une entreprise hasardeuse et dont l’efficience et l’acceptation par le citoyen ne sont pas garanties.

 

Auteur : Amel ZAIBI
Source : La Presse

 














 

 







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