Onze étudiants issus de cinq établissements d’enseignement supérieur tunisiens ont participé à l’édition inaugurale du concours international The Architect’s Stair, organisé par Buildner Architecture Competitions. Leur proposition, développée dans le cadre de Façi’Lab, figure parmi les projets retenus à l’issue de la sélection. Ce concours à programme ouvert invitait les participants à interroger l’escalier au-delà de sa fonction utilitaire, en tant qu’objet conceptuel susceptible de produire du sens. En l’absence de site imposé ou de commanditaire, l’exercice plaçait les équipes face à une question fondamentale : que peut encore signifier un dispositif architectural aussi élémentaire que l’escalier ?
FICHE SIGNALÉTIQUE DU PROJET Concours : The Architect's Stair – Édition #1 | Buildner Architecture Competitions | 2025-2026 Écoles participantes : École Polytechnique de Sousse (EPS) | EPI Sousse | E N A U | UIK | Institut Supérieur des Beaux-Arts de Sousse (ISBAS) Participants : Hassen Bedbebis, Elyes Ouardani, Ahmed Boukadida, Rostem Bellili (EPS) | Iyed Krifa, Sarra Guedouar, Islemm Bouzaiene, Nour Elhouda Derbala (EPI) | Bochra Ben Abdallah (ENAU) | Yasmine Hakim (ISBAS) | Kenza Guetat (UIK) — ancienne stagiaire, relecture critique Encadrement pédagogique : Lydia Laribi (architecte) | Ibtissem Mleyah (architecte d'intérieur) | Fethi Ben Hassen (technicien coordinateur) Assistance & conseil : Mehdi Belhadj (architecte) | Walid Laataoui (paysagiste) | Malek Laataoui (architecte-urbaniste) Structure : Atelier Façila – Architectures & Paysages / Façi'Lab | www.atelierfacila.com
Un cadre pédagogique expérimental
Façi’Lab s’inscrit dans une démarche de formation complémentaire aux cursus académiques. Il accueille des étudiants et jeunes diplômés issus de disciplines variées, dans un cadre qui privilégie l’expérimentation et le travail collectif.
Les activités s’organisent autour de trois orientations principales. La première concerne des projets de réhabilitation et de transformation, abordés à partir de situations réelles, permettant d’articuler réflexion conceptuelle et contraintes opérationnelles. La deuxième repose sur la participation à des concours internationaux, envisagés comme des espaces d’exploration et de mise en perspective. La troisième porte sur la structuration progressive d’une posture professionnelle, à travers le travail en équipe, la confrontation critique et la gestion de projets.
Depuis plusieurs années, certains projets développés au sein du laboratoire donnent lieu à des réalisations concrètes, notamment des aménagements destinés aux espaces de travail eux-mêmes. Cette démarche vise à introduire une continuité entre conception, mise en œuvre et usage.
Aether Steps : une hypothèse située
Le projet présenté, intitulé Aether Steps, prend place dans le paysage du Chott el-Jérid, au sud-ouest de la Tunisie. Il s’appuie sur l’hypothèse d’une trame géométrique à grande échelle, dont certaines interprétations font remonter l’origine à des logiques anciennes d’organisation du territoire.
L’intervention se déploie dans une unité de cette grille, sous la forme d’un volume carré en pisé. La construction s’élève par degrés successifs, carré après carré, formant un escalier qui n’est pas une liaison verticale mais un geste vers le ciel : une plateforme d’observation astronomique ouverte, orientée plein nord avec une légère rotation de 6,5 degrés par rapport à la grille historique, pour aligner la structure sur les mouvements célestes.
Ce principe en gradins relève également d’une logique constructive, permettant une répartition des charges vers le centre des murs et rendant possible une mise en œuvre en pisé autoportant.
À sa base, un dispositif de collecte des eaux pluviales alimente une citerne, envisagée comme point de départ d’une végétalisation progressive. Cette dimension introduit une articulation entre geste architectural et processus écologique, sans prétendre à une transformation immédiate du site.
Le projet peut ainsi être compris comme une installation à usages multiples : point d’observation, repère spatial, ou encore support d’actions ponctuelles. Sa portée réside moins dans sa matérialité que dans les relations qu’il propose d’établir entre territoire, mémoire et pratiques contemporaines.


Une démarche collective
L’équipe réunie pour ce projet associe des étudiants de différentes écoles, ainsi que des encadrants issus de champs complémentaires. Cette diversité participe d’une approche pédagogique qui privilégie la confrontation des points de vue et la complémentarité des compétences.
L’encadrement a été assuré par l’équipe de l’Atelier Façila, avec la contribution ponctuelle d’intervenants extérieurs. L’ensemble du processus s’est appuyé sur un travail itératif, mêlant production, discussion critique et ajustements successifs.
Depuis 2020, Façi’Lab construit son propre cadre de travail : chaque aménagement est conçu, discuté et réalisé par les promotions successives. La table d’architecte en béton et verre, produite in-situ, en est l’exemple le plus visible — un objet né de la confrontation des idées, du dessin à la main, du chantier. En phase APD, un amphithéâtre de 25 places à structure autoportante en cageots de plastique récupérés prolonge cette démarche : les stagiaires y conçoivent l’espace qu’ils habiteront. Ici, l’atelier n’est pas un décor : il est le premier projet de ceux qui le fréquentent.
Enjeux et perspectives
La sélection de ce projet dans un cadre international ne constitue pas uniquement une reconnaissance ponctuelle. Elle met en évidence la capacité d’étudiants formés en Tunisie à développer des propositions inscrites dans des problématiques contemporaines, tout en mobilisant des références locales.Elle invite également à considérer les espaces pédagogiques alternatifs comme des compléments possibles aux dispositifs institutionnels, notamment lorsqu’ils permettent d’articuler expérimentation, production et réflexion critique.
Dans ce contexte, Aether Steps apparaît moins comme un objet isolé que comme le résultat d’un processus collectif, inscrit dans une dynamique de recherche et d’apprentissage.
Article paru dans Archibat n°67 – Mai 2026, vous pouvez le commander ou vous abonner en ligne : https://archibat.info/shop/
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