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Fatma JABBERI FARROUKH
Architecte, conservatrice du palais Ennejma Ezzahra

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“…J’ai eu la chance de travailler sur des sites historiques classés tels que la Médina de Tunis, Sidi Bou Said, Carthage, … Actuellement, conservatrice du palais Ennejma Ezzahra je suis tombée sous le charme de son site, de son architecture et de ses collections tout autant que de son histoire…”

Depuis Octobre 2015, Fatma Jabberi Farroukh est Architecte Principal, chef de service technique au Centre des Musiques Arabes et Méditerranéennes, chargée de la conservation du palais Ennejma Ezzahra à Sidi Bou Said. Membre ICOMOS Tunisie, elle est aussi membre de l’association de Sauvegarde des Monuments de Sidi Bou Said.
On part à la rencontre de la conservatrice du musée Ennejma Ezzahra qui nous parle immédiatement de sa conscience du « privilège de travailler dans un lieu magique ». C’est le « rêve pour tout architecte » nous assure-t-elle. Relève de Mounir Hentati, conservateur du musée durant 25 ans, Fatma Jabberi nous parle des « déclics » qui ont marqué son parcours.

Le 1er déclic en 2011 ou l’« euphorie » de la médina

Basculement de l’exercice libéral de la profession vers le monde du patrimoine en intégrant l’INP. Recrutée sur concours, elle plonge dans le travail de conservation du noyau historique de Tunis pendant un an, en ayant pour guide une collègue femme. Fatma Jabberi salue d’ailleurs l’entraide entre consoeurs et rend hommage à leur appui, battant ainsi en brèche la rumeur persistante de la venimeuse rivalité féminine dans le milieu du travail.
Dans la médina, le contact de Fatma Jabberi avec les habitants (qui l’adoptent comme « bint el 7ouma ») donne sens à son rôle d’architecte du patrimoine. Sa vision du patrimoine est claire: le patrimoine doit d’abord continuer à vivre et on se doit d’accompagner la dynamique existante et non la combattre.
« De Bab Jedid à la rue Hafsia, le chemin fût chargé de découvertes et ponctué de projets et de rêves pour un meilleur vécu de la Médina. » (voir Archibat 33)

Le second déclic ou le « bonheur pur» qui nait à Sidi Bou Said
En plus du centre historique de Tunis, Fatma Jabberi est chargée de travailler sur la conservation de Sidi Bou Said. Au moment du début de sa mission, la zaouia est incendiée. Elle est désignée comme architecte Chef de Projet dans la restauration du mausolée et y trouve une symbolique très forte ; l’expérience a marqué l’architecte passionnée du patrimoine car « un lien indéfectible s’est noué avec Sidi el Beji » selon ses dires.
Un travail sur le terrain commence avec une formidable participation des étudiants stagiaires (“Zaouiet Sidi Bou Said El Bèji, Restauration et mise en valeur” – Revue Archibat n° 37). Croyant fermement à l’indispensable implication des jeunes, Fatma Jabberi croit au travail sur le terrain et à la proximité avec les habitants. Sa capacité d’écoute lui fait souvent entendre dire qu’« il fallait bien qu’il y ait une femme dans l’équipe !».
La reconnaissance des habitants sur le terrain nourrit sa passion pour le patrimoine, bien plus que celle officielle. Ceci dit, le fait qu’on ait fait appel à elle pour la mission de coordination dans le réaménagement d’Ennejma Ezzahra, était « la meilleure des reconnaissances » selon l’architecte en disant en avoir tiré « une grande satisfaction ».
L’expérience sur le terrain, appuyée par l’approche intégrant le patrimoine dans la dynamique existante quotidienne des habitants, prend une autre dimension avec le projet de coopération internationale ArcheoMedSites. Fatma Jabberi y était responsable de la coordination avec les équipes techniques chargées du travail de relevé de documentation et de planification stratégique.
« Ce projet en effet, vise à accroître les capacités de planification stratégique dans la gouvernance et la gestion de certains sites archéologiques et historiques, » précise Fatma. « Il se fonde sur l’échange de savoir-faire et de bonnes pratiques en vue de l’adoption de mesures concrètes des plans de gestion et de maintenance. Les activités ont eu lieu en Italie, au Liban et en Tunisie. Les zones ciblées (Carthage et Kerkouane pour la Tunisie) sont ainsi des éléments potentiels pour une identité historique méditerranéenne respectant l’environnement, améliorant les cultures locales et ayant un impact positif direct sur la compétitivité des économies locales.»

Le 3ème déclic ou le « basculement poétique » avec la conservation du palais Ennejma Ezzahra
« Là, je suis chargée de missions de plus en plus ciblées vers une stratégie complète de gestion du musée », explique Fatma Jabberi.
« Le projet de réaménagement fût l’un des multitudes de projets à finaliser ou à développer. J’ai eu à superviser le projet de l’atelier du baron qui fut une renaissance au palais même (“Renaissance au palais Ennejma Ezzahra, Restauration de l’atelier de peinture de Rodolphe d’Erlanger” – Revue iddéco n° 28 ). Penser à la conservation de l’archive papier, planifier l’inventaire de la bibliothèque historique du baron, coordonner la logistique nécessaire aux événements musicaux (spectacles et concerts…) et beaucoup d’autres tâches d’entretiens et de mise en valeur. »
L’architecte et conservatrice d’Ennejma Ezzahra porte plusieurs idées de projets ayant pour but d’insuffler une nouvelle vie au palais :
créer un parcours interactif et ludique, installer une boutique-café du musée… « L’un des projets en cours de préparation est celui de la rénovation des garages du baron avec l’idée de les réhabiliter en tant qu’espace culturel polyvalent. Cela permettrait l’ouverture du site sur le village et pourquoi pas l’ouverture d’une boutique d’objets souvenirs s’inspirant des collections du palais.»
La conservatrice conçoit une véritable extension de vie résolument « contemporaine » pour le site : « Après le réaménagement des espaces extérieures mitoyens au bâtiment, il y a lieu de réfléchir sur la mise en valeur des alentours, voir le réaménagement du parcours vers la mer. Le site comprend près de 3 hectares de colline à l’état naturel. Le palais Ennejma Ezzahra est chargé de potentiel historique, architectural et naturel il se doit de rayonner tel son appellation
d’ “Etoile Resplendissante”. Il y a lieu de travailler sur plus d’ouverture et d’interactivité avec le public et les visiteurs. Beaucoup de rêves me stimulent telles que des nuits animées de lumières et un parcours sensoriel réveillant tous les sens, une salle d’interprétation au sein du palais usant de nouvelles technologie pour présenter au mieux l’histoire du lieu… »
Que ces rêves deviennent réalité, c’est tout ce que nous souhaitons pour notre étoile resplendissante.

Article paru dans Archibat n°47 – Août 2019

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