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Entretien | Mohamed Sahby Gorgi, nouveau Vice Président – Région V de l’UIA
«Porter la voix de l’Afrique et renforcer le rayonnement de la Tunisie au sein de l’UIA»

À l’issue du Congrès mondial des architectes de l’UIA 2026 à Barcelone, l’architecte tunisien Mohamed Sahby Gorgi ouvre un nouveau chapitre de son engagement international en accédant à la Vice-Présidence de la Région V (Afrique) de l’Union Internationale des Architectes (UIA). Après deux mandats au sein du Conseil de l’UIA, il revient pour Archibat sur les avancées majeures de ces dernières années, le rayonnement croissant de la Tunisie au sein de l’organisation, ainsi que les défis qui attendent l’architecture africaine dans un contexte marqué par les transitions climatiques, les mutations urbaines et les enjeux d’éthique, de patrimoine et de coopération internationale.
 
Archibat : Après deux mandats au sein du Conseil de l’UIA, quels enseignements retenez-vous de cette expérience internationale et quelles réalisations vous semblent les plus structurantes pour l’avenir de l’Union Internationale des Architectes ?

Sahby Gorgi : Avant de répondre à cette question, il me paraît important de rappeler ce qu’est l’Union Internationale des Architectes.

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Fondée à Lausanne le 28 juin 1948, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’UIA est née de la volonté de reconstruire un monde plus pacifique, plus solidaire et plus juste à travers l’architecture. Elle est aujourd’hui reconnue par les principales agences des Nations Unies, notamment l’UNESCO et ONU-Habitat, comme la seule organisation mondiale représentant la profession d’architecte. Elle fédère les organisations professionnelles de plus de 120 pays et territoires, représentant environ 3,2 millions d’architectes à travers le monde.

Les valeurs qui ont présidé à sa création demeurent d’une remarquable actualité : promouvoir la paix, favoriser la coopération entre les peuples, défendre la qualité architecturale, protéger le patrimoine, faire progresser l’enseignement de l’architecture et mettre notre profession au service de la société. Plus qu’une organisation professionnelle, l’UIA est un lieu où se construit une vision commune de l’architecture face aux grands défis de notre temps.

Avoir siégé pendant deux mandats au sein de son Conseil a été pour moi un immense privilège. Cette expérience m’a permis de mesurer la richesse de la diversité culturelle de notre profession, mais aussi la responsabilité qui incombe aux architectes dans un monde confronté aux crises climatiques, aux conflits, aux mutations technologiques et aux profondes transformations urbaines.

Ces cinq années ont été particulièrement intenses. Nous avons engagé un important travail de modernisation de la gouvernance de l’UIA afin de rendre notre Union plus transparente, plus inclusive, plus collégiale et plus efficace. En tant que membre de la Task Force chargée de la réforme des textes, j’ai activement contribué aux réflexions sur l’évolution des statuts, le fonctionnement des commissions et programmes de travail, le renforcement du rôle du Conseil et l’amélioration de la représentativité des différentes régions. Je suis convaincu qu’une gouvernance moderne est une condition essentielle pour permettre à l’UIA de relever les défis des prochaines décennies.

Je retiens également l’évolution de notre conception du rôle de l’architecte. Aujourd’hui, notre responsabilité dépasse largement la conception des bâtiments. Nous sommes appelés à intervenir sur des questions aussi fondamentales que la résilience face au changement climatique, la protection du patrimoine, la reconstruction après les catastrophes ou les conflits, la qualité de vie dans les villes, la justice spatiale ou encore les conséquences de l’intelligence artificielle sur notre métier.

Enfin, cette expérience m’a conforté dans une conviction profonde : l’architecture est avant tout un engagement envers l’humain. Comme l’a rappelé avec beaucoup de justesse Robert Gubler lors de la remise du Prix Jean Tschumi à Barcelone, « l’UIA n’est pas là pour parler de salles de bal ou d’arcs de triomphe ; elle est là pour parler de l’humain ». Cette phrase résume parfaitement l’esprit dans lequel j’ai essayé d’exercer mon mandat et continuera d’inspirer mon action au cours des années à venir.

