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Secteur de l’ImmobilierDes prix qui narguent les petites bourses

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Le secteur de l’immobilier est aujourd’hui en crise. Mais cette crise se traduit essentiellement par une flambée sans précédent des prix. Ceux qui en pâtissent le plus sont, non point les promoteurs immobiliers, mais les ménages tunisiens à la recherche d’un logement.
Presque tous les acteurs du secteur s’accordent à dire que les raisons de cette crise sont à rechercher au niveau de l’absence d’une autorité de contrôle et de régulation du secteur.
Sans doute, la rareté des terrains , la cherté des matériaux de construction et la morosité économique en général expliquent-elles la flambée des prix de l’immobilier.

Mais jamais autant qu’aujourd’hui les spéculateurs et certains rentiers n’ont trouvé dans la crise actuelle du logement et de l’immobilier une source d’enrichissement et d’ «investissement» sur le long terme.

 

«Jardins de Carthage. A vendre un appartement de 200 m², prix 600.000 d», tel est le texte d’une annonce publiée sur un site d’annonces gratuites, une simple opération de division nous permettra de savoir que le prix du mètre carré s’élève à 3000 d. « du jamais vu», relève Fehmi, fonctionnaire qui commence à perdre espoir quant à l’acquisition d’un bien immobilier.

Le cas de cette annonce n’est pas unique et des offres semblables, on en trouve partout aussi bien sur les pages des journaux que sur les sites web spécialisés.


On aura, notamment, trouvé un 170 m² à Sousse pour 250.000 d, un 50 m² à Khezama (Sousse) à 95.000d, un étage de villa de 165 m² à El Aouina à 235.000 d, une villa de 250 m² à El Mourouj pour 250.000d, un appartement de 90 m² à Hammamet à 139.000d…


Du côté des agences, la surprise est encore plus grande et les prix proposés frôlent la démesure.
Les nouvelles agences immobilières s’implantent, de préférence, dans les quartiers les plus huppés, elles soignent leurs images et tentent d’offrir des services qui se rapprochent de ceux proposés à l’étranger et on a l’impression que même au niveau des prix, elles ont tendance à s’aligner à une demande étrangère.

Une nouvelle forme d’exclusion sociale


«Les prix proposés par ces agences, mais aussi par les promoteurs donnent l’impression de vouloir narguer les catégories sociales modestes», relève Samira, selon elle, exercer de tels prix est une nouvelle forme d’exclusion sociale, un moyen pour garder chaque catégorie dans l’espace qui lui est consacré. «Avant, un fonctionnaire moyen pouvait, moyennant un crédit bancaire, acquérir un logement dans les nouveaux quartiers périphériques au centre de Tunis, tels El Menzah ou El Manar. Aujourd’hui, c’est une mission impossible, les bourses moyennes sont obligées de se rabattre sur des quartiers encore plus périphériques et où le paysage urbain souffre de l’absence de toute esthétique» ajoute-t-elle encore.


Et même dans ces quartiers, le prix des logements est loin d’être à la portée de tout le monde, pour y devenir propriétaire, un ménage devra s’endetter pour environ 25 ans, un endettement qui se fait, vite, sentir au quotidien.


Une situation inextricable pour un grand nombre de Tunisiens qui ont choisi d’acheter un logement ou qui s’ingénient, encore, à réussir cette mission de plus en plus difficile.


Cette hausse des prix qu’on a tendance à mettre sur le dos des promoteurs a été favorisée par un ensemble de facteurs dont l’engouement de certains à investir dans l’immobilier, un choix qui serait, selon eux, beaucoup plus sûr à un moment où l’incertitude règne sur toute la scène économique.


Il y a, également, lieu, d’évoquer l’absence d’une structure spécialisée chargée de la régulation du secteur, faute de mieux, chacun propose des prix comme il l’entend, les offres sont aussi diverses qu’incohérentes.
La présence d’une importante communauté étrangère et principalement des fonctionnaires de la BAD et plus récemment des Libyens a favorisé cette flambée des prix.


Dans le quartier du Lac II, les chantiers sont nombreux, des bâtiments géants poussent un peu partout et les pancartes sont plantées à côté, photos à l’appui, on met à la vente des appartements de «très haut standing», le texte est attractif, les photos affichées nous montrent des intérieurs lumineux, tout y est brillant aussi bien le marbre que les vitres. Un stéréotype qui prévaut dans toutes les nouvelles constructions nous fait remarquer Ahmed, architecte. Il tient, par ailleurs, à préciser que le concept de haut standing qu’on retrouve dans toutes les annonces est loin d’être respecté dans la majorité des chantiers.

Ici, le prix du m² va de 1.800 à 2.500 d et même plus, il n’est, en effet, pas rare de trouver un appartement qui, soi-disant situé au dernier étage, ayant une grande superficie et bénéficiant d’une vue imprenable, coûte un milliard et même plus.

Les concierges chargés de faire visiter les lieux ont parfois du mal à annoncer les prix, pour eux aussi, ce sont des sommes qui sont comme une offense à la classe modeste et pauvre.


Face à cet état des lieux, on se demande si ces biens se vendent, ou non, une question simple et à laquelle il est, pourtant, difficile de répondre. Dans le dernier numéro du guide de l’immobilier relatif à l’année 2012, on lit que le parc de logements invendus ne cesse d’augmenter, et pour cause une inadaptation entre l’offre et la demande.


Toutefois, il est très fréquent que les agents chargés de faire visiter les logements neufs vous disent qu’il ne reste que quelques appartements, une information à vérifier d’autant plus que certains parlent d’un mensonge, un moyen pour le promoteur de ne pas brader son produit.


Accusés d’avidité et comme étant le principal facteur de l’envolée des prix, les promoteurs immobiliers dénoncent, de leur côté, plusieurs défaillances qui pèsent sur le secteur, ils citent, notamment, les charges financières, le problème foncier et les lourdeurs administratives.


Ce qui est certain c’est que le secteur souffre d’un flou général et de l’absence d’une autorité de régulation. L’information sur les prix et le coût réel demeure absente. Derrière ce flou, il y a la volonté de garder une grande marge de manœuvre au niveau des prix.

 

Auteur : Nadia CHAHED

 

Source : La Presse

 








 








 















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