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Régénération de biens historiques dans les centres anciens cas de Métlaoui, Mohamedia et Tabarka

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Expérience de CILG VNG International1 et de la FNCT2 pour l’Empowerment des Communes
L’histoire urbaine de la Tunisie est plusieurs fois millénaire. Le patrimoine historique développé par les différentes civilisations qui se sont succédées est exceptionnel. Partout sur le territoire, les communes tunisiennes ont hérité de monuments exceptionnels de par leur valeur historique, architecturale et culturelle. Ces communes font face au défi de préserver ces œuvres et de les inclure dans la dynamique culturelle et sociale. Cette entreprise nécessite un savoir-faire que plusieurs équipes communales n’ont pas encore développé. A travers le Programme d’Empowerment des Communes (PEC) réalisé par la Fédération Nationale des Communes Tunisiennes (FNCT) et CILG-VNG International et financé par l’Union Européenne, trois sites exceptionnels dans les communes de Mohamedia, Tabarka et Métlaoui font l’objet de projets de restauration et de valorisation.
Pour protéger et mettre en valeur le patrimoine historique, la Tunisie s’est progressivement dotée d’un arsenal impressionnant d’outils institutionnels et juridiques, dont l’Institut National d’Archéologie et d’Art, INAA, fondé en 1957 et rebaptisé Institut National du Patrimoine, INP, en 1993 et le Code du patrimoine archéologique, historique et des arts traditionnels promulgué en Tunisie en 1994 qui élargit considérablement le champ d’intervention délimité par le décret du 8 mars 1885 créant le « Service des antiquités et des arts ».
Mais les textes législatifs encadrant le processus de patrimonialisation demeurent insuffisants. Ils se heurtent à la lourdeur des procédures de classement du patrimoine aux niveaux national ou mondial, rendant ainsi hypothétique la protection des bâtiments non classés et laissant la porte ouverte aux pratiques prédatrices qui se sont accélérées au cours des dernières décennies.
Ces outils juridico-institutionnels se heurtent par ailleurs à réalité du terrain, notamment le manque de formation des personnels, l’absence de médiatisation, la rareté des campagnes de sensibilisation et l’absence de moyens tant au niveau national que local.
C’est ainsi que malgré l’existence d’une législation, d’institutions et d’associations dédiées à la protection du patrimoine, le patrimoine urbain tunisien reste menacé de dégradation en l’absence d’une politique publique claire et de dispositifs opérationnels de mise en œuvre et protection du patrimoine. Certains biens historiques rentrent dans la catégorie des immeubles menaçant ruines, IMR, qui ont fait l’objet d’un projet de Loi émanant du Ministère en charge de l’équipement et de l’habitat en 2018. Ce projet conférait au ministère un pouvoir discrétionnaire sur le bâti, y compris les monuments historiques ou à valeur culturelle, classés ou protégés. Il prévoyait notamment des expropriations immédiates et des décisions de démolition prises en quatre semaines, sans donner aucune chance de survie aux édifices. Le projet a fort heureusement été abandonné, suite à une campagne très mobilisatrice organisée par les associations de protection des médinas et du patrimoine. Cette loi aurait permis aux autorités locales de procéder à la démolition de nombreux IMR, y compris ceux dotés d’une valeur patrimoniale, étant donné le manque de sensibilisation au patrimoine de nombreuses communes et l’absence d’alternative et de moyens pour réhabiliter et refonctionnaliser ces immeubles, notamment ceux faisant partie du patrimoine communal.
C’est pour pallier ce manque d’expérience, de moyens et d’alternative que le Programme d’Empowerment des Communes, mis en œuvre par la Fédération Nationale des Communes Tunisiennes, avec l’appui financier de l’Union Européenne et l’appui technique de CILG VNG International, inclut une composante intitulée « Amélioration de la gestion des biens municipaux historiques » qui a pour objectif de montrer que la préservation du patrimoine n’est pas en conflit avec le développement économique et social et qu’il peut contribuer à la création de services et d’emplois, dans des secteurs différents. Le patrimoine municipal peut être mis à la disposition de la société civile locale et des jeunes entrepreneurs pour la création d’une dynamique économique et sociale dans les communes tunisiennes, tout en préservant les traits de ce patrimoine et veillant à garder intact leur valeur historique et architecturale. Tel est l’objectif du programme PEC qui a développé une approche pour la protection et la valorisation du patrimoine communal, et l’a mis en œuvre au sein de trois communes, avec comme finalité également de capitaliser cette expérience et de la diffuser largement auprès des communes par le biais de l’assistance technique de la FNCT.

