La première édition du colloque international « Cours et Patios en Méditerranée » s’est tenue du 12 au 15 février 2026 à la demeure historique de Dar Lasram, au cœur du site historique de la Médina de Tunis classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979.
Organisée par L’École Nationale d’architecture et d’Urbanisme (ENAU), le Laboratoire d’Archéologie et d’Architecture Maghrébine (LAAM) – Université de la Manouba (UMA), le Laboratoire de Recherche en Patrimoine et Architecturologie (LarPA) – Université de Carthage (UCAR) et le Laboratoire Ville Durable et Environnement Construit (VDEC) – Université de Carthage (UCAR), en partenariat avec l’Association de Sauvegarde de la Médina de Tunis (ASM), l’Association Villes Historiques de la Tunisie et de la Méditerranée (AVHTM) et l’association l’Art Rue, la première édition du colloque international « Cours et Patios en Méditerranée ».
Le colloque « Cours et Patios en Méditerranée » a été conçu sous forme d’une rencontre méditerranéenne transdisciplinaire se déployant en immersion au sein même du site historique de la Médina. Les participants, venus de plusieurs villes méditerranéennes et issus d’horizons intellectuels variés, ont été logés dans le tissu ancien, au plus près des lieux de déroulement des activités : conférences, exposition artistique, performance musicale, dîner collectif et visites de patios.
Les temps scientifiques et artistiques se prolongeaient ainsi dans des parcours déambulatoires quotidiens reliant les différents moments du programme : de Dar Ben Gacem, maison d’hôtes, au lieu des conférences à Dar Lasram, à Dar Bach Hamba lieu du spectacle musical, jusqu’aux visites guidées des patios conduites par des experts du patrimoine le dernier jour.
Ces traversées quotidiennes ont permis d’inscrire l’archétype du patio dans son contexte vivant, en le reliant à des échelles spatiales et sociales élargies, enrichissant ainsi sa lecture et sa compréhension.
Le site historique n’a, en réalité, fait que renforcer une ambiance à la fois conviviale et d’une véritable richesse académique, réunissant architectes, ingénieurs, historiens, archéologues, philosophes, sociologues, chercheurs en littérature, artistes et étudiants, issus de dix villes méditerranéennes ainsi que des États-Unis et du Mexique.
Dans un élan collectif, nourri de différences et de diversités, le colloque a ainsi constitué un moment rare pour échanger autour d’un archétype d’une longévité et d’une richesse remarquables. Si l’intérêt pour cet archétype n’est pas nouveau – comme en témoigne l’abondante littérature qui lui est consacrée – c’est bien la volonté d’en renouveler le regard et d’en explorer le potentiel, afin de mieux penser l’habiter à la lumière des enjeux contemporains, qui fonde cette rencontre.
Pour mener cette réflexion collective et transdisciplinaire, les communications scientifiques, les retours d’expérience des architectes praticiens et les productions iconographiques des artistes se sont articulés autour de quatre axes thématiques, annoncés dès l’argumentaire du colloque comme étant intrinsèquement liés. La particularité du colloque réside également dans le format choisi par ses organisateurs, visant à faire de cette rencontre une véritable occasion d’établir des ponts entre la recherche en architecture et sa pratique. Il s’agissait d’abord de replacer cette recherche là où elle devrait toujours se situer : au confluent des regards portés par les sciences sociales, les arts et les sciences de l’ingénieur et de l’environnement, tout en favorisant une réflexion conjointe entre théoriciens et praticiens. Le renouvellement d’une pratique architecturale située et innovante apparaît, à ce titre, indissociable de cette mise en relation. C’est dans cet esprit que la composition du programme a été d’ailleurs pensée.
Au-delà de sa dimension académique, l’événement s’est affirmé comme une véritable manifestation culturelle, où conférences, débats, rencontres avec les habitants de la Médina, visites immersives et interventions artistiques ont constitué une expérience à la fois intellectuelle et sensible, en résonance étroite avec le site qui l’a accueillie. Cette première édition a constitué ainsi, pour ses organisateurs, l’occasion d’inscrire Tunis comme un véritable point de convergence méditerranéen, à la croisée des dynamiques intellectuelles, artistiques et patrimoniales où les idées peuvent se rencontrer dans le respect des différences et la diversité des cultures. Les échanges furent avant tout humains, sincères et profondément enrichissants, portés par un horizon commun.
