fbpx
LOADING

Type to search

Repenser l’habitat

Share

La question de l’habitat est confrontée à de nouvelles problématiques complexes qui concernent non seulement l’accessibilité à un logement convenable, sa flexibilité pour s’adapter à l’évolution des modes de vie et à une espérance de vie qui augmente, mais qui concernent également la maitrise de l’étalement urbain et l’économie de l’énergie. Des initiatives, en particulier en Europe, voient le jour qui proposent des alternatives innovantes concernant l’habitat intermédiaire plus dense que l’habitat individuel, ou encore l’habitat participatif qui concilie aspirations à un logement de qualité et à moyens financiers modestes, et qui favorise l’échange et le partage entre voisins.

Vers un habitat soutenable
“L’écoconstruction est indissociable du développement et de l’aménagement durable du territoire et de la ville. L’écoconstruction ne peut se limiter à concerner un bâtiment dans un quartier ou un quartier dans une ville ou une ville dans un territoire, sinon l’effort serait vain et l’impact extrêmement limité”. Raoudha Larbi, Directrice de l’Urbanisme au Ministère de l’Equipement, Archibat 33, rubrique Invité.

On l’aura bien comprise la question de l’écoconstruction va de pair avec celle du développement durable qui s’avère une nécessité dans un contexte mondial où les villes n’occupent que 3 % de la surface du globe, hébergent 50 % de la population totale, consomment 75 % de l’énergie produite, génèrent 60 % des gaz à effet de serre et consomment les deux tiers des ressources en eau.
Cela est d’autant plus vrai pour la Tunisie, un pays fortement urbanisé (66 % de la population est urbaine) et qui connait une forte croissance (un taux actuel de 77 % avec une moyenne annuelle de 53,7 % pour ces cinquante dernières années). Le développement durable du territoire, en particulier urbain, est préconisé pour lutter contre les disparités régionales et les inégalités entre les villes. La gestion durable du territoire urbain, au croisement des trois dimensions économique, sociale et environnementale, serait un moteur privilégié de démocratie et de développement régional.
En effet, la dimension économique – qui s’entend comme une optimisation du coût global comprenant celui des études, du maintien des ambiances thermiques, de l’entretien, de la maintenance, des adaptations, des réhabilitations, de la fin de vie des ouvrages et de leur déconstruction – favoriserait la valorisation des ressources renouvelables, et de matériaux biosourcés locaux avec une diminution des transports et de l’émission de gaz à effets. Elle aiderait, également, la valorisation et le développement des savoir-faire locaux qui s’appuient sur une mise en œuvre « basse »
technologie utilisant peu d’énergie. Elle encouragerait enfin, la création de nouvelles filières économiques vertes, véritable alternative pour le développement régional.
La dimension sociale, quant à elle, qui prône une gestion participative et démocratique, ambitionne une croissance mise au service d’une vision partagée de l’homme et de la société pour un développement durable du territoire urbain et de l’architecture.
La dimension environnementale, enfin, préconise la préservation de la qualité de vie et l’accès aux ressources pour les générations à venir. Ce qui suppose la préservation et la bonne gestion de ces ressources parmi lesquelles la réserve foncière figure au premier plan.
Dans ces conditions, on peut se demander dans quelle mesure la diffusion du modèle d’urbanisme des écoquartiers, prôné par les politiques urbaines qui se revendiquent du développement durable, est pertinent. En effet, on reproche aux écoquartiers de contribuer à une augmentation de la pression foncière et immobilière. On estime qu’ils génèrent des externalités environnementales négatives en contribuant à l’augmentation du trafic et du stationnement. Ils sont soupçonnés de participer à la gentrification et à l’absence de mixité sociale1. Les critiques qui leur sont adressées mettent en avant une méconnaissance par les habitants eux-mêmes de la démarche écologique du quartier et donc une implication individuelle limitée dans l’expérience collective.
Par ailleurs, force est de constater que la notion de qualité définie dans le cadre du développement durable, ne prend pas toujours en compte la question de l’habitabilité. En effet, dans ce cadre cette notion se résume à la qualité des constructions, comprise dans le sens de l’ingénierie, des normes et performances techniques, économiques et environnementales. Alors que l’habitabilité comprend une dimension perceptuelle et sensible qui intègre l’ensemble des modalités sensorielles – non seulement visuelle mais sonore, tactile, olfactive, kinesthésique,… – qui structure notre expérience vécue. L’habitabilité suppose la prise en compte différenciée des conduites perceptives plurielles. Plutôt qu’un logement confortable, destiné à un utilisateur normal, aseptisé, il s’agit de produire un habitat, accessible à tous, partageable…, agréable à vivre.
Si un habitat durable est incontournable dans le contexte actuel, il n’en demeure pas moins que l’homme doit être mis au centre de la question avec la diversité de ses besoins et aspirations et compte tenu des modalités multiples de son expérience vécue.

