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Projet Taparura…Cherche visibilité et audace désespérément

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Le projet le plus long dans l’histoire de la Tunisie en termes de délais d’exécution traîne encore et n’arrive toujours pas à décoller. Après vingt-huit ans de réflexion, de planification, d’études ; des millions de dinars d’investissements ; une première tranche réalisée, «Le Projet» de la capitale du Sud demeure un dossier lourd à gérer.

Le manque d’audace et de visibilité des décideurs serait à l’origine de cette lenteur qui prive la ville de Sfax de l’unique opportunité de réaliser d’une pierre trois coups : la réconciliation écologique avec la mer, la création d’importantes réserves foncières et la mise à niveau de l’industrie portuaire dans le cadre d’une vision globale et intégrée du projet Taparura.

 


«C’est en 1985 qu’est née l’idée du projet Taparura initialement conçu pour dépolluer la ville de Sfax et la débarrasser des tonnes de rejets en mer de l’industrie de transformation du phosphogypse», qui ont fini par détruire les fonds marins et priver les Sfaxiens de l’accès à la mer et à ses ressources. Le rappel de cette date par l’actuel PDG de la Société d’études et d’aménagement des côtes nord de la ville de Sfax, M. Mohamed Gouider, n’est pas fortuit, il souligne l’aberration qui frappe ce projet vital pour la 2éme ville tunisienne et une potentielle source de fierté pour les Sfaxiens. C’est la raison pour laquelle, malgré un maigre bilan en 28 ans d’existence, le projet Taparura n’a cessé de grandir sur les maquettes et de nourrir des ambitions de plus en plus grandes pour l’avenir de la ville de Sfax.

 

Première phase achevée: un parc urbain et 6 km de plages au nord

Les travaux de la première, et initiale, tranche du projet, à savoir la dépollution et le remblayage des côtes nord de Sfax, n’ont démarré qu’en 2006. Pas moins de 90 ha de phosphogypse couvrant les fonds marins sont extraits, stockés sur le littoral et couverts de sable. Trois ans plus tard, une nouvelle réserve foncière de 420 ha, abritant un parc urbain de 55 ha (12.000 plantes), et 6 km de plages propres à la baignade (plage Sidi Mansour) sont créés sur le site. Le travail accompli est apprécié par l’Agence internationale de l’énergie atomique qui classe Taparura dans la catégorie «projet environnemental pilote» en matière de lutte contre la pollution par le phosphogypse. Le PDG de la société gérante, nommé en 2011et originaire de la région, évoque le retour des pêcheurs ainsi que celui des poissons et des clovisses sur les rivages nord de la ville de Sfax. Pour cette première tranche, les investissements alloués atteignent 184 MD (prêt BEI, Etat tunisien et dons étrangers), contre 160 MD prévus.
Le projet Taparura est désormais trop important pour la ville de Sfax pour qu’il s’arrête en si bon chemin. Une 2éme phase du projet est décidée et engagée. Il s’agit de créer un nouveau pôle urbain (immobilier, environnemental, touristique et de loisirs) avec la consigne de veiller à son intégration dans la ville de Sfax pour qu’il en soit le prolongement «naturel» et non la rupture. «L’idée est de réduire le déséquilibre social entre le nouveau pôle urbain et les quartiers limitrophes après avoir éliminé le déséquilibre écologique», explique M. Gouider.

 

2éme phase en difficulté : création d’un nouveau pôle urbain et dépollution des côtes sud

C’est à partir de 2011 que les choses vont commencer à bouger, petit à petit. L’idée est de chercher et de trouver les conditions de réussite du projet en termes d’encouragement des investisseurs. En 2012, deux conseils ministériels (mai et novembre) seront convoqués pour examiner le dossier. Le comité technique, représentant les différents ministères concernés, et créé pour réfléchir sur les solutions techniques adéquates, en proposera huit avec l’assurance de répondre à la condition d’intégration du projet dans la ville de Sfax, critère de réussite numéro un. Sept propositions seront prises en compte et examinées en CM. En résumé, l’intégration du projet nécessite la satisfaction de quatre conditions: le réaménagement de la barrière ferroviaire de 29 ha (voie ferrée et gare) appartenant à la SNCFT avec probable transfert de la gare afin d’établir la liaison entre Taparura et le centre-ville de Sfax. La mise à niveau de l’infrastructure existante (voirie et bâti) des quartiers populaires limitrophes, avec la participation de l’ARRU. Une meilleure compatibilité avec les normes environnementales des activités industrielles présentes dans la zone, notamment au niveau du port commercial, et transfert des activités polluantes (activités chimiques et de conteneurs, zone industrielle (Poudrière 1 et 2)). La dépollution et la réhabilitation des côtes sud de la ville de Sfax. A propos de cette 4e condition, le PDG de SEACNVS affirme: «Le projet Taparura ne sera considéré achevé que si cette région côtière, du port de commerce au site archéologique de Thyna, sera dépolluée et réaménagée ; cet espace au sud de Sfax couvre une superficie de 5.600 ha et 18 ha de plages, ce qui correspond à 13 fois la superficie du projet initial». La SEACNVS a été chargée de réaliser les études d’exécution pour la réhabilitation de ce littoral sud et l’intégration des activités industrielles non polluantes.
Les décisions issues du CM du 24 mai dernier ordonnent entre autres : l’intégration du port commercial au projet Taparura et l’inscription des anciennes plages dans le plan d’aménagement urbain de la ville de Sfax avec perspective d’attribuer au site une vocation touristique et récréative. L’Office de la Marine Marchande est, de son côté, chargé d’identifier un espace de substitution pour les unités industrielles polluantes (usine de transformation du phosphate). Parmi les autres solutions adoptées, l’aménagement de deux canaux pour l’évacuation des eaux pluviales ainsi que l’aménagement et l’intégration de la zone industrielle Poudrières I et II.

 

Dernière entrave : décider de la forme de gestion du projet Taparura

Taparura a dépassé le stade de projet de réconciliation de la ville de Sfax avec la mer pour devenir le projet de développement économique et social de la capitale du Sud avec des perspectives (estimées) de création de 15.000 emplois directs et une capacité d’accueil de 50.000 nouveaux habitants. Mais il reste une condition essentielle à remplir avant de voir le projet prendre enfin son envol. C’est le 8e point du comité technique qui n’a pas été examiné en CM et qui se présente comme le starter du projet ou le dernier verrou à faire sauter. «Il faut que l’Etat se prononce au plus vite sur la forme de gestion à donner au projet, sinon celui-ci ne pourra pas démarrer ; les investisseurs attendent de savoir avec qui et comment ils vont négocier et travailler», explique M. Gouider. Il s’agit, en d’autres termes, de définir l’identité du projet : 100% privé, 100% public ou partenariat public-privé. A ce titre, quatre scénarios ont été présentés aux décideurs politiques. «C’est important pour les investisseurs de savoir avec qui ils vont traiter, c’est une question de visibilité ; de cela dépendront la phase de prospection des financements et le véritable démarrage de la 2éme phase de Taparura», ajoute le PDG de la SEACNVS, la société gérante de Taparura, une société anonyme à participation publique sous tutelle du ministère de l’Equipement. S’agissant de la forme de gestion à adopter, selon M. Gouider, «la présence de l’Etat est nécessaire pour garantir la réalisation du projet».
A ce stade du projet, il y a lieu de s’interroger : pourquoi autant d’hésitation ? A qui profite-t-elle ? Les enjeux du projet, qui devrait s’étaler sur 15, voire 20 ans, sont énormes et la ville de Sfax s’est déjà portée candidate pour abriter les Jeux méditerranéens de 2022.
Serait-ce le manque d’audace de la part des décideurs qui compromet l’avenir de Taparura et celui de la ville de Sfax ?


 

Auteur : Amel ZAIBI

Source : La Presse

 








 








 
















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