Enfin, le colloque a affirmé une dimension transgénérationnelle essentielle, en inscrivant la transmission des savoirs et la continuité de la pensée au cœur de sa démarche. Symboliquement, son ouverture et sa clôture ont été confiées à deux figures tunisiennes issues de générations différentes, soulignant l’ancrage local de cette réflexion tout en l’inscrivant dans une dynamique méditerranéenne et internationale.
VISITES IMMERSIVES ET EXPOSITION DES ARTISTES ET ETUDIANTS
Dès le premier jour du colloque, un temps fort vient marquer l’ouverture : le vernissage d’une exposition réunissant photographies et dessins, fruits d’un travail de terrain mené en amont.
Dans une volonté d’élargir le regard porté sur l’objet du colloque, des artistes visuels et des étudiants de l’ENAU ont été invités à prendre part à trois visites immersives, organisées les 1er et 15 novembre, puis le 26 décembre 2025. Accompagnés de la responsable scientifique du colloque et des experts du patrimoine Jamila Binous, Feïka Bjaoui et Zoubeir Mouhli, ils ont exploré la richesse et la diversité des patios de Tunis.
Cette traversée a révélé une palette architecturale particulièrement riche, faisant apparaître un archétype pluriel : patios habités, en chantier ou reconvertis, modestes ou monumentaux, en rez-de-chaussée ou à l’étage, uniques ou démultipliés, associés à des dispositifs de transition plus ou moins développés. S’y expriment la sobriété des parements en pierre hérités de l’époque hafside comme l’éclat des décors husseinites en céramique, la présence variable du végétal, ainsi que des dispositifs hydrauliques dédiés au rafraîchissement de l’air ou à l’acheminement et au stockage de l’eau, etc.
L’ensemble de ces explorations, éclairées par la mise en récit des pratiques habitantes, a permis d’inscrire le patio dans un système domestique élargi, à l’intersection des lectures spatiale, sociale et sensible, en résonance avec les axes transversaux du colloque.
Portés par cette expérience collective, artistes et étudiants ont produit des « arrêts sur image », captations sensibles de terrain transformant l’observation en matériau de réflexion, contribuant ainsi à enrichir la démarche transdisciplinaire engagée par le colloque.
SPECTACLE MUSICAL « NAFASS, CONCERT DE CHANTS SACRES DU MONDE » – Alia Sellami et son ensemble musical « ALOÈS » : Alia Sellami, Omar Darrar et Fahed Abda
En écho au troisième axe du colloque programmé le même jour, Le spectacle Nafass, concert de chants sacrés du monde, porté par Alia Sellami et l’ensemble Aloès, a offert une expérience d’écoute et de résonance partagée. Présentée dans la chapelle de Dar Bach Hamba, siège de l’association L’Art Rue, cette performance a cappella a permis une immersion dans les répertoires sacrés d’une vingtaine de pays et de traditions musicales.
À travers cette traversée vocale, les artistes faisaient émerger la proximité des expressions du sacré, dans une recherche d’unité au cœur de la diversité des langues et des esthétiques. Au-delà de sa dimension artistique, Nafass apparaît ainsi comme une expérience sensible qui prolonge l’esprit du colloque : celui d’un espace méditerranéen où la diversité des expressions révèle un horizon commun d’humanité.
VISITES GUIDEES
Dans une logique de continuité et de clôture du colloque, les participants et invités ont pris part à des visites de patios guidées par des experts du patrimoine, prolongeant ainsi l’expérience immersive au-delà du temps académique. Ces parcours de fin de colloque ont permis de réactiver, in situ, les questionnements soulevés lors des journées scientifiques, à travers une expérience sensible de la Médina.
Le patio en Méditerranée : clés de lecture et axes de réflexion
(RESUME DE L’ARGUMENTAIRE DU COLLOQUE CPMED26)
La maison à cour ou à patio, fondée sur l’appropriation intime d’un fragment de ciel au cœur de l’espace domestique, constitue l’un des archétypes les plus persistants de l’habitat humain.