Je quitte ces deux mandats avec le sentiment d’avoir contribué, aux côtés de collègues venus des cinq continents, à préparer une UIA plus forte, plus ouverte et plus fidèle aux idéaux qui ont présidé à sa création en 1948 : mettre l’architecture au service de la paix, de la dignité humaine et du progrès des sociétés.

Votre élection à la Vice-Présidence de la Région V (Afrique) constitue une nouvelle reconnaissance pour la Tunisie. Quelles seront vos principales priorités pour renforcer la voix des architectes africains et répondre aux grands défis du continent : urbanisation, changement climatique, logement, patrimoine et formation ?

Je considère cette élection comme une immense responsabilité, bien plus qu’une distinction personnelle. Elle constitue une reconnaissance de la Tunisie, de son histoire, de son patrimoine, de la qualité de ses architectes et de la confiance que la communauté internationale continue d’accorder à notre pays. Elle témoigne également de la place croissante de l’Afrique au sein de l’Union Internationale des Architectes.

Au cours de mes deux mandats au Conseil de l’UIA, nous avons déjà accompli des avancées importantes. Des architectes africains ont accédé à la direction de plusieurs commissions et programmes de travail stratégiques, notamment dans les domaines de l’éducation, des Objectifs de Développement Durable, de la durabilité, du patrimoine et des établissements informels. La Tunisie a également pris toute sa place, avec notamment la nomination d’Emna Bchir comme co-directrice du Programme de travail sur la Durabilité, la publication de The Wisdom of Tradition, le Golden Cubes Award remporté par l’ENAU et une présence tunisienne et africaine sans précédent lors du Congrès mondial de Barcelone, où de nombreux étudiants ont pu participer grâce aux bourses accordées par l’UIA. Ces acquis constituent une base solide qu’il nous appartient désormais de consolider et d’élargir.

Ma première priorité sera de renforcer la cohésion des Sections membres africaines afin que notre continent parle davantage d’une seule voix. Je souhaite développer une concertation régulière entre les organisations professionnelles africaines et renforcer les synergies entre l’UIA, l’Union des Architectes d’Afrique (AUA), la FAFA, l’UMAR et les autres organisations régionales. Une Afrique unie sera une Afrique plus influente.

Notre continent connaît aujourd’hui la plus forte croissance démographique et urbaine au monde. Nos villes se développent à un rythme sans précédent. Cette évolution représente un immense défi en matière de logement, d’infrastructures, de mobilité et de qualité du cadre de vie, mais elle constitue également une opportunité historique. L’Afrique est devenue un véritable laboratoire mondial où peuvent s’inventer les villes du XXIᵉ siècle.

Mais il ne faut jamais oublier que l’Afrique n’est pas seulement le continent de demain ; elle est aussi celui des origines de notre profession. C’est sur notre continent qu’a vécu Imhotep, reconnu comme le premier architecte de l’histoire. Cette filiation est une fierté, mais aussi une responsabilité. Elle nous rappelle que l’Afrique a toujours été une terre d’innovation, de savoir et de création architecturale.

L’Afrique est également l’un des continents qui subit le plus durement les conséquences du changement climatique, alors même qu’elle y a historiquement le moins contribué. Cette réalité nous oblige à être exemplaires. Je défendrai une architecture résiliente, sobre et profondément humaine, qui valorise les matériaux locaux, les savoir-faire vernaculaires, les stratégies bioclimatiques et les solutions fondées sur la nature. Nous devons construire avec notre environnement et non contre lui.

Le patrimoine constituera un autre axe majeur de mon engagement. Notre continent possède un patrimoine exceptionnel, matériel comme immatériel, qui ne doit pas seulement être protégé mais aussi considéré comme un levier de développement, d’identité, de cohésion sociale et d’attractivité économique.

La jeunesse sera également au cœur de mon mandat. L’Afrique dispose aujourd’hui d’écoles d’architecture d’un excellent niveau, qui n’ont rien à envier aux meilleures institutions internationales. Les architectes qu’elles forment brillent aujourd’hui à travers le monde. Notre défi est désormais de mieux connecter ces talents. Je souhaite encourager la mobilité des étudiants, des enseignants et des jeunes architectes, développer les échanges entre les écoles africaines, promouvoir des ateliers, des programmes de recherche et des formations communes. Nous devons apprendre davantage les uns des autres et bâtir une véritable communauté africaine du savoir architectural.

