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Street ArtCircé à Djerbahood

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Pas moins de cent cinquante artistes venus des quatre horizons ont répondu à l’appel de l’île des rêves.
Circé la magicienne n’a rien perdu de ses pouvoirs en dépit des siècles passés. Et après avoir retenu dans ses rets Ulysse et ses compagnons, voilà qu’elle sévit et séduit à nouveau. Pas moins de cent cinquante artistes venus des quatre horizons, répondant innocemment à l’invitation du galeriste Mahdi Ben Cheikh, se sont trouvés piégés par la redoutable magicienne.

Il est vrai que les îles sont dangereuses et leurs rivages rarement innocents. Il est vrai aussi que l’aventure que leur proposait Mahdi Ben Cheikh était passionnante, et qu’il était difficile d’y résister.

Imaginez : un village hors du temps, habité depuis des siècles par une population millénaire, soudée autour d’une synagogue dont on dit qu’elle fut édifiée sur une pierre du temple de Salomon. Un village qui, s’il a changé de nom, la Hara devenue aujourd’hui Erriadh, n’a rien perdu de son cachet, de ses placettes, de ses demeures traditionnelles, de ses ruelles, de son âme. Imaginez encore que vous êtes un artiste du Street Art, cette forme d’art allant vers les autres, hors des structures figées des galeries et des musées. Imaginez enfin que l’on vous offre les murs de ce village, avec leur mémoire, leur histoire, leurs échos, et leurs strates. Aucun des cent cinquante artistes n’y a résisté. Bien sûr, on leur a demandé de s’imprégner de ces lieux et de leur esprit, de respecter l’environnement et le cachet du village, et d’offrir «une valeur esthétique supplémentaire».

Eux, les artistes, venaient du Japon et du Brésil, d’Arabie Saoudite et d’Australie, de Chine et du Maroc. Ils s’appelaient Roa, Faith 47, Know Hope ou El Seed pour les plus connus. Ils apportaient avec eux l’imaginaire, la culture, l’esprit et l’air des quelque trente pays dont ils étaient originaires. A tour de rôle, et durant deux mois, ils se sont relayés, à raison d’une semaine chacun, se fondant dans la population, parlant aux gens, écoutant les murs, racontant chacun son histoire, certains d’être entendus parce que c’est dans la rue que cela se passe, sans barrières d’aucune sorte, pas même celle du langage, puisque c’est en images que cela se dit. Et les habitants, étonnés et flattés de l’engouement que connaissaient leurs ruelles, ravis de voir leurs murs habillés de couleurs et de rêves, les ont en effet entendus.

Cette semaine, cet inimaginable musée à ciel ouvert sera inauguré. Le circuit sera présenté à un certain nombre de personnalités tunisiennes et étrangères venues partager ce moment éphémère. Car comme la fameuse tour du 13ème arrondissement de Paris qu’il avait investie avant sa démolition, et qui avait tellement ému le monde des arts, Mahdi Ben Cheikh doit bien savoir que les murs de la Hara ne sont pas éternels. Et c’est peut-être cela qui fait courir ce galeriste pas comme les autres, dont la galerie à Paris s’appelle justement «Itinerrance», qui se consacre à corps perdu au Street Art.

Jerbahood a soulevé un tsunami d’échos dans les médias du monde entier : les plus grands journaux et les plus importantes chaînes de télévision en ont rendu compte. On en parlera encore beaucoup après l’inauguration. Mais ne faut-il pas en garder trace ? Et peut-être, de façon certes conventionnelle, réaliser un catalogue de l’évènement, à l’image de celui qu’Albin Michel a consacré à la Tour du 13ème, et qui sera bientôt présenté au public.

Auteur : Alya HAMZA







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