fbpx

Un Architecte, des métiers
Amel Souissi Talbi, fondatrice et directrice d’Archibat et iddéco
Architecte éditrice

Présentez-vous svp ?

Je suis architecte de formation, fondatrice et directrice générale de ABC – Architecture, Bâtiment et Communication, société d’édition et de communication qui publie les deux revues: Archibat, spécialisée en architecture et aménagement de l’espace, depuis l’année 2000 et iddéco spécialisée en décoration et art de vivre en Tunisie, depuis 2009. Les deux revues disposent aussi de sites web et nous organisons des séminaires et événements avec des partenaires institutionnels, ONG et associations.

Pouvez-vous nous parler de votre cursus académique et professionnel ?
Je suis architecte diplômée de l’ITAAUT. J’ai poursuivi après mon diplôme d’architecte des études spécialisées en conception assistée par ordinateur et gestion de projets à l’école spéciale d’architecture de Paris et j’ai poursuivi un DEA à l’école d’architecture de Paris Belleville intitulé, le projet architectural et urbain, théories et dispositifs. En marge de mes études post diplôme à Paris, j’ai acquis une expérience professionnelle de 4 ans dans différentes agences d’architecture à Paris avec un passage court à l’agence Cacoub notamment.

A mon retour en Tunisie, j’ai fait une expérience de pilotage de chantier en intégrant l’entreprise Bouygues qui était chargée de la construction de l’INSAT au centre urbain Nord. J’ai ensuite orienté ma carrière vers l’enseignement en assurant des cours de CAO au laboratoire informatique de l’ENAU. Après 4 ans d’enseignement, j’ai ouvert mon agence d’architecture et lancé en parallèle la revue Archibat. Après une période de vie familiale de quatre ans au Maroc et de retour en Tunisie, j’ai consacré depuis, ma carrière au domaine de l’édition en lançant une nouvelle revue, iddéco dédiée à la décoration, à l’art, au design et à l’artisanat, qui a pour objectif de promouvoir le lifestyle tunisien auprès d’un large public. 

Nous organisons aussi des séminaires et des workshops dans les domaines de l’architecture, du patrimoine, de l’urbanisme et du

bâtiment et nous publions d’ailleurs les comptes rendus, la synthèse des séminaires que nous organisons dans nos revues. Parmi les thèmes des séminaires que nous avions organisés : Quel devenir pour Tunis ?
en partenariat avec CILG-VNG International, la Municipalité de Tunis et l’ATU ; Défis du secteur du bâtiment et démarches innovantes en partenariat avec le CTMCCV et le Ministère de l’Equipement, de l’habitat et de l’aménagement du Territoire (MEHAT) ; L’architecture hospitalière, l’hôpital de demain, quels enjeux ? en partenariat avec les Ministères de l’Equipement et celui de la Santé ; Les défis de l’exportation des services de la maîtrise d’œuvre en partenariat avec le Cepex et le MEHAT et Villes et constructions durables en partenariat avec le bureau de contrôle Veritas. Nous essayons de suivre l’actualité de notre secteur, de susciter le débat autour des questions liées à l’avenir de l’architecture, de l’urbanisme, des systèmes constructifs innovants et de proposer des pistes de recommandations en relation avec les problématiques abordées.

Qu’est ce qu’un architecte éditeur ?

Dans mon cas, je suis une éditrice de publications spécialisées en architecture, urbanisme, patrimoine, décoration, art, design et artisanat. L’architecte est par essence un créatif, c’est une qualité essentielle pour un éditeur. C’est ce qui qui me passionne dans mon métier d’architecte éditeur, c’est d’être en perpétuel recherche et apprentissage intellectuel et d’avoir un large champ d’interventions, d’échanger et de communiquer sur des sujets passionnants en relation avec notre métier d’architecte ou avec d’autres experts spécialistes de la ville et du cadre bâti.

Quelles sont les qualités requises pour ce profil ?

La passion pour la lecture, pour la transmission et la communication, la curiosité, la rigueur et beaucoup de patience.

Comment est née Archibat ? Quels sont ses objectifs ?