Enfin, les mutations technologiques, notamment l’intelligence artificielle, transformeront profondément notre profession. L’Afrique ne doit pas subir cette révolution ; elle doit y participer pleinement, en développant ses propres compétences et ses propres innovations, tout en veillant à ce que la technologie reste au service de l’humain.

Au fond, mon ambition est simple : faire en sorte que l’Afrique ne soit plus seulement représentée au sein de l’UIA, mais qu’elle en devienne l’une des grandes forces de proposition. Notre continent possède une jeunesse exceptionnelle, des écoles de qualité, des patrimoines uniques, des savoir-faire ancestraux et une créativité remarquable. L’Afrique n’est pas un continent auquel il faut apporter des solutions ; c’est un continent qui a des solutions à apporter au monde. C’est cette conviction que je porterai avec détermination au cours de ce mandat.

Plusieurs avancées ont marqué la présence tunisienne à l’UIA. Comment expliquez-vous cette montée en visibilité de l’architecture tunisienne ?

Je pense que cette visibilité est avant tout le résultat d’un engagement collectif, constant et sincère. À l’UIA, la reconnaissance ne s’obtient ni par la taille d’un pays ni par son poids économique. Elle se construit par la qualité du travail, la régularité de l’engagement et la capacité à proposer des idées, à assumer des responsabilités et à créer des liens de confiance.

La Tunisie possède des atouts considérables. C’est un pays au patrimoine exceptionnel, situé au carrefour de l’Afrique, du monde arabe et de la Méditerranée. Nous avons une longue tradition architecturale, une riche expérience dans les domaines du patrimoine, de l’urbanisme et du développement territorial, ainsi qu’une formation de qualité assurée par l’École Nationale d’Architecture et d’Urbanisme (ENAU).

Ces dernières années, nous avons surtout choisi d’être acteurs plutôt que spectateurs. Nous avons participé activement aux travaux de l’UIA, proposé des initiatives, assumé des responsabilités et répondu présents chaque fois que notre expertise pouvait être utile. Cette implication a progressivement renforcé la crédibilité de la Tunisie.

L’organisation de la réunion du Conseil de l’UIA à Tunis en 2024 a constitué une étape importante, tout comme la nomination d’Emna Bchir à la co-direction du Programme de travail sur la Durabilité, la publication de The Wisdom of Tradition, le Golden Cubes Award obtenu par l’ENAU ou encore la qualité des communications scientifiques tunisiennes présentées lors du Congrès de Barcelone, notamment dans le domaine de l’architecture hospitalière.

Je suis également très heureux que de nombreux étudiants tunisiens aient pu participer au Congrès mondial grâce aux bourses accordées par l’UIA. Ils ont démontré que la nouvelle génération d’architectes tunisiens possède le talent, la curiosité et l’ouverture nécessaires pour s’inscrire pleinement dans les débats internationaux.

Mais cette dynamique ne repose pas sur quelques personnes. Elle est le fruit d’un écosystème où se retrouvent les architectes, les enseignants, les étudiants, les institutions, les organismes professionnels et tous ceux qui croient au rayonnement de notre pays. Chacun, à sa manière, a contribué à cette reconnaissance.

Cette visibilité ne doit pas être considérée comme une fin en soi. Elle crée une responsabilité. Nous devons continuer à investir les commissions, les programmes de travail, les concours, la recherche, les publications et les échanges internationaux. Nous devons également encourager nos jeunes architectes à s’engager davantage dans les instances de l’UIA, car ce sont eux qui porteront demain l’image de la Tunisie.

Je suis convaincu que la Tunisie a beaucoup à apporter au monde de l’architecture. Notre expérience, notre patrimoine, notre capacité à dialoguer entre différentes cultures et notre tradition d’ouverture constituent de véritables atouts. Notre ambition ne doit pas être d’être simplement présents sur la scène internationale, mais d’y contribuer activement, avec compétence, générosité et sens des responsabilités.

