La première biennale panafricaine d’architecture a été annoncée et se tiendra à Nairobi en 2026. Nous avons rencontré son premier commissaire, l’architecte Omar Degan, pour discuter de la mission, de la vision et de l’envergure du festival.

L’événement se tiendra au Centre international de congrès Kenyatta (KICC). « Il s’agit d’un lieu hautement symbolique, construit au début de l’indépendance du Kenya et longtemps associé à l’unité panafricaine », souligne Degan. « Tout aussi symbolique est le fait que le Kenya autorise désormais les citoyens de presque tous les pays africains à s’y rendre sans autorisation préalable », poursuit-il. « Contrairement à de nombreux événements internationaux où les participants africains sont exclus en raison des restrictions de visa, cette biennale garantit l’accès des Africains. Et c’est essentiel. »
Degan souhaite créer une biennale qui « appartienne à toute l’Afrique ». Nous l’avons rencontré pour en savoir plus sur sa vision, la mission plus large de l’événement et ce que nous pouvons en attendre.

Discussion avec le commissaire d’exposition Omar Degan à propos de la Biennale panafricaine d’architecture 2026
Wallpaper* : Parlez-nous du thème et du concept principal de la biennale.
Omar Degan : Le titre de cette Biennale est : « Déplacer le centre : de la fragilité à la résilience ». Il ne s’agit pas seulement d’une ligne curatoriale, mais d’une prise de position politique. Ce titre remet en question la vision dépassée du monde qui perçoit l’Afrique comme fragile, passive ou dépendante. En réalité, l’Afrique ne se développe pas. L’Afrique se reconstruit après des siècles d’exploitation, de violence coloniale et de marginalisation délibérée. Cette biennale est un acte de recentrage, un appel à reconquérir l’espace et une affirmation que le savoir-faire architectural, les villes et les technologies africaines ne sont pas seulement pertinents, ils sont essentiels. Il est temps que le monde cesse de considérer l’Afrique comme un lieu à aider et commence à apprendre d’elle.

W* : Pourquoi cet événement est-il important à ce moment précis ? Quelle est sa signification ?
OD : Parce que l’Afrique est l’avenir – et pourtant, le monde continue de la reléguer au second plan. Cette contradiction n’est plus tenable. Berceau de l’humanité, source de savoirs ancestraux et moteur de la croissance mondiale de demain, l’Afrique abrite la population la plus jeune du monde et représentera la moitié de la croissance démographique mondiale d’ici 2050. Ses villes – Lagos, Kinshasa, Nairobi, Dakar – connaissent une expansion plus rapide que presque partout ailleurs sur la planète. Ses terres, riches en cobalt, lithium, terres rares, eau et sols arables, alimentent la transition écologique. Et pourtant, l’Afrique est toujours perçue comme étant en retard. Il ne s’agit pas de sous-développement, mais de désinformation. Un récit mensonger, délibérément construit pour perpétuer des siècles d’exploitation et de silence. L’architecture n’échappe pas à cette règle. Le discours international continue de marginaliser le design africain, à moins qu’il ne corresponde aux fantasmes occidentaux : décoratif, nostalgique, exotique.
Par Ellie Stathaki
Source : www.wallpaper.com