Quand j’ai ouvert mon agence d’architecture en 1998, j’ai constaté le manque de sensibilisation du grand public quant à l’apport des architectes dans l’acte de bâtir, l’insuffisance d’informations sur le patrimoine architectural et sur les enjeux urbains dans le développement des villes. J’estime que l’absence de communication sur l’architecture fait partie des causes du manque de considérations, vis-à-vis des prestations de services des architectes. C’est ce qui m’a incité à lancer la revue Archibat, la première revue dédiée à l’architecture et à l’aménagement de l’espace avec l’aide d’un comité de rédaction composé d’éminents professeurs en architecture, Ali Djerbi, Leila Ammar, Achraf Bahri, Denis Lesage et Morched Chabbi, urbaniste. Plusieurs enseignants, architectes, urbanistes et journalistes ont aussi enrichi les publications d’Archibat au fil des 20 ans de son existence. L’objectif d’Archibat c’est d’ouvrir le débat, de susciter des réflexions sur les enjeux de l’architecture, les défis de l’aménagement urbain et paysager des villes, de promouvoir l’architecture de qualité dans notre pays et d’expliquer son empreinte sur notre société en devenir en espérant avoir suffisamment d’impact en tant que média pour que le rayonnement de l’architecture tunisienne puisse franchir les frontières. Fort heureusement depuis 2011, nous vivons une nouvelle ère de liberté d’expression et, croyant fermement que la pensée critique constructive pourrait faire avancer la situation de notre secteur, nous encourageons la publication des articles critiques. 

Notre objectif dans le futur, c’est de tirer profit des avantages du digital pour élargir notre champ d’action.

Comment arrivez-vous à résister face à l’aire de la digitalisation ?
La digitalisation offre un univers de possibilités et c’est une opportunité d’ouverture sur le monde. Nous avons lancé le premier portail d’information dédié aux secteurs de l’architecture et de la construction en Tunisie : www.archibat.info depuis 2009 et nous l’avons mis à jour récemment. Depuis 2019, nous avons aussi lancé le site dédié au grand public passionné du lifestyle tunisien : www.iddeco.info et nous sommes heureux de constater l’augmentation de notre audience avec des visiteurs provenant de plusieurs pays.

Nous envisageons de développer nos publications en utilisant les multiples atouts du digital. Nous offrons actuellement la possibilité de paiement en ligne pour l’achat ou l’abonnement à nos revues et nous allons proposer aussi des versions digitales d’abonnement à nos revues. La communication sur les réseaux sociaux est aussi un axe stratégique sur lequel nous travaillons.

A quel point les revues d’Archibat ouvrent le débat sur l’architecture et participent à vulgariser le rôle de l’architecte au grand public ?

Chaque numéro d’Archibat aborde un dossier précis et avec la contribution d’experts pluridisciplinaires, nous essayons de décrypter les tendances et de présenter l’évolution du thème abordé. Dans certains numéros, nous organisons des tables rondes pour ouvrir le débat et pour permettre l’échange entre différents experts spécialistes, universitaires et cadres fonctionnaires de l’administration. 

Dès le départ, la ligne éditoriale d’Archibat consiste à publier des articles accessibles au grand public et nous consacrons plusieurs reportages notamment, au thème de la maison, un sujet qui intéresse un large public. Parmi nos abonnés nous comptons plusieurs écoles d’architecture en Tunisie et à l’international, des promoteurs immobiliers, des médecins, des avocats, des experts comptables et cela me rend fière de participer à ma modeste échelle à vulgariser le rôle de l’architecte et à promouvoir l’architecture de qualité dans notre pays. 

Quels sont vos projets actuels, pour l’avenir ?

Nous entamons un projet à portée sociale et nous organisons en partenariat avec le bureau de Tunis d’ONU-Habitat et l’ENAU, un concours d’idées destiné à tous les étudiants inscrits dans les écoles d’architecture pour imaginer un habitat décent pour les sans-abris. Ce concours fait partie d’un programme d’ONU-Habitat intitulé : « Soutenir la réponse à la crise du COVID-19 dans les zones urbaines défavorisées de la région Arabe ». Le lancement de ce concours a eu lieu à l’ENAU, le 31 mars et l’objectif, c’est d’aboutir à des pistes de prototypes d’habitations économiques, éco-pensées et dignes pour les sans-abris. Les projets primés seront publiés dans la revue Archibat et le meilleur projet lauréat pourrait servir à la recherche de financement en vue de sa concrétisation en collaboration avec le Ministère des affaires sociales qui s’occupe de cette problématique et la municipalité de Tunis. Nous invitons les étudiants à participer nombreux à ce concours.

Un mot pour nos futurs architectes ?

Je souhaite un meilleur avenir à la nouvelle génération qui a eu la chance de grandir dans l’ère d’internet que je considère comme une bibliothèque infinie de savoir. J’espère qu’ils en tirent bénéfice pour élargir leurs horizons et s’ouvrir aux champs disciplinaires qui les attirent car la spécialisation en architecture ou les doubles diplômes dans des disciplines connexes comme l’urbanisme, la maîtrise d’ouvrage urbaine, le patrimoine, le bâtiment durable, les villes intelligentes, le BIM, ou d’autres spécialités innovantes, est un atout important pour qu’ils puissent trouver leurs voies futures en Tunisie ou ailleurs.

Article paru dans Archibat n°51 – Avril 2021

error: Content is protected !!
Retour haut de page