Présente dans des contextes culturels, historiques et géographiques variés — du monde gréco-romain à l’Égypte antique, de la Chine impériale aux villes arabo-islamiques, jusqu’aux territoires latino-américains — cette forme spatiale universelle témoigne d’une remarquable capacité d’adaptation. En Méditerranée, elle acquiert toutefois une dimension emblématique, incarnant une manière d’habiter profondément enracinée dans les réalités climatiques, sociales et culturelles de la région.
Redécouverte au XXe siècle par les architectes modernes, puis réinvestie par les courants du régionalisme critique, elle a constitué un levier de renouvellement de la pensée architecturale, notamment dans le domaine de l’habitat à travers les expérimentations menées dans différents contextes, des pays du Maghreb à l’Europe du Nord.
Aujourd’hui, face aux mutations profondes qui caractérisent le début du XXIe siècle, la maison à cour ou à patio retrouve une actualité particulière. Dans un contexte d’urgence climatique, elle apparaît comme une source précieuse d’enseignements, notamment en matière de régulation thermique passive, de gestion des ressources et d’adaptation aux milieux. Les dispositifs spatiaux ainsi que les pratiques habitantes qui les accompagnent, révèlent une intelligence empirique de l’environnement, susceptible d’inspirer des formes d’habitat plus durables et résilientes.
Mais l’intérêt renouvelé pour le patio ne se limite pas à ses performances bioclimatiques. Il engage également une réflexion plus large sur la qualité de l’espace habité et sur les dimensions sensibles, sociales et symboliques de l’architecture. Dans un monde marqué par l’accélération des modes de vie et l’individualisation croissante des pratiques, le patio peut être envisagé comme un lieu de médiation entre l’individu et son environnement, un espace de transition entre le dedans et le dehors, entre l’intime et le collectif. Par sa capacité à produire des atmosphères singulières, il participe à une expérience multisensorielle de l’habiter, susceptible de nourrir un sentiment de bien-être et de « résonance » avec le monde.
Cette dimension phénoménologique, voire ontologique, confère au patio une portée qui dépasse la seule matérialité architecturale. En tant qu’espace orienté vers le ciel, il instaure un rapport particulier à la nature et au cosmos, souvent investi de significations symboliques ou spirituelles. Dans les traditions méditerranéennes, il peut ainsi être perçu comme le cœur vivant de la maison, un espace de convergence où se déploient à la fois les pratiques quotidiennes et les rituels collectifs.
C’est à partir de ces multiples dimensions interdépendantes que le colloque « Cours et patios en Méditerranée » propose d’interroger cet archétype architectural. Adoptant une approche résolument pluridisciplinaire, il réunit architectes, historiens, anthropologues, sociologues, philosophes, climatologues, artistes et praticiens autour d’une réflexion commune sur les formes et les significations de l’habiter. L’objectif étant de croiser les regards afin de mieux comprendre les logiques spatiales, sociales et sensibles à l’œuvre dans les architectures de la cour et du patio, et d’en explorer les potentialités contemporaines.
Quatre axes thématiques structurent cette réflexion. Le premier envisage la cour et le patio comme des éléments centraux de l’habitat méditerranéen, en tant que supports de pratiques socio-spatiales et révélateurs d’identités culturelles. Le deuxième se concentre sur leurs dimensions bioclimatiques et ambiantales, en analysant les dispositifs de régulation thermique et les savoir-faire associés. Le troisième explore le patio comme lieu d’expériences phénoménologiques, interrogeant ses qualités sensibles, esthétiques et symboliques, ainsi que son potentiel d’inspiration artistique.
Enfin, le quatrième axe s’intéresse aux réinterprétations modernes et contemporaines de cet archétype, en examinant les expérimentations architecturales du XXe siècle et leurs résonances actuelles.
En croisant contributions scientifiques, retours d’expérience et expressions artistiques, le colloque ambitionne ainsi de renouveler la compréhension de la maison à cour ou à patio, en la considérant à la fois comme une forme héritée et un horizon de projet. Dans un monde en quête de nouveaux équilibres entre l’homme, la société et son environnement, cet archétype apparaît plus que jamais comme une ressource fertile pour repenser les manières d’habiter.
