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Tozeur et le tourisme saharienL’impératif d’une mise à niveau intégrale

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Près d’une vingtaine d’hôtels ont dû tirer leur révérence, soit 35% de la capacité d’accueil dans la région. La moyenne de séjour ne dépasse pas les 1,7 nuit, faisant de Tozeur un simple lieu de transit
Le tourisme saharien est en mal de reprise. Les évènements du 14 janvier ont eu l’effet d’un impitoyable coup de grâce, alourdissant ainsi les néfastes impacts des évènements internationaux et nationaux sur l’une des principales destinations touristiques de la Méditerranée.


Le Sahara, aussi charmeur soit-il, est devenu le synonyme du terrorisme par excellence, notamment aux yeux d’un visiteur étranger de plus en plus terrifié par le spectre d’El Qaida. Après l’évolution notable qu’a connue le secteur vers les années 90 et 2000, le tourisme saharien a quelque peu trébuché de longues années durant, débouchant finalement à une stagnation sans merci. Aujourd’hui, les oasis sont désertées par les visiteurs étrangers. Près d’une vingtaine d’hôtels ont dû tirer leur révérence, faute, notamment, de moyens matériels et stratégiques à même de les aider à surmonter le coup. Les répercussions de la crise du tourisme saharien dépassent le seul secteur pour s’avérer une sérieuse menace de survie, notamment pour les secteurs alliés ainsi que les petits métiers dépendant étroitement de l’activité touristique.En effet, Tozeur comptait une soixantaine d’unités hôtelières et quatre camps d’hébergement d’une capacité totale de 7.568 lits. Cette région unique en son genre est également dotée d’une panoplie de prestations touristiques, assurées par 15 restaurants classés comme touristiques, quatre musées, un terrain de golf et de quelque 34 agences de voyages. D’autant plus que la création de l’aéroport international Tozeur -Nefta était censée présenter un précieux atout favorisant l’accès des férus des oasis et promouvoir ainsi l’image du Sud tunisien à l’échelle internationale. Par ailleurs, les spécificités artisanales, architecturales, climatiques ainsi que la splendeur de la biodiversité de la région constituent un background méritant d’être exploité dans l’optique de booster le développement économique, en général, et touristique, en particulier. «Les années 90 marquent l’époque d’or du tourisme saharien. Mais les choses ont progressivement dégringolé, et ce, à partir de l’attentat du 11 septembre. Les évènements du 14 janvier ont été la goutte qui a fait déborder le vase», indique M. Mohamed Essayem, commissaire régional au tourisme à Tozeur.


Pourtant, malgré les évènements politiques et sécuritaires qui ont affecté, d’une manière directe et indirecte, le tourisme saharien dont la guerre d’Irak, les évènements du 11 septembre, l’attentat sur la synagogue de Djerba et autres incidents, ce secteur a réussi, un tant soit peu, à préserver une affluence honorable des visiteurs étrangers. Les chiffres montrent en effet que le nombre des visiteurs étrangers enregistré en 2000 était de 389.563 contre seulement 171.947 en 1989. Le nombre des nuitées avait plus que triplé puisqu’il avait atteint les 691.816 contre seulement 219.064 en 1989. En 2006, l’on avait enregistré une certaine reprise, puisque le nombre des touristes avait atteint les 354.147, soit 557.562 nuitées.


C’est, par contre, en 2011 que la dynamique touristique et par conséquent socioéconomique dans les régions du sud a carrément chuté avec seulement 73.700 visiteurs et 121.823 nuitées; une situation alarmante qui se traduit également par la fermeture de quelque 19 hôtels dont deux classés comme cinq étoiles et six, comme trois étoiles, soit 35% de la capacité d’accueil hôtelière dans la région. Le fabuleux musée «Dar Chraïet» fait partie de la liste des unités touristiques qui ont fermé leurs portes. «Cette réalité amère se répercute en outre sur une série de secteurs et de métiers vitaux dans la région. Tozeur est une région réputée pour la qualité et l’authenticité de son artisanat, au point qu’elle s’avère être une référence tant à l’échelle nationale qu’aux yeux des touristes. Telle une avalanche, la régression de l’activité touristique a altéré celle commerciale et de production artisanale. Du coup, les commerçants ne trouvent plus l’opportunité de proposer leurs produits aux visiteurs avides d’exotisme. Les artisans sont par conséquent dans l’impasse face notamment à une demande en deça de leurs attentes et donc nettement insatisfaisante», explique M. Essayem. Et d’ajouter que la situation a menacé jusqu’au gagne-pain des 260 calèchiers touristiques qui ne trouvent plus de touristes à emmener en promenade.