Quel rôle les architectes doivent-ils jouer face aux crises humanitaires, aux conflits armés et aux effets du changement climatique ?

Je suis profondément convaincu que l’architecte ne peut plus être considéré comme un simple concepteur de bâtiments. Aujourd’hui, notre responsabilité dépasse largement l’acte de construire. Nous sommes des acteurs de la société et nous avons un devoir envers les populations, les territoires, le patrimoine et les générations futures.

L’Union Internationale des Architectes est née en 1948, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans un monde profondément marqué par les destructions et animé par une volonté de reconstruire la paix. Ses fondateurs avaient compris que l’architecture ne consistait pas seulement à reconstruire des villes, mais aussi à reconstruire les sociétés, le dialogue entre les peuples et la confiance dans l’avenir. C’est pourquoi les principes de paix, de dignité humaine, de solidarité, de coopération internationale et de respect de la diversité culturelle sont au cœur même de son identité.

Au cours de mes deux mandats, j’ai beaucoup travaillé sur les questions d’éthique professionnelle et de droit international. J’ai toujours défendu l’idée que les architectes ne peuvent rester silencieux lorsque des villes sont rasées, lorsque des populations sont déplacées de force ou lorsque des patrimoines plusieurs fois millénaires sont volontairement détruits.

Le 2 septembre 2025, le Conseil de l’UIA a adopté une première motion historique concernant la Palestine. Cette résolution appelait à un cessez-le-feu immédiat, à la protection des populations civiles, au respect du droit international humanitaire, à la sauvegarde du patrimoine palestinien et à la préparation de la reconstruction de Gaza. Au-delà de son contenu, cette motion marquait une évolution importante : pour la première fois, l’UIA affirmait clairement que les crises humanitaires, la destruction des villes et du patrimoine relevaient pleinement de la responsabilité morale de notre profession.

Ce travail s’est poursuivi lors du Congrès mondial de Barcelone avec l’adoption par l’Assemblée générale de la Déclaration sur l’éthique professionnelle, la protection du patrimoine et le dialogue dans les situations de conflit. Cette déclaration rappelle que les principes fondateurs de l’UIA s’imposent à toutes les Sections membres. Elle a conduit à la mise en place d’un mécanisme d’examen confié au Comité d’éthique ainsi qu’à l’adoption de mesures conservatoires concernant la Section israélienne dans l’attente des conclusions de cette procédure.

J’ai également participé aux premiers échanges internationaux sur les perspectives de reconstruction de Gaza. Cette reconstruction devra aller bien au-delà de la remise en état des infrastructures. Elle devra préserver l’identité des lieux, la mémoire collective, le patrimoine et les droits de la population palestinienne. Reconstruire, c’est aussi réparer le tissu social et redonner de l’espoir.

Cette réflexion m’a conduit à développer la notion de « crimes d’architecture contre l’humanité ». J’ai souhaité attirer l’attention sur le fait que l’architecture, l’urbanisme et l’aménagement du territoire peuvent malheureusement être instrumentalisés. Ils peuvent devenir des outils de domination, d’occupation, de ségrégation, de déplacement forcé des populations ou d’effacement délibéré de l’identité, de la mémoire et du patrimoine d’un peuple. Lorsque l’espace bâti est utilisé pour détruire plutôt que pour protéger, pour exclure plutôt que pour rassembler, il appartient à notre profession de le dénoncer avec courage et de réaffirmer les principes éthiques qui fondent son exercice.

Les effets du changement climatique nous imposent la même responsabilité. Les catastrophes naturelles, les sécheresses, les inondations, les incendies ou la montée des eaux bouleversent déjà nos territoires. Les architectes doivent être parmi les premiers à proposer des réponses : concevoir des bâtiments et des villes plus résilients, économes en ressources, adaptés à leur environnement et capables de protéger les populations les plus vulnérables.

