À Gammarth, au nord de Tunis, le Game Art Park se présente comme le premier parc de loisirs écologique et inclusif de Tunisie. Ce projet associe matériaux locaux, réemploi et énergies renouvelables pour offrir un espace accessible à tous, où nature, culture et innovation architecturale s’entrelacent.
- Maître d’œuvre : Mr Najeh Ben Amna
- Maître d’ouvrage : Mr Mourad Chabchoub
- Date de début de chantier : 2021
- Date d’ouverture du parc : 13-08-2025
L’ouverture récente du Game Art Park à Gammarth, en banlieue nord de Tunis, marque une étape significative dans la conception des espaces publics en Tunisie. Présenté comme le premier parc de loisirs écologique et inclusif du pays et l’un des premiers du genre en Afrique, ce projet associe innovation architecturale, responsabilité sociale et engagement environnemental.
À l’origine de cette initiative se trouve Mourad Chabchoub, un Tunisien de retour au pays après plusieurs années passées à l’étranger. Animé par la volonté de conjuguer écologie, bien-être et distraction, il a choisi de mettre son expertise au service d’un projet qui intègre l’humain, la nature et la solidarité au cœur même de son concept.
Conçu par l’architecte Najeh Ben Amna, le complexe témoigne d’une ambition claire : offrir un lieu où nature, culture et accessibilité se rejoignent, répondant ainsi à des enjeux urbains, sociaux et écologiques majeurs.
Une architecture pensée pour l’inclusion
Le parc s’étend sur plus de 9 000 m² et adopte un plan d’aménagement novateur, rompant avec les modèles traditionnels. Les choix architecturaux privilégient :
- des allées larges de 2,20 m, permettant une circulation confortable et sécurisée pour tous, y compris les personnes à mobilité réduite (PMR) ;
- des infrastructures de loisirs spécialement conçues pour répondre aux besoins des enfants autistes et plus largement des usagers ayant des contraintes physiques ;
- une organisation claire et fluide, favorisant la cohabitation harmonieuse entre détente, animation et immersion dans la nature.

L’architecture traduit ici une vision humaniste et inclusive : au-delà de l’esthétique, elle affirme le principe du droit à la ville pour tous, souvent négligé dans les aménagements classiques. L’inclusion se traduit également dans la gestion : une partie du personnel employé dans le parc est en situation de handicap, renforçant ainsi l’exemplarité du projet.
Le programme architectural et fonctionnel
Le Game Art Park intègre plusieurs espaces distincts, chacun porteur d’une identité architecturale forte :
- Les éco-dômes en terre : construits avec des matériaux extraits sur site. En effet, une partie de la terre décaissée lors du chantier a été réemployée pour leur construction, réduisant ainsi l’empreinte carbone. Ces espaces sont destinés aux ateliers créatifs pour enfants. Leur isolation thermique et acoustique naturelle garantit un confort sans recours à l’énergie, en été comme en hiver.

- Le théâtre de plein air : construit à partir de pierres empilées et retenues par un maillage métallique, il reprend le principe du gabion. Cette technique, ancestrale et écologique, permet d’obtenir des structures solides et respirantes, tout en s’intégrant parfaitement à l’environnement naturel. Le résultat confère au lieu une dimension rustique.

- Les conteneurs réemployés : dans une logique de réutilisation, sept conteneurs forment la structure du restaurant. Cinq, installés au rez-de-chaussée, couvrent une surface de 250 m², tandis que deux autres, disposés en terrasse, ajoutent 100 m² supplémentaires. Ce choix architectural illustre la modularité et la flexibilité du réemploi, tout en valorisant une logique d’économie circulaire.

