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Un Architecte, des métiers
MOHSEN BELHADJ SALEM
ENAU/UIK, ARCHITECTE CHERCHEUR ENSEIGNANT

Pouvez-vous vous présenter ?

Mohsen Ben Hadj Salem, j’ai 42 ans, je suis architecte, enseignant chercheur, mais je consacre tout mon temps et mon énergie à l’enseignement et la recherche dans plusieurs institutions.

Pouvez-vous nous parler de votre cursus académique et professionnel ?

Après un diplôme de l’ENAU en 2002, j’ai enchainé par un DEA à l’ENSAG. Il n’y avait pas de motivations particulières à ce choix, mais ça a changé ma vie, c’était un tournant, parce qu’au départ, je suis parti pour un DEA temporairement avant de chercher un emploi dans une agence d’architecture. Mais j’y ai pris gout, j’ai bien réussi le DEA et on m’a proposé une thèse financée, donc ça a commencé comme ça. C’était une expérience humaine et scientifique très intéressante, avec les premières publications qui ont confirmé ce choix. Après la soutenance, j’ai rejoint l’ENAU et là je travaille sur les questions relatives aux ambiances sonores.

Qu’est-ce qu’un architecte chercheur ? 

Il nourrit la pratique du projet, une prothèse vitale. C’est lui qui prend le risque de poser les questions, d’interroger les phénomènes que l’architecte praticien met en œuvre sans s’assurer de leurs sens, ou leurs significations. L’architecte chercheur est en quelque sorte le thermomètre du métier.

Quelles qualités sont requises pour suivre ce chemin ? 

L’enseignant-chercheur est un théoricien doué pour l’abstraction positive. Un curieux, capable de creuser et travailler sur le même sujet pendant des années avec de la patience et de la persévérance.

Quels sont les débouchés professionnels pour ce type de profil ? 

L’enseignement principalement. L’élaboration et la transmission du savoir forment un ensemble mais on peut devenir consultant pour certains secteurs d’activité liés au bâtiment, ou comme éditeur, rédacteur pour des revues. On peut éprouver moins de passion à enseigner avec le temps, mais il y a des moyens pour se ressourcer. 

Par exemple, les universités britanniques pratiquent un congé sabbatique de 6 mois tous les sept semestres, et la recherche continue pendant ce temps-là.

Quelle est la valeur ajoutée au profil de l’architecte chercheur sur le marché de travail ? 

Certains résultats de recherche sont transférables sur le marché, comme par exemple, l’expérimentation de nouveaux matériaux de construction.

Que pensez-vous du conflit/complémentarité entre architecte-chercheur/architecte-praticien? 

Les préjugés sont nombreux comme on ne travaille pas beaucoup par rapport au professionnel ou on ne trouve. Mais les cours, la préparation et l’actualisation, la direction de mémoire, de master, de stage, de thèse, avec ce que ça implique comme concentration, quand c’est fait rigoureusement. Il y a également des tâches administratives comme les départements ou les laboratoires. Les publications scientifiques prennent beaucoup de temps. Devenir architecte enseignant-chercheur ne peut pas être le fruit d’une erreur, toutes les phases passent par des évaluations, des concours et des sélections.

A propos de la logique d’utilité immédiate, je dirais qu’on ne produit pas un vaccin. Dommage que l’aspect sciences sociales n’ait pas un écho favorable de la part des praticiens. Les sciences sociales essaient de comprendre la complexité du monde et son utilité n’est pas perceptible, mais la réalité c’est que les sciences sociales sont fondamentales pour une architecture de qualité. Mais les complémentarités doivent être consolidées. 

Il faut plus d’évènements et de rencontres ciblés entre architectes et chercheurs, plus d’implications de chercheurs dans les agences. A titre d’exemple, Jean Nouvel sollicite toujours les chercheurs pour étudier certains phénomènes dans ses projets, comme pour le tribunal de Nantes. En Tunisie, c’est le moment pour les architectes praticiens de commencer à publier leurs projets, par leurs textes, comme ça se fait ailleurs.

Jusqu’à quels points la recherche scientifique peut-elle servir la pratique architecturale ?

La recherche scientifique n’est pas toujours manipulable par la pratique architecturale, en tout cas, pas directement. Il y a certaines thèses type recherche fondamentale qui peuvent cultiver l’architecte mais sans plus. Mais la recherche scientifique en architecture doit questionner directement le projet ou la ville par ce qui est éprouvé directement par l’usager.

Quelles étaient/sont les limites dans ce parcours ? 

Mon parcours est juste à son début, beaucoup de questions sont encore à poser. 

Un mot pour nos étudiants et tout futur architecte ?

Pour les étudiants qui pensent mettre la blouse blanche un jour, je leur dirai qu’il ne faut pas être uniquement un chercheur, mais un trouveur.

Article paru dans Archibat n°51 – Avril 2021

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