Baku accueille le plus grand rendez-vous mondial de l’urbanisation durable
Du 17 au 22 mai 2026, la ville de Baku, en Azerbaïdjan, a accueilli la treizième édition du World Urban Forum (WUF13), le principal forum mondial consacré à l’urbanisation durable, organisé par UN-Habitat. Créé par les Nations Unies en 2001, le World Urban Forum constitue aujourd’hui la plus importante plateforme internationale de dialogue entre gouvernements, collectivités locales, urbanistes, architectes, chercheurs, entreprises, organisations de la société civile et institutions internationales engagés dans la transformation des villes.

Cette édition 2026 s’est tenue sous le thème : « Housing the World: Safe and Resilient Cities and Communities » (Loger le monde : des villes et des communautés sûres et résilientes). Un thème qui reflète l’urgence croissante de la crise mondiale du logement et la nécessité de replacer l’habitat au centre des politiques de développement urbain.
Une crise mondiale du logement sans précédent
Selon les données présentées lors du forum, près de trois milliards de personnes dans le monde vivent aujourd’hui dans des conditions de logement inadéquates. Plus de 1,1 milliard d’habitants résident dans des quartiers informels ou des bidonvilles, tandis que plus de 300 millions de personnes sont confrontées à des situations de sans-abrisme. Cette réalité est aggravée par les effets du changement climatique, les conflits, les déplacements de populations et l’accroissement des inégalités socio-économiques. (WUF)
Face à ces défis, le WUF13 a rappelé que le logement ne peut plus être considéré comme un simple produit immobilier. Il constitue un droit fondamental, un levier de résilience climatique, un moteur de développement économique et un facteur essentiel de cohésion sociale. (WUF)
Six grands dialogues pour repenser les politiques urbaines
Le programme du WUF13 s’est articulé autour de six dialogues internationaux consacrés aux principales dimensions de la crise du logement :
- La crise mondiale du logement et les réponses à mettre en œuvre ;
- La transformation des quartiers informels ;
- Le rôle du logement dans la reconstruction post-crise ;
- Les liens entre logement et changement climatique ;
- L’impact social et économique de l’habitat ;
- Les nouveaux modèles de financement du logement.
Ces discussions ont mis en évidence la nécessité d’adopter des approches intégrées associant planification urbaine, sécurité foncière, infrastructures, inclusion sociale, adaptation climatique et gouvernance locale.
Le logement comme fondement de villes résilientes
L’un des messages forts du forum est que la question du logement doit être abordée à l’échelle des systèmes urbains. Il ne s’agit plus seulement de construire davantage de logements, mais de développer des quartiers complets offrant accès aux services, à la mobilité, aux espaces publics, à l’emploi et aux équipements collectifs.
Les experts ont souligné que les solutions existent déjà : rénovation des quartiers informels, développement du logement abordable, réhabilitation du bâti existant, construction bas carbone, innovations financières, renforcement des partenariats public-privé et participation citoyenne. L’enjeu réside désormais dans leur mise à l’échelle.
Un rendez-vous stratégique pour la mise en œuvre du New Urban Agenda
Le WUF13 intervient à un moment charnière. Dix ans après l’adoption du New Urban Agenda lors de la conférence Habitat III, le forum constitue une étape majeure d’évaluation des progrès accomplis et des actions encore nécessaires pour atteindre les Objectifs de Développement Durable liés aux villes et aux établissements humains. Les conclusions du forum alimenteront également les futurs travaux des Nations Unies sur la mise en œuvre de cet agenda mondial.
Quels enseignements pour la Tunisie ?
Pour la Tunisie, les débats du World Urban Forum résonnent particulièrement avec les enjeux actuels du territoire : accès au logement abordable, maîtrise de l’étalement urbain, rénovation des centres anciens, adaptation aux risques climatiques, développement des villes intermédiaires et transition vers un cadre bâti plus durable.
Alors que la Méditerranée figure parmi les principaux « hotspots » climatiques mondiaux, les enjeux du logement, de la résilience urbaine et de la qualité du cadre bâti prennent une importance stratégique pour la Tunisie. Le WUF13 rappelle avec force qu’investir dans le logement durable et abordable, c’est investir dans la capacité des villes à faire face aux défis environnementaux, sociaux et économiques de demain.
Le message de Baku est clair : le logement n’est pas uniquement une question d’habitat. Il constitue le socle sur lequel se construisent des villes inclusives, résilientes et durables pour les générations futures.
5 leçons du WUF13 pour les villes tunisiennes 1. Faire du logement un pilier des politiques urbaines Le logement ne doit plus être considéré comme une simple réponse à la demande immobilière, mais comme un levier de cohésion sociale, de développement économique et de résilience territoriale. Les politiques publiques doivent favoriser un habitat accessible, de qualité et connecté aux services essentiels. 2. Renforcer la résilience face aux changements climatiques Dans une région méditerranéenne particulièrement vulnérable aux aléas climatiques, les villes tunisiennes doivent intégrer davantage les enjeux d'adaptation dans la conception des quartiers, des infrastructures et du cadre bâti : gestion de l'eau, réduction des îlots de chaleur, végétalisation et protection des zones à risque. 3. Miser sur la réhabilitation avant l'extension urbaine La valorisation des centres-villes, des quartiers anciens et du patrimoine bâti constitue une alternative durable à l'étalement urbain. Réhabiliter l'existant permet de préserver les ressources foncières tout en améliorant la qualité de vie des habitants. 4. Développer une gouvernance urbaine collaborative Le WUF13 a souligné l'importance d'associer collectivités locales, citoyens, professionnels, universités, secteur privé et société civile dans la conception et la mise en œuvre des projets urbains. La ville durable se construit collectivement. 5. Investir dans des villes inclusives et humaines Au-delà des infrastructures, la qualité d'une ville se mesure à sa capacité à offrir des espaces publics de qualité, des services de proximité, des mobilités accessibles et un environnement favorable au bien-être de tous. Les villes de demain devront être à la fois plus durables, plus résilientes et plus inclusives. Le principal enseignement du WUF13 est sans doute que l'avenir des villes ne se joue pas uniquement dans les grands projets urbains, mais dans la capacité à garantir à chaque citoyen un logement digne, un cadre de vie de qualité et une ville capable de répondre aux défis climatiques, sociaux et économiques du XXIe