La gestion des biens historiques à Métlaoui, Mohamedia et Tabarka
Un modèle innovant de gouvernance et de participation
On ne peut guère nier l’importance du patrimoine culturel qui représente l’empreinte du passé et qui permet à une population de prendre racine. Cela s’applique, tant au niveau national que local, à travers des villes et des communes où ont été érigés divers monuments historiques témoins des civilisations qui se sont succédées. Les biens historiques, les traditions, les ressources naturelles, l’architecture d’un terroir, reflètent ainsi l’identité locale.
Le patrimoine constitue un levier de développement local. Valoriser les richesses dans un lieu permet d’améliorer son attractivité, et donc de booster son économie locale. Dans cette perspective, les communes qui misent sur leur patrimoine culturel disposent d’outils supplémentaires pour améliorer les conditions de vie de leurs populations. Afin de créer un environnement favorable à la mise en connexion des finalités de préservation du patrimoine, de développement local, de marketing territorial porté par la population, il était essentiel de développer une dynamique autour de la participation publique et l’engagement des citoyens pour la valorisation des biens historiques de leurs territoires. Pour atteindre cet objectif, ce projet a accompagné les communes de Métlaoui, Tabarka et Mohamedia dans l’impulsion d’une gouvernance participative, faisant du marketing territorial participatif une clé de la valorisation du patrimoine communal et de renforcement des potentialités de la commune. En effet, mettre en avant un patrimoine culturel repose sur la manière de le représenter, de le préserver et de le transmettre aux générations futures, d’où l’enjeu d’une stratégie adéquate de marketing territorial. Et en partant du fait qu’il est primordial d’instaurer un dialogue entre les parties prenantes – dans leur diversité – et de favoriser l’action publique et la mobilisation des acteurs locaux, l’approche participative déployée visait l’implication des citoyens, de la société civile en appui aux trois municipalités dans le processus de valorisation et de gestion des biens historiques.

Comment faire participer la population à un projet de valorisation d’un bien historique ?
Pour mettre en œuvre le projet de gestion des biens historiques, l’approche par étapes successives a permis de collecter des recommandations quant aux actions à entreprendre et aux initiatives axées sur la valorisation : signalétiques, visites, cartes etc.
Identifier les projets et cartographier les acteurs…
Les ateliers participatifs organisés et les sessions de formation auprès de la société civile et des membres du conseil municipal ont conduit à identifier le bien historique à réaménager et à valoriser dans les trois villes. à partir de là, la société civile locale et les différentes parties prenantes présentes dans chacune des 3 régions ont également été cartographiées. Une des clés de réussite consiste à choisir des points focaux pour l’organisation des ateliers de recommandations.
Ces ateliers ont permis de présenter les principaux biens historiques et monuments culturels susceptibles d’être pris en considération pour une éventuelle amélioration ou un réaménagement en guise de valorisation. Ils furent également l’occasion de mettre l’accent sur l’impact de la valorisation du patrimoine culturel à l’échelle locale, du marketing territorial et de l’action citoyenne pour favoriser le développement d’une commune.
• Les participants ont pu choisir le monument à réaménager en termes de travaux et la manière de le valoriser, et ce à travers des suggestions de promotion, d’amélioration et d’animation du bien en question. Force est de constater que les citoyens ont pu également participer au processus à travers des ateliers durant lesquels ils ont pu exprimer leurs opinions et donner leurs avis sur la façon de mettre en valeur leurs biens historiques locaux, ce qui dénotait d’une appropriation progressive du projet.
… et lancer un plan marketing du patrimoine
• A la suite des ateliers et pour mettre en pratique le marketing territorial, nous avons eu l’idée d’organiser un concours photo.