PRESIDENTE DU COLLOQUE : Leila AMMAR, architecte, Professeure ENAU-UCAR, chercheure LAAM RESPONSABLE SCIENTIFIQUE ET COORDINATRICE DU COLLOQUE : Narjes BEN ABDELGHANI, architecte, Maître-Assistante ENAU-UCAR, chercheure LAAM COMITE DE PILOTAGE ET DE REDACTION DE L’ARGUMENTAIRE Leila AMMAR, architecte, Professeure ENAU-UCAR, chercheure LAAM Narjes BEN ABDELGHANI, architecte, Maître-Assistante ENAU-UCAR, chercheure LAAM Alia SELLAMI, architecte, Maitre de conférences ENAU-UCAR, LarPA-ERA Imen LANDOULSI, architecte urbaniste Atmosphères, enseignante ENAU-UCAR, chercheure LarPA-ERA Salma GHARBI, architecte, enseignante ISTEUB-UCAR, chercheuse LarPA-ERA COORDINATRICE DU COMITE D’ORGANISATION : Salma GHARBI, architecte, enseignante ENAU ISTEUB- chercheure LarPA-ERA COMITE D’ORGANISATION : Samia AMMAR, UMA, LAAM Ahlem BEN ABDESSALEM, UMA, LAAM Narjes Ben ABDELGHANI, UMA, LAAM Esmahen BEN MOUSSA, UMA, LAAM Chiraz CHTARA, UCAR, LarPA/ERA Salma GHARBI, UCAR, LarPA/ERA Asma GUEDRIA, UCAR, LarPA Nour El Houda JOUINI, UCAR, LarPA/ERA Imen LANDOULSI, UCAR, LarPA/ERA Alia SELLAMI, UCAR, LarPA/ERA Afef TRABELSI, UMA, LAAM Imène ZAAFRANE UCAR, VDEC COMITE SCIENTIFIQUE : Beya ABIDI, Université de La Manouba, LAAM (TU) Georges ARBID, Arab Center for Architecture (LB) Leila AMMAR, Université de La Manouba, LAAM (TU) Narjes BEN ABDELGHANI, Université de La Manouba, LAAM (TU) Mohamed-Ali BERHOUMA, Université de Carthage, ISBAN (TU) Marc BREVIGLIERI, EHSS (CH), Cresson Grenoble (FR) Mariame CHAHBI Ecole Supérieure d’Architecture de Rabat (MA) Catherine COMPAIN-GAJAC, DOCOMOMO (FR) Maria DA CONCEIÇÃO LOPES, Universidade de Coimbra (PT) Carmen GONZALEZ, La Universidad de Córdoba Salma GHARBI, UCAR- ISTEUB/ENAU, LarPA/ERA Mohamed Sadok GUELLOUZ, Université de Monastir, LESTE (TU) Fakher KHARRAT, Université de Carthage, LarPA/ERA (TU) Imen LANDOULSI, Université de Carthage, LarPA/ERA (TU) Sihem NAJAR, Université de La Manouba, LTMC (TU) Philippe RHAM, ENSA Versailles (FR) Alia SELLAMI, Université de Carthage, LarPA/ERA (TU) Ahmed SAADAOUI, Université de La Manouba, LAAM (TU) Paola ZANOVELLO, Università degli Studi di Padova (IT) Yadh ZAHAR, Université de Carthage, VDEC (TU) CONCEPTION GRAPHIQUE ET COMMUNICATION VISUELLE Feriel Mesbah, étudiante ENAU Yosr Ammar, étudiante ENAU Mohamed Ben Othmen, étudiant ENAU Mohamed Yessine Ayeb, étudiant ENAU
Texte : Narjes Ben Abdelghani, Responsable scientifique et coordinatrice du colloque CPMED26
Article paru dans Archibat n°67 – Mai 2026, vous pouvez le commander ou vous abonner en ligne : https://archibat.info/shop/
Disponible en kiosque, librairies et en ligne