Au fond, nous ne construisons pas seulement des bâtiments. Nous construisons des lieux de vie, des lieux de mémoire, des lieux de rencontre et parfois même des conditions de paix. L’architecture peut être un formidable instrument de reconstruction, de réconciliation et d’espérance. Elle ne doit jamais devenir un instrument de destruction, d’exclusion ou d’effacement des peuples. C’est cette exigence éthique qui continuera de guider mon engagement au sein de l’Union Internationale des Architectes.

Vous affirmez que « le travail ne fait que commencer ». Quelle est votre vision de l’UIA à l’horizon 2030 ?

Lorsque je dis que « le travail ne fait que commencer », ce n’est pas une formule. C’est une conviction profonde.

Le mandat qui s’ouvre nous conduira jusqu’en 2029, à la veille de l’échéance de l’Agenda 2030 des Nations Unies. Les architectes auront un rôle déterminant dans l’atteinte des Objectifs de Développement Durable, en particulier ceux liés aux villes, au logement, au climat, à l’énergie, au patrimoine et à la qualité de vie. Depuis plusieurs années, l’UIA s’est fortement engagée dans cette dynamique, notamment à travers sa Commission des 17 ODD, son Guidebook for the 2030 Agenda et le UIA 2030 Award, développé en partenariat avec ONU-Habitat pour promouvoir une architecture contribuant concrètement aux Objectifs de Développement Durable.

Notre responsabilité sera d’aller encore plus loin. Nous devrons démontrer que l’architecture n’est pas simplement une réponse technique aux besoins de la société, mais un véritable levier de transformation au service du développement durable, de la justice sociale, de la résilience des territoires et de la dignité humaine.

Je suis particulièrement heureux que cette nouvelle étape soit conduite par mon ami Li Zhang, nouveau Président de l’UIA. Architecte de renommée internationale, il est Doyen de l’École d’architecture de la prestigieuse Université Tsinghua de Pékin, l’une des institutions académiques les plus reconnues au monde. Ses travaux sur l’ergonomie urbaine, l’innovation, les nouvelles technologies, l’intelligence artificielle et leurs interactions avec l’architecture, l’urbanisme et l’aménagement des territoires ouvrent des perspectives passionnantes pour notre profession. Je suis convaincu que son leadership permettra à l’UIA d’accompagner avec lucidité et ambition les profondes mutations qui s’annoncent.

Au sein de la Région V, je me réjouis de travailler aux côtés de Massamba Lamsar Diop (Sénégal), Jean-Christophe Ndongo (Cameroun), Hacene Melkia (Algérie) et Iman Gawad (Égypte). Nous formons une équipe complémentaire, riche de la diversité de nos parcours et de nos expériences. Ensemble, avec l’ensemble des membres du Conseil, des commissions, des programmes de travail et des groupes d’experts, nous poursuivrons le renforcement de la présence africaine au sein de l’UIA et contribuerons activement aux grands chantiers qui attendent notre profession.

Je souhaite également rendre un hommage sincère à celles et ceux qui ont marqué les deux mandats précédents. À Regina Gonthier, dont la présidence a permis d’engager une réforme ambitieuse de la gouvernance de l’UIA, fondée sur davantage de transparence, de collégialité et d’inclusivité. À Rui Leão, ancien Secrétaire général, pour son engagement constant et son attachement aux valeurs de notre Union. À mon grand frère et ami Seif Al Naga, qui demeure une source d’inspiration pour de nombreux architectes africains et arabes. À Vity Claude Nsalambi (Angola), Vice-Président sortant de la Région V, dont le travail a largement contribué à renforcer la place de l’Afrique au sein de l’UIA. Je n’oublie pas non plus mes collègues africains qui quittent le Conseil : Hayatte Ndiaye (Tchad), Jacinta Kabarungi (Ouganda) et Mugure Djendu (Kenya), avec lesquels j’ai partagé six années de travail, de fraternité et d’engagement au service de notre continent.

L’UIA est avant tout une communauté humaine. Les responsabilités sont temporaires, mais les liens d’amitié, de confiance et de respect que nous construisons entre architectes des cinq continents constituent sans doute sa plus grande richesse.