Formation à la photographie pour les responsables communaux à Métlaoui

L’objectif était de valoriser le monument grâce à des actions, et quoi de mieux que les photos pour illustrer un lieu ?
Et partant du fait que les personnes concernées doivent disposer d’une certaine maîtrise des principes d’une photo réussie pour achever leur mission, les acteurs – représentants de la société civile et les responsables communaux, élus et administratifs – ont bénéficié d’une formation en photographie suivie d’une formation en montage vidéo appuyant leur action de valorisation visuelle – à travers l’apprentissage de la prise de vue et du cadrage – de ces biens historiques.
Un atelier-visite guidée a été, par ailleurs organisé pour mettre en pratique les enseignements théoriques et appliquer les nouvelles connaissances en photographie. Les photos prises ont par la suite été présentées et un processus de sélection a abouti au choix de celles qui figureront sur la brochure de marketing territorial. Cette même brochure a fait l’objet d’un autre atelier participatif dédié à la conception et la rédaction des messages en 3 langues : arabe, français et anglais.

Atelier participatif pour la société civile à Mohamedia

Implication Appropriation Action
Grâce à un niveau de participation élevé qui a été derrière une immersion totale des acteurs locaux dans l’ensemble des phases du processus, l’appropriation locale du projet a été améliorée, traduite par l’engagement et l’action des élus, cadres, société civile et activistes locaux pour promouvoir le projet. Cette ceinture institutionnelle et citoyenne autour du monument est également appelée à contribuer à sa préservation et sa valorisation. Tout au long de ce processus, l’exercice de participation citoyenne a été accompagné techniquement afin de garantir que les règles techniques d’usage soient respectées dans les propositions citoyennes.

Déroulement du projet Métlaoui
Le réaménagement et la valorisation d’un bien historique est considéré ici comme moyen de renforcer le lien entre le tissu associatif, les citoyens et la commune. En effet, faire participer les citoyens et la société civile dans le processus de gestion et d’animation d’un bien historique pour enrichir l’offre culturelle locale permettra, d’une part, l’amélioration effective du patrimoine culturel de la commune, et d’autre part, l’ancrage des principes de l’approche participative et de la bonne gouvernance communale.

Les ateliers organisés à cet effet et regroupant élus, administration et société civile ont été fortement marqués par la dynamique et l’engagement des participants qui se sont montrés intéressés et très motivés. Plusieurs d’entre eux sont impressionnés par les biens historiques locaux et certains autres ne connaissaient même pas leur existence. Des recommandations en termes de valorisation du patrimoine colonial historique minier ont été proposées dont notamment la conception d’une brochure de marketing digital permettant de mettre en avant les atouts des biens historiques de la région. Les autres recommandations tournent autour de l’animation des monuments culturels choisis par le biais de (i) la programmation d’une stratégie de marketing des monuments historiques, archéologiques et du patrimoine minier, (ii) la réalisation de courts métrages et de vidéos promotionnels sur l’aspect touristique de la ville de Métlaoui et (iii) la mise en place d’un partenariat avec les universités pour la création d’œuvres filmiques et de photographies.
La brochure est conçue par le personnel communal, les citoyens et les associations locales à l’issue d’une formation à la photographie et au montage vidéo afin de faciliter sa réalisation et doter les personnes concernées du savoir-faire requis en la matière. Suite aux formations, un concours est lancé pour exposer les réalisations et sélectionner les plus belles illustrations du patrimoine choisi.

Mohamedia
A Mohamedia, la même approche de marketing territorial a été suivie puis validée durant un atelier de concertation en juin 2019.
L’approche s’est ensuite poursuivie à travers des ateliers de formation au marketing territorial et à la photographie/vidéo.

Tabarka
Le réaménagement et la valorisation de la Basilique de Tabarka a permis une large mobilisation autour du projet. La commission municipale de démocratie participative et de gouvernance ouverte a souhaité impliquer la société civile dans la mise en valeur de l’édifice ainsi que les jeunes tout en sensibilisant les citoyens autour de l’importance du patrimoine historique local. Plusieurs formations sont destinées aux futurs guides appelés à accompagner les visiteurs de la ville dans la découverte de l’héritage culturel ainsi que des formations en photographie et vidéo, étape préalable à la production d’une maquette de marketing territorial.

1 – CILG VNG International : Centre international de développement pour la gouvernance locale innovante.
2 – FNCT : Fédération Nationale des Communes Tunisiennes

 

Texte : CILG VNG International – Photos : Mohamed Amine Ben Said
Article paru dans Archibat n°50 – Novembre 2020

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