Et si le luxe de demain n’était plus dans la démesure, mais dans la cohérence ? En Tunisie, où le soleil façonne les paysages et les modes de vie, l’hôtellerie amorce une transition discrète. À rebours des standards importés, une nouvelle génération de projets cherche à réconcilier climat, territoire et expérience. Sobriété énergétique, matériaux locaux, labels environnementaux… et surtout : un regard neuf sur l’acte de bâtir dans un contexte en tension.
Territoire sous pression, territoire en mouvement
Des étés de plus en plus longs, une ressource en eau sous tension, un littoral vulnérable : la réalité climatique tunisienne est connue. Le fait que le secteur touristique consomme jusqu’à 30 % de l’eau potable sur les côtes est un chiffre choquant et très parlant. Mais au lieu d’y voir une fatalité, certains y lisent une opportunité de transformation. De plus en plus de porteurs de projets — hôteliers, architectes, aménageurs — prennent conscience qu’un hôtel responsable n’est pas un supplément d’âme, mais un levier de différenciation, d’optimisation et d’adhésion.
Architecture sobre, enracinée, intelligente
À Tozeur, Djerba, Tataouine ou même Hammamet, des projets hôteliers s’éloignent des gabarits standards pour puiser dans le génie du lieu. On redécouvre le bon sens thermique des murs en pierre ou en brique de terre comprimé (BTC). On réinvente la ventilation naturelle, le patio, l’ombrage végétal. On installe des capteurs solaires, pas pour cocher une case, mais parce que l’indépendance énergétique devient une donnée stratégique. Dans cette approche, l’architecture n’est plus un décor mais une interface sensible entre confort, climat et culture.
Labels : des balises plus que des décorations
Dans cet écosystème en mutation, les labels environnementaux jouent un rôle structurant. Ils balisent la trajectoire, responsabilisent, valorisent les efforts. Encore faut-il en comprendre la portée. En Tunisie, les plus déployés sont :
- Clé Verte, accessible, progressif, centré sur la gestion des ressources.
- Green Globe, plus exigeant, adapté aux établissements structurés ou en réseau.
- Écolabel Européen, reconnu pour la clientèle européenne, axé sur des performances mesurables.
- Travelife, adopté par plusieurs tour-opérateurs partenaires dans la région.
- EarthCheck, reconnu internationalement, parfois utilisé dans la région, notamment pour les établissements souhaitant une certification plus poussée.
Tous s’inscrivent, à des degrés divers, dans les standards du GSTC (Global Sustainable Tourism Council), cadre de référence mondial pour le tourisme durable qui définit des critères clairs en matière de gouvernance, d’impact environnemental, de responsabilité socioculturelle et d’expérience client. Le conseil discret : intégrer la réflexion sur le label dès la phase esquisse, avec les bons interlocuteurs (architecte, exploitant, auditeur). Ce n’est pas une case à cocher en fin de chantier, mais une direction à prendre collectivement.


Une dynamique réelle, encore à amplifier
Des formations émergent, des architectes s’engagent, des hôteliers témoignent de leur transition. L’État tunisien, via différents acteurs publics et privés, soutient cette dynamique par étapes. Mais pour que l’ensemble du secteur suive, il est sans doute temps de renforcer l’articulation entre stratégie territoriale, réglementations thermiques, mécanismes financiers et architecture, de mieux faire circuler l’information sur les outils existants et surtout d’ancrer l’écoconception comme un réflexe collectif, pas un bonus isolé. Par ailleurs, il est important de souligner que l’intégration de pratiques durables n’est pas uniquement une contrainte : elle permet souvent une réduction significative des coûts d’exploitation (énergie, eau, maintenance), tout en améliorant l’attractivité auprès d’une clientèle de plus en plus sensible à ces enjeux environnementaux. En clair : faire du durable un prérequis, pas un supplément.
Parole de référence internationale
« Intégrer la durabilité dès la conception est la meilleure façon d’assurer non seulement la pérennité environnementale, mais aussi la viabilité économique des projets touristiques. Le tourisme durable n’est pas un luxe, c’est une nécessité pour l’avenir. », Dr. Harold Goodwin, professeur en tourisme durable & conseiller GSTC
Bâtir, c’est déjà s’engager
L’hôtellerie tunisienne n’a pas besoin de modèles importés. Elle a besoin d’une vision locale, sobre et ambitieuse, portée par des architectes conscients, des maîtres d’ouvrage impliqués, des exploitants formés. Penser la durabilité dès la conception, c’est offrir au voyageur une expérience plus riche, plus humaine, plus juste. Et c’est donner à chaque bâtiment la chance de durer, de dialoguer avec son époque, et d’honorer son territoire.

Texte : Issam Riahi
Article paru dans Archibat n°65 – Octobre 2025, vous pouvez le commander ou vous abonner en ligne : https://archibat.info/shop/