À l’horizon 2030, j’imagine une UIA plus ouverte, plus influente et plus proche de ses Sections membres. Une Union qui aura pleinement intégré les défis de l’intelligence artificielle, de la révolution numérique et des nouvelles technologies, tout en restant fidèle à ses valeurs fondatrices. Une Union capable d’accompagner les architectes face aux transformations de notre métier sans jamais perdre de vue l’essentiel : nous construisons avant tout pour les êtres humains.

Si, au Congrès mondial de Pékin en 2029, nous pouvons constater que l’UIA a contribué à rapprocher notre profession des Objectifs de Développement Durable, qu’elle a accompagné les innovations technologiques avec responsabilité, qu’elle a renforcé son engagement en faveur de l’éthique, de la paix et de la protection du patrimoine, et que l’Afrique y occupe pleinement la place qui lui revient, alors nous aurons été fidèles à la mission que les fondateurs de notre Union nous ont léguée en 1948.

Car, au fond, les bâtiments que nous construisons traversent parfois les siècles. Mais les valeurs qui guident notre profession doivent, elles aussi, traverser le temps. C’est cette ambition qui continuera d’inspirer mon engagement au service de l’UIA, de l’Afrique et de la communauté mondiale des architectes.

Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes architectes africains et tunisiens qui aspirent à s’engager dans les instances internationales de la profession ?

Je leur dirais d’abord de croire en eux-mêmes et de ne jamais penser que les organisations internationales sont réservées à quelques grands pays ou à quelques personnalités.

Je les encouragerais également à ne jamais perdre de vue que l’engagement international ne doit pas être une quête de visibilité ou de reconnaissance personnelle. Il doit être un engagement au service de son pays, de son continent, de sa profession et des valeurs que nous défendons. On ne représente pas seulement une institution ; on porte aussi l’image de son peuple, de son histoire et de sa culture.

Aux jeunes architectes africains, je voudrais dire qu’ils ont une responsabilité particulière. L’Afrique est aujourd’hui le continent le plus jeune du monde et celui où se construira une grande partie des villes du XXIᵉ siècle. Les réponses aux grands défis de demain – urbanisation, climat, habitat, patrimoine, résilience ou intelligence artificielle – ne viendront pas uniquement d’ailleurs. Elles émergeront aussi d’Afrique. Soyez fiers de votre identité, de vos cultures, de vos savoir-faire et de vos territoires. Le monde a beaucoup à apprendre de notre continent.

J’encourage les jeunes architectes à voyager, à apprendre des autres, à maîtriser les langues, à publier, à participer aux concours, aux conférences, aux ateliers internationaux, mais aussi à s’investir dans leurs organisations professionnelles. Les instances internationales ont besoin de nouvelles idées, d’énergies nouvelles et d’une jeunesse capable de construire des ponts entre les cultures.

Je les invite également à regarder davantage vers l’Afrique elle-même. Nous disposons d’écoles d’architecture d’excellent niveau, d’enseignants remarquables et de jeunes talents qui brillent partout dans le monde. Développons davantage les échanges entre nos écoles, les mobilités étudiantes, les ateliers communs, les programmes de recherche et les partenariats africains. Avant de regarder ailleurs, apprenons aussi à mieux nous connaître entre Africains.

Enfin, je voudrais leur dire de toujours rester fidèles à l’essentiel. L’architecture n’est pas une simple production d’objets ou de bâtiments. C’est une profession profondément humaine. Nous dessinons des lieux où des enfants grandiront, où des familles vivront, où des communautés se rencontreront, où des peuples reconstruiront parfois leur avenir après les épreuves. Chaque projet porte une responsabilité envers la société.

Si je devais leur laisser un seul message, ce serait celui-ci : ne cherchez pas seulement à devenir de grands architectes ; cherchez surtout à être des architectes utiles. Utiles à vos concitoyens, utiles à votre pays, utiles à l’Afrique et utiles au monde.

Car, au fond, la plus belle architecture n’est pas toujours celle qui impressionne ; c’est celle qui améliore la vie des femmes et des hommes. C’est cette conviction qui m’accompagne depuis le début de mon parcours et que je souhaite transmettre à la nouvelle génération.

Bon vent pour la suite et tous nos voeux de succès, Sahby Gorgi !

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