Des chalets légers, réalisés en structure métallique et bardés de bois, sont en cours d’aménagement. Ils accueilleront aussi bien des activités éducatives que des événements ou réunions. Le métal garantit robustesse et durabilité, tandis que le bois apporte chaleur et intégration paysagère.
-Les infrastructures ludiques en bois : fabriqués localement par des artisans tunisiens, ils évitent le recours à l’importation et réduisent ainsi l’impact carbone du projet.
–Une piscine lagon est prévue d’ici 2026, avec un plan d’eau de 30 x 11 m, une profondeur maximale de 1,40 m et une pente douce inférieure à 5 %. Son revêtement antidérapant en poussière de marbre assurera confort et sécurité, tout en permettant une accessibilité totale aux PMR.
Ce programme fonctionnel révèle une réflexion intégrée, où chaque élément architectural répond à un double objectif : utilité sociale et sobriété écologique.
L’écologie au cœur du projet
Le Game Art Park s’inscrit pleinement dans la stratégie nationale de transition écologique. Ses dispositifs écologiques illustrent une approche globale et innovante :
- des panneaux photovoltaïques d’une puissance de 80 kW seront installés sur les abris du parking extérieur, fournissant une énergie renouvelable tout en créant des zones d’ombre pour les véhicules,
- un système de récupération des eaux pluviales, stockées dans une citerne de 1 200 litres, permet de couvrir une partie des besoins en irrigation. Cette ressource est complétée par un sondage de 42 mètres de profondeur, offrant un apport souterrain régulier. Ensemble, ces dispositifs assurent une gestion de l’eau à la fois raisonnée et durable,
- une végétalisation diversifiée, intégrant près d’une vingtaine d’arbres fruitiers (bananiers, goyaviers, orangers, pommiers, poiriers, etc.), enrichit la biodiversité et crée des zones de fraîcheur.
- le réemploi des matériaux de chantier, notamment la terre extraite qui a été utilisée dans la construction des éco-dômes, minimisant ainsi déchets et transports.
- la piscine prévue bénéficiera d’un fonctionnement durable : alimentée par l’eau du sondage et par l’énergie solaire, elle sera entretenue par électrolyse, un procédé plus coûteux à l’installation mais plus écologique et bénéfique sur le long terme que le chlore.
Tous les travaux ont été réalisés par des entreprises, artisans et ouvriers tunisiens, valorisant ainsi un savoir-faire local. De plus, 99 % du personnel employé est originaire de Gammarth, ce qui renforce l’insertion locale et réduit l’empreinte carbone liée aux déplacements.
Ces choix traduisent une architecture du bon sens, qui valorise les ressources locales, réduit les importations et s’ancre dans une logique de résilience face aux défis climatiques.
Le projet a pu voir le jour grâce à la mise à disposition du terrain par la municipalité de La Marsa et sa délégation, à la suite d’un appel d’offres public. Cette synergie entre acteurs publics et privés illustre l’importance du partenariat local pour concrétiser ce type de projet qui s’intègre parfaitement à la stratégie nationale de la transition écologique.
Une dimension sociale et culturelle
Le Game Art Park se présente comme un véritable laboratoire socio-spatial, où l’architecture devient un outil de médiation sociale. Grâce à la diversité de ses espaces (ateliers créatifs, théâtre en plein air, parcours ludiques, zones de détente), il favorise les échanges entre générations et encourage la participation active de tous les publics. Il contribue ainsi à briser
les barrières sociales et physiques qui, trop souvent, limitent l’accès aux lieux de loisirs et de culture.
Pour les enfants en situation de handicap, le parc offre non seulement des équipements adaptés, mais aussi un environnement inclusif où la différence est intégrée comme une richesse. Pour les plus jeunes, il devient aussi un espace d’apprentissage concret, où la préservation de l’environnement se découvre à travers le jeu, la sensibilisation aux énergies renouvelables et le contact direct avec la biodiversité.
Enfin, la plantation symbolique de « l’Arbre de la paix », un olivier dédié à la résistance palestinienne, confère au projet une portée mémorielle et universelle. Cet acte inscrit le parc dans une dimension culturelle et politique plus large : il ne s’agit pas uniquement d’un lieu de loisirs, mais d’un espace porteur de valeurs, où se rencontrent mémoire, solidarité et aspiration à un avenir commun plus juste et durable.
Conclusion
Le Game Art Park de Gammarth dépasse largement le statut de parc de loisirs. Il incarne une philosophie architecturale nouvelle : écologique, inclusive et profondément humaine.
En privilégiant les matériaux locaux, le réemploi et les énergies renouvelables, il redéfinit les codes de l’urbanisme tunisien. Ce projet pionnier ouvre la voie à une réflexion élargie : comment repenser nos villes pour qu’elles soient durables, accueillantes et justes ?
Par cette démarche, ce projet rappelle que l’architecture n’est pas seulement une question de formes ou de matériaux, mais elle est aussi un vecteur de transformation sociale et environnementale, capable d’inspirer un futur urbain plus juste et plus humain.
Les informations présentées dans cet article proviennent en grande partie d’entretiens réalisés avec le maître d’ouvrage, M. Mourad Chabchoub, qui a aimablement accepté de partager sa vision, de répondre à nos questions et de nous fournir de précieuses explications sur la genèse et les ambitions de ce projet.
© photos Noura Khiari (septembre 2025)











