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Interview de Ines DAHMOUNI MIMITA
Architecte et Urbaniste

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Architecte, urbaniste, experte en certifications environnementales Internationales et fondateur de MD architectes, Ines Dahmouni travaille sur des projets d’architecture et d’urbanisme opérationnel. Riche d’une expérience de douze ans en France, Ines assure des missions complexes et diversifiées en Tunisie en France et en Afrique centrale. Outre les missions d’assistance à la certification environnementale auprès des maitres d’ouvrage et des équipes de maitrise d’œuvre, Inès collabore actuellement auprès du Groupe Samef à l’élaboration du programme national des villes durables en Tunisie pour le compte du Ministère de l’environnement et des affaires locales. 

Ines Dahmouni est diplômée de l’ENAU et de l’UP8 École d’Architecture de Paris Belleville. Elle est également référente HQE™ (haute qualité environnementale) en Aménagement Urbain, reconnue par Cerway et est titulaire de l’accréditation professionnelle américaine LEED®AP BD+C (Leadership in Energy and Environnemental Design in building Design and construction) délivrée par US Green Building Council.

Inès Dahmouni a donné plusieurs conférences en rapport avec l’aménagement du territoire, les ports et le développement durable notamment avec le GID (groupe interacadémique des sciences pour le développement), l’AVITEM (Agence Villes et Territoires Méditerranéens durables) ou encore le World Efficiency Solutions.

Femme et architecte, que vous inspire l’association de ces deux termes ?

Je pense que la compétence venant de la part d’une femme architecte étonne et est source de félicitations alors que les choses se passeraient de façon plus normale quand il s’agit d’architecte de la gente masculine. La réciproque, par contre, n’est pas vraie. Par ailleurs, la présence d’architecte femme sur le chantier reste sensible car il est courant que le chantier concentre toutes les tensions entre les différents intervenants. La présence de la gente féminine a tendance à modérer les expressions de colère. J’ai parfois des remarques du type « Vous n’étiez pas là la dernière fois, la réunion a dégénéré ! »

L’architecture n’est pas une question de genre ou plutôt ne l’est plus, même si le plafond de verre est toujours là. Ce qui prime c’est la compétence et la capacité à assurer des collaborations transversales. Aujourd’hui, plus que jamais, le secteur du bâtiment est en mutation profonde, avec les engagements de Paris pour le Climat d’un côté et les engagements vis-à-vis des objectifs du développement durable de l’ONU de l’autre côté, le secteur du bâtiment en Tunisie se trouve au cœur des problématiques du 21ème siècle. Comment aller vers des bâtiments 0 Energie, 0 carbone et 0 déchet tout en restant dans une économie de marché ? Voilà le défi qui attend l’ensemble des corporations professionnelles impliquées depuis la conception de la ville, à celle de l’immeuble ou de la maison. Nous assistons à un enchevêtrement d’enjeux et d’exigences sous la coupe du développement durable. La question du genre en architecture est d’un autre temps, si vous voyez ce que je veux dire…

Quels projets vous tiennent particulièrement à cœur ?

Lors de mon expérience parisienne au sein de l’agence Valode et Pistre architectes et VPcité urban Design (plus de cinq ans), j’ai travaillé sur le projet de SKOLKOVO INNOVATION CENTER en 2011.

Après avoir développé le projet en lotissement classique (tramage de voiries et d’ilots) par le bureau d’études techniques International ARUP, la fondation SKOLKOVO, consciente du rôle des architectes et des urbanistes dans la transformation et la valorisation des territoires, a décidé de changer de perspective et de faire intervenir 5 bureaux d’architectes et d’urbanistes de renommée. Parmi les équipes sélectionnées, on trouve également Herzog & de Meuron architects, SANAA Kazuyo Sejima architects, OMA Architect and Urban planner ainsi que Michel Desvigne pour les études de paysage.

Nous avons eu à élaborer le concept Master Plan et le cahier des charges architecturales et urbaines, la conception architecturale du Technoparc, ainsi que l’accompagnement du maître d’ouvrage dans le processus de certification environnementale américaine LEED ND (Neighbourhood Design). Le concept master plan, fruit d’un travail collaboratif et itératif très enrichissant, fut remodelé dans sa totalité; Le concept développé chez Valode et Pistre fut innovant et original et a même influencé les autres concepteurs. L’idée fut de développer un concept de clusters urbains disposés en réseau dans un parc écologique en continuité directe avec le parc à préserver. Avec ce concept, les barrières entre l’urbain et le végétal ont été gommées dans un souci de continuités paysagères, de corridors écologiques et de gestion des eaux pluviales intégrée.

Aujourd’hui, Skolkovo abrite des géants de la technologie : Boeing, Cisco, Ericsson, Général Electrics, IBM, Microsoft, Alstom, etc… Le Coprésident du conseil consultatif scientifique de la fondation Skolkovo, Mr Zhores Alferov, également vice-président de l’Académie des sciences de Russie, recteur de l’Université de Saint-Pétersbourg affirme :
« Skolkovo n’est pas un territoire. Skolkovo est une philosophie ».

Et aujourd’hui avec MD ARCHITECTES ?

Deux projets en particulier illustrent notre philosophie et notre expertise urbaine et technique :

Projet Lifoula Green Valley

Il s’agit d’un projet d’écoquartier sur 60 ha dans la banlieue nord de Brazzaville. Pour ce projet, nous avons adopté une approche contextuelle et durable, basée sur un processus de synthèse multi-échelles et multi-expertises. Le résultat fut assez intéressant, car cette approche scientifique de l’urbanisme durable a permis d’intégrer, en amont du projet, des notions clés du développement durable à savoir :
la protection des côtes naturelles, la gestion alternative des eaux pluviales en milieu urbain, la valorisation des corridors écologiques et de la biodiversité en ville.

Projet de réhabilitation des cliniques universitaires de Kinshasa

Ce projet de grande envergure (près de 30.000 m² de rénovation et 10.000 m² d’extension) concentre des difficultés diverses d’ordre technique et architectural notamment liés à la complexité du fonctionnement hospitalier existant. L’architecture hospitalière existante est typique du modernisme tropical de l’Afrique du Nord (1920) qui a largement inspiré les architectes belges au Congo dans les années 50, en intégrant des procédés d’architecture bioclimatiques. Les enjeux en termes d’amélioration de la qualité des soins publics hospitaliers à Kinshasa sont élevés et considérés comme prioritaires par l’État congolais. Le lancement des travaux de réalisation est prévu pour Octobre 2019. Notre approche a eu la satisfaction de la part des responsables politiques Congolais comme le ministre de la santé et le ministre de l’enseignement supérieur.

Article paru dans Archibat n°47 – Août 2019

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