L’habitat intermédiaire
Une autre forme intermédiaire est-elle envisageable entre la maison individuelle isolée sur sa parcelle et l’immeuble collectif urbain dense ?
Dans la première moitié du XXème siècle, la réflexion sur le logement, en particulier dans les pays anglo-saxons, qui allait de pair avec celle sur la ville, a abouti à des formes intermédiaires comme celles des cités jardins en Angleterre, aux Pays-Bas ou encore des « Siedlung » des villes allemandes.
De nos jours, la maîtrise de l’étalement urbain, d’une part, et la diversification des formes d’habitat, d’autre part, conduisent à la nécessité de développer des solutions qui puissent concilier un double désir d’individualité et de sociabilité tout en maîtrisant la consommation d’espace et les effets nocifs de la mobilité engendrée par l’urbanisation pavillonnaire. Le défi est double, il consiste à individualiser l’habitat collectif et à diversifier l’habitat individuel.
Le but est d’apporter au logement collectif les qualités attendues du logement individuel pour des ménages qui auraient opté pour une maison individuelle située la plupart du temps en périphérie. Ce type d’habitat peut, même à densité équivalente,contribuer à aérer le tissu urbain et à améliorer l’aspect paysager de la ville.
L’enjeu des opérations de logements « intermédiaires » à plus d’un logement par maison, de type maisons de ville, petits collectifs individualisés, voire de lotissements denses, est de diminuer la consommation d’espace et les déplacements, d’optimiser le foncier et de réduire les coûts.

© Midas / Pablo Blanco

Individualiser l’habitat urbain
Une possibilité consiste à insérer de la maison individuelle dans des tissus destinés habituellement à de l’habitat collectif traditionnel, tout en respectant le caractère urbain par des constructions alignées le long des rues.
La deuxième possibilité est d’assembler plusieurs logements dans un même bâtiment qui prend la forme d’un petit immeuble collectif en ville, de façon à offrir les qualités de la maison individuelle en particulier l’accès individuel à chaque logement, un minimum de jardin à rez-de-chaussée, de larges Terrasse pour les logements en étage.
Une troisième solution consiste dans le collectif individualisé, qui est une manière d’intégrer des éléments d’attrait de l’habitat individuel avec des volumes de préférence de faible hauteur et individualisés.

Diversifier l’habitat périurbain
Il s’agit de rechercher d’autres formes, plus denses que la villa isolée, comme par exemple de l’habitat individuel groupé ou maison de ville, de l’habitat intermédiaire en tissu pavillonnaire, voire de mixer ces formes dans une même opération.
Il est possible également de concevoir un habitat individuel dense sur des lots libres de faible taille, en permettant la réalisation de maisons mitoyennes avec un alignement recréant des effets de rues, ou encore assemblées autour d’une cour commune.

Par Alia Ben Ayed
Article paru dans Archibat n°36 – Novembre 2015

Leave a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *