Comment mobiliser l’architecture, le patrimoine et les outils numériques pour mieux comprendre les territoires et accompagner leur transformation ? C’est l’une des questions au cœur des travaux menés par Wiem Alimi, architecte et doctorante entre la Sapienza Università di Roma et l’Université de Carthage, dans le cadre du Knowledge and Scientific Network (KSN) de la Local2030 Coalition.
Présentés lors de l’atelier de restitution du projet KSN, organisé le 2 juillet 2026 autour du thème « De la recherche à l’action : mobiliser les connaissances et les données probantes pour un impact local sur les ODD », ses travaux proposent une réflexion sur le rôle de l’architecture et du patrimoine dans la localisation des Objectifs de développement durable (ODD) en Tunisie. Il s’agit d’un projet ayant duré 18 mois, mis en œuvre par ONU-Habitat et le Cespi avec le soutien du ministère italien des Affaires Etrangères et de la Coopération Internationale, en collaboration avec les acteurs locaux et dans l’esprit de localisation des ODD.
Le patrimoine comme infrastructure de connaissance
L’approche développée par Wiem Alimi ne cherche pas simplement à documenter le patrimoine. Elle propose un changement de regard : considérer le patrimoine comme une véritable infrastructure de connaissance, capable d’alimenter les politiques publiques, les stratégies climatiques et les réflexions sur les futurs de l’habitat.
Au cœur de cette recherche se trouve l’archipel de Kerkennah, un territoire particulièrement vulnérable face aux changements climatiques, à l’érosion côtière et à la transformation progressive de son tissu urbain et architectural.
Pour répondre à cette fragilité, Wiem Alimi documente ce génie urbain et architectural insulaire en développant un jumeau numérique fondé sur le HBIM (Heritage Building Information Modeling).
La Zaouia de Sidi Fradj constitue le prototype de cette démarche. Elle révèle un paradoxe majeur : alors que l’architecture vernaculaire de Kerkennah témoigne de pratiques d’adaptation et de durabilité développées au fil des générations, une grande partie de ce patrimoine reste encore absente des archives institutionnelles et des systèmes de connaissance territoriale.
De la recherche à l’action publique
Mené en collaboration directe avec la municipalité de Kerkennah, dans une logique de recherche-action, le travail s’inscrit dans une démarche articulée à plusieurs échelles.
Il se traduit notamment par :
- un article scientifique, qui formalise la méthodologie et ses apports théoriques ;
- un article d’opinion, qui ouvre le débat sur la manière dont les outils numériques peuvent devenir de véritables leviers d’action publique ;
- une note d’orientation, qui traduit les résultats de la recherche en recommandations concrètes pour la gouvernance territoriale.
Cette approche permet ainsi de faire le lien entre connaissance scientifique, innovation numérique et décision publique, en plaçant le patrimoine au cœur des stratégies de résilience et de développement territorial.
Kerkennah, un territoire prototype
À l’échelle internationale, cette démarche positionne Kerkennah comme un territoire prototype, susceptible d’alimenter les réflexions sur la résilience des petites îles, la gouvernance des données patrimoniales et l’intégration des jumeaux numériques dans les politiques publiques.
Dans un contexte où l’urbanisation tend parfois à homogénéiser les formes urbaines et à effacer les spécificités locales, le travail de Wiem Alimi rappelle une évidence essentielle : les territoires fragiles n’ont pas seulement besoin d’être protégés ; ils doivent être compris, documentés, traduits et réactivés.
En mobilisant l’architecture, le patrimoine et les technologies numériques au service de la localisation des ODD, cette recherche ouvre ainsi de nouvelles perspectives pour penser la transformation des territoires tunisiens à partir de leurs ressources propres, de leurs savoirs locaux et de leur capacité d’adaptation.
Par Wiem Alimi, architecte et doctorante – Sapienza Università di Roma / Université de Carthage