Il est également à souligner que depuis quelques années, Tozeur est devenue un simple lieu de transition étant donné que la moyenne du séjour se situe à 1,7 nuit. Aussi, les visiteurs ne disposent-ils point d’un timing favorable à la découverte de la ville et ses richesses naturelles et architecturales et encore moins au shopping.

Repenser la logique touristique et exploiter les richesses de la région


Pour remédier à cette situation et permettre au tourisme saharien de déployer ses ailes, une mesure indispensable et tout aussi logique s’impose: mettre en place une stratégie spécifique au tourisme saharien et tabler désormais sur l’exploitation des richesses de la région en tant qu’atouts basiques d’une destination que l’on veut compétitive et distinguée constituent les points de force d’un développement méthodique et fructueux du secteur ainsi que des différents secteurs et domaines annexes. La démarche nécessite d’abord une mesure gouvernementale visant à soutenir les hôteliers et les aider à reprendre leurs activités ce qui permettrait aussi aux familles sinistrées de retrouver leur dignité. «50% des hôtels fermés sont récupérables. Une éventuelle décision politique, impliquant toutes les parties concernées notamment par la question de l’endettement des unités touristiques dans le sauvetage de tout un secteur. L’idée étant de dispenser les hôteliers des AGO bancaires afin d’alléger le taux d’endettement», indique M. Essayem.


Le commissaire régional au tourisme à Tozeur suggère la mise à niveau intégrale de la destination, une intervention ambitieuse qui toucherait aussi bien l’infrastructure, celle aérienne, la formation ainsi que les différents circuits touristiques. La promotion du tourisme saharien aussi bien à l’échelle internationale qu’à celle interrégionale s’impose dans la mesure où elle permettrait une meilleure visibilité de Tozeur comme destination touristique. Par ailleurs, la restructuration du système de transport aérien et terrestre est jugée comme fondamentale afin de faciliter l’accès au sud. «Tozeur dispose d’une plateforme aérienne fort intéressante, notamment l’aéroport international Tozeur-Nefta. Cet acquis se trouve hélas non opérationnel alors qu’il convient de dynamiser et d’encourager les compagnies aériennes à adopter cette destination, quitte à les doter d’incitations spécifiques comme la réduction sur les taxes aéroportuaires ou opter carrément pour l’open sky », renchérit M. Essayem.


L’amélioration de l’infrastructure, et donc, de l’accès à la destination touristique nécessite également la construction d’une autoroute liant Tozeur à la capitale ainsi que l’activation de la voie ferrée. La formation constitue également un point déterminant dans l’optimisation des prestations touristiques qu’il convient de moderniser afin de garantir des services à la page et répondant aux normes requises. M. Essayem insiste, par ailleurs sur l’importance de la visibilité du tourisme saharien à l’échelle internationale. «Il faut dire que la plupart des étrangers ignorent jusqu’au confort numérique, disponible dans les régions du sud. Il est primordial de promouvoir cette destination en usant d’une politique de marketing ciblé, qui tient compte aussi bien des acquis de la région et des attentes du visiteur. D’un autre côté, poursuit M. Essayem, il est grand temps de promouvoir le tourisme intérieur et de penser à des mesures à même d’inciter le Tunisien à visiter le sud, notamment une tarification moins salée en matière de transport aérien». D’autant plus que l’exploitation des richesses thermales serait un atout spécifique à la destination et permettrait ainsi la dynamisation tant espérée du marché de l’emploi.


Récemment, un rapport détaillé sur l’état des lieux touristiques dans la région a été déposé au ministère du Tourisme dans l’espoir de réfléchir sur les solutions appropriées. Parallèlement, des compétences chevronnées dans le secteur du tourisme ainsi que des associations œuvrant pour la promotion du sud s’activent dans l’optique dans ce sens. «Nous avons également organisé des forums avec des spécialistes japonais ainsi que le groupe GIZ afin d’avoir de plus pertinentes suggestions», indique M. Essayem.

 

Auteur : D. Ben Salem


Source : La Presse

 















 




 










 







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